A l’occasion de sa sortie en vidéo, revenons sur le coup de coeur de nombreux cinéphiles avec Her de Spike Jonze. Oscar du meilleur scénario, Her n’a pas volé la récompense.

Dans un monde où les commandes vocales sont le lot quotidien des humains, Theodore dicte et crée des lettres « manuscrites » via un logiciel pour d’autres personnes. Bientôt divorcé, Theodore trouve en Samantha, un réconfort bienvenu. Mais Samantha est une entité informatique issue d’un programme.

En quelques minutes, Jonze (Max et les maximonstres, Adaptation, Dans la Peau de John Malkovitch) installe son univers et plonge le spectateur dans un monde à la fois moderne, onirique et terriblement familier. On croit de suite aux propositions du scénariste avec, ici, Joaquin Phenix qui découvre l’amour via une voix informatisée, Samantha (mise en voix par Scarlett Johansson). Cette plongée dans l’intimité de Théodore est juste magique. Il faut peu de temps pour le spectateur soit happé par le personnage, son univers, son côté timide et réservé. Le fait d’entendre Samantha et d’être le seul avec Theodore à pouvoir être témoin de leur histoire donne un cachet quasi unique à Her.

Her

Porté par une mise en scène sobre, des couleurs pastel et une musique douce, Her est d’une douceur et d’une naïveté confondantes. Jouant sur le talent de Phenix pour jouer un Theodore quasi présent dans toutes les scènes, Jonze propose une comédie romantique d’une originalité folle, d’un modernisme intriguant et d’un pouvoir de réflexion et de réflexion sur la société d’une force rare. Her parle d’individualité, de rôle dans la société, d’intermédiaire, de volonté et surtout de dépendance et de relations « humaines ». Cette dépendance à la technologie dans la société qu’est celle de Her, est palpable par petits touches. On ressent très bien que ce Los Angeles est plongé dans une individualisation des habitants qui ne communiquent que via interface. Le fait que le spectateur se retrouve au milieu de cette relation étrange et ambiguë entre Samantha et Theodore rajoute un sentiment de voyeurisme et d’impuissance. Nous sommes happés par cette relation tout comme Theodore semble incapable de sortir de cette habitude.

her

En prenant le pari de faire de Her, un portrait de Theodore, Jonze frôle le génie. Proposé un film intitulé Her (Elle) avec Joaquin Phenix en gros plan sur l’affiche était un pari osé. Entouré le de seconds rôles finement écrits, et Jonze arrive à jouer sur beaucoup de tableaux et fait mouche. Amy Adams joue Amy, une proche de Théodore, Olivia Wilde joue un rendez-vous raté de Théodore et Rooney Mara joue son ex-femme. Trois femmes, trois relations différentes et trois portraits de rapports différents. Si on ajoute à ça, Samantha, Theodore dévoile quatre pans des relations que le monde connaît bien en ces temps. Dans les trois premiers cas, Theodore semble incapable de nouer un contact efficace comme d’une peur physique de l’autre. On le ressent à chaque scène où Theodore est en présence de quelqu’un. Dès qu’il parle à Samantha, entité immatérielle, on le sent plus souriant, confiant et libéré. Dans la société actuelle, Her est un message plus qu’efficace. Si nous perdons de vrais repères, nous gagnons un repaire avec nos outils de communication informatiques.

Her, comédie romantique de science-fiction, objet d’une beauté non identifiée, chef d’oeuvre de 2014, bref une réussite totale.