Les pérégrinations de Bici, chanteuse rock évoluant dans la scène de Liège, entre romance avortée, situation familiale compliquée et crise de nerfs, c’est « Baby Balloon », sortie discrète de la semaine. Un vrai coup de cœur.

« I am Bici, and this is my bitches! » Ainsi se présente la pile électrique Bici, qui vit sa vision de rockstar jusqu’au bout, avec 3 zicos mâles pour l’accompagner. Pas de parodie hipster décalée à la Sex Bob-omb : ici, les acteurs jouent pour de vrai et ont composé quelques-uns des titres du film ensemble. Bici tient le groupe d’une main de fer, du haut de ses 18 ans, et leur fait ouvrir le concert en costumes d’animaux.

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Ambre Grouwels, une rockstar en devenir détonante.

« Baby Balloon » ne se démarque pas des petits groupes qui tentent de survivre de concert en concert, et tentent leur chance en envoyant leurs démos. Mais c’est loin d’être le focus de Stefan Liberski : il préfère ancrer son héroïne dans sa vie quotidienne, et une ville de Liège dépeinte comme morose, un peu à la manière de Manchester dans les films rock anglais. Un père absent qu’elle voit uniquement en VHS sur des vidéos de corrida (elle est d’origine espagnole, nom complet : Visitacion), une mère qui fait dans la surconsommation, et une grand-mère clouée au lit, qui parle à peine. Et Bici a des problèmes de poids qu’elle n’entend pas régler de sitôt. A vrai dire, elle n’a d’yeux que pour le guitariste, Vince…. baby balloon L’énergie d’Ambre Grouwels, qui a pris de l’assurance avec ce film en tant qu’interprète au point qu’elle continue à composer en solo, est le point central du film. De sa garde-robe à sa pèche, Bici n’a aucun mal à retenir l’attention. Sauf des gens qu’elle aime. L’opposition entre un quotidien morne dans un magasin de copies et les répétitions destroy et tue-l’ennui n’a rien de forcément unique à « Baby Balloon ». Mais l’humour volontiers cassant et les basculements dans le burlesque donnent beaucoup de rythme au film. Si Liberski ne fait pas tutoyer les sommets ou réaliser totalement les fantasmes de célébrité de Bici and The Bitches, il sait savamment doser les observations dans le mille, comme ce personnage de fan du groupe ou encore le manager véreux. Le film se construit autour des velléités de Bici d’avoir Vince rien qu’à elle, peu importe l’arrivée d’Anita, blonde, longiligne, vaguement dans l’humanitaire mais aussi profondément égoïste. « Baby Balloon » sait faire respirer son univers, et se place bien au-delà des clichés : les comparaisons qui ne manqueront pas d’affluer avec une Beth Ditto sont incluses dans le film, et la garde-robe glam de Bici détonne assez pour conserver une certaine originalité. S’il n’explose pas les conventions générales du film rock, il n’en reste pas moins un moment de cinéma plein d’énergie. Enfin, un bon point pour la bande-son reste soignée : pas d’écarts, très peu de pastiches. Just rockin’ out.