A l’occasion de sa sortie en intégrale Blu-Ray, revenons sur la série Twin Peaks. La première saison de Twin Peaks avait créé la sensation en 1990. Brillante, déconcertante, mais surtout très bien écrite et intrigante, elle s’était terminée devant quasiment 19 millions de téléspectateurs avec un cliffhanger complètement fou. Fin septembre 1990, la série revient pour une saison complète cette fois-ci. La dernière, mais ça, personne ne le savait encore.

(SPOILER INSIDE) La deuxième saison reprend exactement là où c’était arrêtée la première : dans la chambre d’hôtel de Dale Cooper, ce dernier criblé de balles. L’occasion pour Lynch de nous sortir des séquences étranges pendant que Dale est dans le coma, notamment en faisant intervenir un géant qui lui prédit trois événements à venir en échange de sa bague. La quête du meurtrier de Laura Palmer peut donc reprendre, l’étau se resserrant autour des principaux suspects dans cette affaire.

C’est justement ça le problème de cette seconde saison : le fil rouge ne dure que 9 épisodes et une fois l’assassin de Laura Palmer arrêté, la série perd pied. C’est une erreur narrative assez grossière qui lui coûtera sa reconduction. Au fil des épisodes, l’audience s’étiole, chutant à 7.4 millions de téléspectateurs lors de l’épisode 20. Seul à bord, Frost a du mal à mener la barque, peinant à trouver un nouvel axe narratif fort, et s’enfonce dans les intrigues dignes d’un soap au sein des familles Hayward et Horne. Les acteurs sont en roue libre et les situations s’allongent sans que le spectateur ne se sente vraiment impliqué.

Ce gâchis narratif ne doit cependant pas masquer l’essentiel : Twin Peaks réserve encore de très beaux moments. La première moitié de saison est de très bonne facture, faisant monter la tension quand il le faut et réservant des séquences absolument géniales – l’épisode 8 en est la preuve. On assiste à la chute de Ben Horne, à la folie de Leland Palmer et aux doutes de Dale Cooper qui doit faire face à l’impatience du shérif Truman. Même dans la seconde moitié, Frost arrive à trouver de bonnes idées, comme celle de la White Lodge et de la Black Lodge, tout comme l’arrivée de l’antagoniste principal, Windom Earl. Mais la plus brillante de toutes les idées du duo Lynch/Frost est Bob. Bob est vraiment très flippant, grâce aux traits de Frank Silva. Il est la sauvagerie pure, pervertissant les âmes. Un vrai personnage lynchien qui hante à jamais.

Du côté technique, les choses n’ont guère changé : toujours ces plans magnifiques, cette variété dans la réalisation, de très bons acteurs et une OST très prenante. Cependant, cette seconde saison – en tout cas, celle qui concerne l’enquête et le final – se révèle plus sombre que la précédente ; les scénaristes brouillent les cartes et la réalisation est plus crue. Mais c’est surtout par son final que cette saison 2 se distingue : complètement hallucinante, digne de Blue Velvet, elle met en scène la Black Lodge durant 18 minutes et surtout, cette dernière minute qui vous traumatisera à tout jamais par sa violence non pas physique mais visuelle.

Au final, cette saison 2 de Twin Peaks a des défauts, beaucoup de défauts, mais cela ne doit pas faire oublier l’audace de David Lynch et Mark Frost. Onirique, sombre et sauvage, elle permet à Twin Peaks de gagner ses galons de série incontournable. Un must-have, tout simplement.