Je reviens vers vous pour vous parler de l’espoir d’une génération un peu stigmatisée. Je reviens vers vous pour vous parler de Xavier Dolan. Mommy.

Après Winter Sleep, un autre film primé au Festival de Cannes sort sur nos écrans, lauréat du prestigieux prix du jury, aux côtés du maître de la nouvelle vague, Jean-Luc Godard. Si cette décision a pu en étonner certains (« récompenser un vieux et un jeune au même prix ? Les jurys s’amusent-ils avec nos candidats ? »), je reviens au jour de sortie officielle française du film vous parler, donc, du Mommy de Xavier Dolan. Si les mêmes problématiques que je soulevais pour le film de Nuri Bilge Ceylan quand au visionnage post-festival d’un film lauréat d’un prix à Cannes se sont aujourd’hui reposées, le résultat est le même que pour la Palme d’Or, mais pas pour les mêmes raisons.

La question de la capacité d’un cinéaste à se mettre en scène dans ses films se pose, à peu près, à chaque sortie d’un film un tant soit peu personnel au cinéma. Si certains comme Mathieu Amalric font le choix de se montrer à l’écran en tant que protagoniste principal (Tournée, la Chambre Bleue), d’autres décident quant à eux de se tourner vers des avatars de leurs caractères psychologiques : c’est le cas de Pedro Almodovar, dans Tout sur ma mère ou  Les Amants Vagabonds. La chose est plus complexe pour le cas de notre Xavier Dolan : si il apparaît bien physiquement dans J’ai Tué ma Mère ou Tom à la Ferme, il est absent devant la caméra de Mommy, mais n’aura jamais été aussi présent, et ne nous aura jamais (ou presque) autant parlé de lui même, avec une telle connaissance de soi et une telle intelligence.

 

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©Diaphana

Mommy, c’est avant tout un film de femmes. N’entendez pas ici film de femme, à savoir film exclusivement réservé à la gente féminine, mais bien film de femmes, à savoir un film qui  nous parle de femmes, de relations entre femmes, mais surtout des relations maternelles, et des choix à faire quand on est seule en charge de l’enfant. Faut-il s’effondrer, s’en remettre à demain, trop choyer son enfant, vouloir à tout prix le changer ou simplement l’amener à faire face à ses problèmes de divers ordres ? Si toutes ces solutions sont plus ou moins évoquées dans le film de Dolan, la réponse est invariablement la même et réchaufferait le cœur du plus froid des monstres froids : l’espoir fait vivre, oui, mais il doit également être au centre de la vie, voir être tout simplement la vie. Si les choses ne fonctionnent pas comme on l’a prévu, et ce sera invariablement le cas, alors pourquoi ne pas apprendre à vivre avec les conséquences plus ou moins volontaires de nos actes ?

Une notion primordiale a par ailleurs été choisie pour postulat entier du film, et c’est bien la liberté. Si le format carré choisi par le réalisateur donne un sentiment d’oppression et d’enfermement de nos protagonistes, c’est bien pour plus tard les libérer des conventions et du caractère restreint du cadre lui-même. Libre de conventions, le film de Xavier Dolan, l’est bien puisqu’il se permet de s’approprier les codes basiques du cinéma, afin de mieux jouer avec eux, de transcender en permanence nos attentes de par des choix surprenants, autant au niveau de la mise en scène que du scénario en lui-même. Cette liberté d’action, elle se sent bien dans la performance des acteurs, qui avant d’être des rôles sont avant tout des humains, présentés comme livrés à eux même face à mort, maladies, névroses et rejet de la société, mais qui n’en sont que plus libres dans leurs choix, et dans leur manière d’agir, en public comme en privé.

Cette performance n’en est que plus glorieuse : les deux femmes du film, interprétées par Anne Dorval (J’ai Tué ma Mère), sublime mère en disgrâce mais plus heureuse et pleine d’espoir que jamais malgré ses nombreuses chutes, et Suzanne Clément (Fred Belair dans Laurence Anyways), troublante femme atteinte de trauma qui l’empêche de prononcer ne serait-ce qu’un mot, brillent par leur liberté et authenticité. Reste le cas d’Antoine-Olivier Pilon (le College Boy d’Indochine… et de Xavier Dolan), parfait dans son personnage d’ancien Xavier Dol.. pardon de jeune adolescent agressif et un peu autiste dans son comportement, mais débordant d’un amour maladif pour sa mère et surtout pour lui-même et sa condition, sans laquelle il ne serait qu’une personne ordinaire et ennuyeuse. Un peu en reste, le Patrick Huard de Starbuck n’en est pas moins crédible dans son rôle de prétendant au corps d’Anne Dorval.

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©Diaphana

C’est enfin un bonheur d’ajouter à cette review (qui risque bientôt de tourner à l’apologie, certes méritée, si ce n’est déjà fait) : toutes ces qualités qui sont tant de messages plus ou moins détectables au cours du film ne serait rien sans le maniement sans égal de la langue : on ne parle pas ici du québécois (dont la mélodie ne laisse certes pas insensible), mais bien des mots en eux-mêmes et de leur portée, quand l’insulte la plus horrible que l’on puisse entendre d’une mère à son fils et d’un fils à sa mère est encore un autre moyen de lui dire à quel point on l’aime, le film gagne en intensité par chaque parole prononcée.

Au nom d’une génération, un remerciement s’impose. Merci, Xavier Dolan, de nous faire film après film prendre confiance en nous et en nos talents et ambitions. Si il est un message aux mères, le film passe selon moi pour être, avant tout, un message aux fils de ces mères : il faut garder espoir. Vous disiez, Xavier, lors de la remise de prix du Festival de Cannes, que cet espoir vous souhaitiez nous l’apporter par vos films, et vos forts personnages féminins. Mission accomplie, et merci à vous.

 

Un amateur ému, un amateur bouleversé, reconnaissant et admiratif,

 

A.M.D