Quoi de mieux que Godzilla pour qu’un nouveau rédacteur fasse son entrée sur Small Things ? Adrien nous parle du film de Gareth Edwards.

Depuis un certain nombre d’années maintenant,  le cinéma à sensation, principalement américain il faut l’admettre, nous arrose de films-catastrophes, alliant explosions, catastrophes à l’échelle planétaire et autres scientifiques irresponsables. Parfois ça fonctionne, et on se retrouve devant le Cloverfield de Matt Reeves, ou encore devant le Phénomènes de M.Night Shyamalan. Parfois, ça fonctionne moins et on a du Rolland Emmerich, pour ne pas le citer.

Au cœur de ces deux hypothèses s’en situe une troisième, et c’est celle qui nous intéresse ici : de bonnes intentions trompées par leurs propres effets. Godzilla 2014, dans le genre, fait cas d’école. Explications.

Adapté du célèbre mythe japonais, dont on s’empressera d’oublier le remake américain pour le moins embarrassant (réalisé par notre étalon… Rolland Emmerich, donc, coupable par exemple de méfaits tels que 2012 et Le jour d’après), la version 2014 de Godzilla, qui devait un jour arriver en raison de la vague de remakes que subit, parfois avec joie, le cinéma d’aujourd’hui, a pour réalisateur Garret Edwards.

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©WB

Pour vous le resituer, le sieur se trouve être le  réalisateur du bien aimé, avec raison, Monsters, film intimiste et troublant qui avait pour particularité de miser moins sur le spectaculaire que sur le psyché des personnages principaux. C’est principalement sur ce côté humain qu’Edwards était supposé se pencher lors de cette nouvelle adaptation du mythe japonais.  Et, malheureusement, c’est justement ici que le bât blesse.

 Pour rendre un film intéressant, il faut le rendre humain (Garrett Edwards sur le tournage de Godzilla).

Après un générique pour le moins enthousiasmant (des photos, vidéos et articles de catastrophes semblant véridiques, accompagnées de la musique toujours virtuose d’Alexandre Desplat, que demander de plus ?), le film commence. Un drame se met en place, une femme meurt face à son mari (Bryan Cranston, remarquable de sincérité, surtout dans la douleur), et on est aspirés dans cette spirale de souffrance comme si la scène se déroulait vraiment sous nos yeux.Le développement des personnages s’arrête là pour le reste du film. Cet homme reste à l’écran une bonne vingtaine de minutes, alors que 15 ans se sont écoulés dans la chronologie du métrage : il est paranoïaque, a un fils qu’il ne voit pas, ce qui le rend triste, et nous allons, brusquement, suivre le chemin de ce fils, interprété par Aaron Kick-Ass Taylor Jonhson, dont le jeu somme toute trop amorphe nous empêchera de ressentir l’empathie nécessaire pour vraiment apprécier le film. C’est alors que l’histoire se fait banale : on aurait aimé une progression des enjeux par rapport aux films antérieurs, que l’univers de Godzilla ait évolué avec son monde, mais, rien à faire, le film se contente une fois de plus tout bonnement de nous rappeler les dangers du nucléaire, accompagnés de la morale habituelle, prononcée par le scientifique du film (interprété par Ken Watanabe), personnage dont le seul rôle sera de regarder la caméra d’un air inquiet en prononçant ces paroles sentencieuses : vous ne contrôlez pas la nature, la nature vous contrôle. C’est bien, mais on pourrait faire avancer le débat depuis Phénomènes ?

Nous avons cherché les traits qui rendent la bête la plus monstrueuse possible (G.E sur le tournage de Godzilla).

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Cette scène n’est pas dans le film ! ©WB

D’un point de vue esthétique, on ne peut nier que le réalisateur s’est appliqué : le monde dévasté dans lequel sévissent les bêtes ne manque pas d’un certain réalisme, l’environnement est utilisé de manière assez intéressante pour répondre à nos demandes d’action et de sensations (voir, par exemple, la scène du train enflammé). Pour ce qui est des créatures, entièrement créées à base de numérique, difficile d’être aussi satisfait : si Godzilla, est assez effrayant, il n’en reste pas moins que ses adversaires,  vagues mais gigantesques copies des Aliens de Ridley Scott, restent assez mal animées et sont faites d’un graphisme assez superficiel. Il n’est pas facile de croire que ces choses là peuvent attaquer la Terre.

L’atmosphère de terreur globale du film est assez bien réussie quant à elle, il est bon toutefois d’ajouter que, si la musique de notre Desplat national est vraiment belle et recherchée, elle peut se montrer envahissante par moments, on regrette assez l’atmosphère de l’adulé (à tort ou à raison, mais c’est un autre débat) Gravity, dont les effets sonores permettaient une immersion rapide. Trop de mise en scène, dans Godzilla, nous empêche de tout ressentir.

Qui a t’il à en retenir ? Qu’il s’agit, somme toutes, d’un divertissement efficace dont les américains ont le secret, mais qui peine à aller au delà de son cahier des charges : une réflexion était à attendre de Garett Edwards, celle-ci manque un peu à son nouveau métrage. Sympathique, oui, on passe un bon moment… mais tout de même  assez banal..