Retour sur l’affaire DSK à travers l’oeil d’Abel Ferrara, avec le bien-pensant Gérard Depardieu dans le rôle de « Devereaux, directeur d’une grande institution internationale », dans ce qui se prétend une fiction, mais qui relève finalement plus d’un fantasme. Et un fantasme vraiment pas beau à voir. Avec ce film teinté de X, Ferrara signe sa pire performance cinématographique, se perd dans une complaisance répréhensible, et surtout, d’un ennui mortel.

Ca y est ! On a peut-être trouvé le film le plus mauvais de l’histoire du cinéma ! Ou du moins l’un des plus mauvais. Non franchement, on exagère à peine. Il n’y a aucun effort, à part un effort de sabordage : Ferrara reprend le dossier à son compte, validant la version de Nafissatou Diallo, faisant fi de protestations éventuelles de l’ex-couple DSK/Anne Sinclair.

Le ton est donné dès le début de Welcome to New York : on a Gérard Depardieu, face à des journalistes, qui dit qu’il n’aime pas l’homme qu’il doit jouer, qu’il “ressent” d’ailleurs ses personnages plus qu’il ne les joue, et qu’il n’aime pas les politiques, se réclamant anarchiste. Eh bah heureusement qu’il le précise, parce que sinon on aurait pu encore plus s’insurger contre son interprétation qui va, il faut bien le dire, du grotesque au pathétique. L’acteur franco-belgo-russo-apatride, on ne sait plus très bien, portraiture ( ou caricature ? ), sous couvert d’anonymat pour jeter un peu de poudre -qui ne trompe personne- aux yeux, un ex-patron du FMI avide de bonne chair, qui baise d’abord et pose les questions ensuite, dégainant son engin à la seule force de sa poigne et de sa pulsion. Autant dire que ca part vite.

Welcome to New York

En un clin d’oeil, clac ! Devereaux est à poil, tout ce qu’on voit, c’est son bide à la hauteur de son statut. Bide, c’est le mot de Welcome to New York : bide rime avec vide, car le ventre de Depardieu ne parvient pas du tout à cacher la vacuité du scénario, l’artificialité des dialogues, la tristesse de la caméra, si lente qu’on croirait qu’elle fait un effort de volonté pour ne pas filmer un spectacle aussi grotesque. Grotesque par sa forme : un homme, que dis-je ! une bête, aux râles qui feraient pâlir n’importe quel acteur porno par son manque de spontanéité, par le son sur commande, par le manque terrible de jouissance qu’il dégage. Depardieu surjoue, et semble prendre son pied à surjouer comme il prend son pied à avoir toutes les femmes à ses pieds.

Un spectacle consternant, à la fois par l’image qui se dégage du film, du cinéma, un spectacle pathétique pour le pourtant doué Abel Ferrara, auteur de l’excellent King of New York. Un spectacle consternant aussi pour Gérard Depardieu, même pas payé pour le rôle ( et ce n’est que justice ), qui s’est juste offert un petit kiff sur le dos de DSK.

Un spectacle dégradant pour lui, mais aussi pour l’image de la femme, dépeinte comme totalement soumise, à la botte de l’homme, représentée par des femmes faciles. Mais aussi un spectacle extrêmement limite : les dialogues sont tellement bidons ( décidément, le bide… ) qu’on en viendrait presque à oublier quel message parfois détestable ils essaient de faire passer. En effet, dans le plus mauvais passage du film, au restaurant, Devereaux ne cesse de caricaturer, de s’enfoncer un peu plus dans le grossier au travers d’allusions plus grivoises les unes que les autres. Et là, chuchoté, tout doucement, Devereaux le carnassier souffle au serveur :  » donne moi de la viande, du porc tiens, vous avez du porc ? « . On a atteint un nouveau stade dans la bêtise : l’antisémitisme (DSK est Juif). L’antisémitisme primaire pour réduire ici l’homme à l’état d’animal, un animal qui ne jure que par sa panse et par ce qui réside juste en dessous.

On a une pensée émue pour Anne Sinclair, la vraie, pas ce simulacre d’émotions porté par Jacqueline Bisset dont on se demande encore pourquoi elle n’a pas suivi l’exemple d’Adjani et refusé le rôle : Anne Sinclair, dont il est dit, par la bouche de DSK lui-même, que son père était collabo, étape ultime du scandale que cet anti-cinéma, aux scènes imbuvables, même celles de sexe, veut provoquer. Abel Ferrara aurait pu rattraper un peu la saleté, la boue dans laquelle il a traîné ce film en captant les émotions, ne serait-ce que celles des femmes, mais non, ce serait trop simple. Alors on tombe dans la facilité, on enfonce et on s’enfonce jusqu’au bout. L’homme est un monstre, la femme est une victime. D’une affaire déjà assez ténébreuse, Ferrara fait quelque chose d’extrêmement sombre, poisseux, couvrant Devereaux de suie, la suie de la honte, la suie de l’innommable, la suie du mensonge et de la caricature, la suie sans scrupules, la suie détestable.

Ce film, sur l’argent, le sexe, le pouvoir, ne relève d’aucune autre profondeur que celle du scandale, d’un buzz falsificateur de la réalité tourné uniquement pour choquer, différence évidente du film d’A. Kéchiche, par exemple, dont les scènes intimes avaient provoqué tant de remous. Mais de qui Ferrara cherche-t-il à se moquer, là est la question. Et de quoi Vincent Maraval, le producteur, cherche-t-il à se prévaloir ? On ne sait pas encore, mais on est bien content que ca ne sorte pas au cinéma.