American Horror Story : Coven a crée l’événement sur FX cet automne. Les audiences sont en hausse, Jessica Lange n’a jamais été aussi impressionnante, la mise en scène est toujours aussi fluide, bref AHS Coven était une série qualitativement complète sauf sur un point : l’histoire. En effet, durant ces 13 épisodes, Coven n’a jamais atteint le classicisme de la saison 1 ou le foutraque jouissif de la saison 2. Review !

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Si la saison 2 avait du mal à gérer ses story-lines et abandonnait une à une ses bonnes idées, dans Coven, il n’y a aucune volonté d’aller au-delà de la simple idée scénaristique. Chaque personne se retrouve coincée dans une bulle avec aucune évolution possible.
Zoé (Taissa Farmiga) est la newbie du couvent et se retrouve au milieu d’un trio de sorcières au charisme évident, Madison (Emma Roberts, parfaite en peste), Nan (Jamie Brewer, troublante) et Queenie (Gabourey Sidibe, impressionnante en poupée vaudou humaine). Marie Laveau (Angela Bassett) est la prêtresse vaudou, ennemie de Fiona et enfin Marie-Delphine Lalaurie (Kathy Bates) débarque au 20è siècle dans une époque où l’esclavage est aboli. Tout ce petit monde donne un aperçu du panel de personnages très intéressants dans Coven. Hélàs, mille fois hélas, aucun ne sortira du lot, la faute à un traitement maladroit des intrigues. Un couvent avec quatre sorcières, c’est assez peu. Si les sorcières semblent cachées dans ce monde, l’idée même d’une menace globale ou d’une guerre a du mal à être ressentie. Dans les promos de la série, on voyait pourtant beaucoup de sorcières… Dommage.

La nouvelle Suprême a été désignée dans l’ultime épisode. Est-ce que tout le monde l’attendait ? Non. Depuis le premier épisode diffusait il y a quelques mois, on ne se doutait pas que la finalité de cette saison était ça. La saison , Asylum, nous avait habitué à une histoire qui part dans tous les sens mais qui savait se recentrer sur le principal. Dans Coven, aucun épisode ne nous avait mis sur la voie. C’est bien ça le plus gros défaut de cette saison. Coven n’a tenu aucune promesse, car elle n’en promettait aucune. Chaque épisode semblait écrit par un scénariste qui n’avait aucun plan en tête. Chaque nouvel épisode remettait en place ce que le précédent avait modifié. On passe allègrement d’un épisode très gore, vibrant hommage à Evil Dead et La Nuit des Morts Vivants, à un épisode très film noir ou encore un ersatz du film Dangereuse Alliance.
Si Fiona (magnifique Jessica lange) cherchait la jeunesse éternelle et aspirait la vitalité de ses amants, on oublie ce côté pour s’orienter vers la rivalité entre les occupantes du couvent quand on ne s’éloigne pas de ça et qu’on s’oriente vers une guerre ancestrale entre sorcières et chasseurs.
Des personnages meurent puis reviennent comme par magie, des pouvoirs apparaissent d’un épisode à un autre sans véritable cohérence, Coven ne joue plus sur le même terrain que les deux précédentes saisons.

Coven

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Si l’univers des sorcières pouvait rebuter certains, Coven gardait dans son sac de sacrés tours de passe-passe pour garder l’intérêt du public. C’est évident, American Horror Story est l’une des séries les plus surprenantes de ces dix dernières années. Le ton de chaque scène peut être radicalement différent et le public n’est jamais à l’abri d’un retournement de situation impeccablement trouvé. Coven ose encore et toujours comme Murder House et Asylum l’ont fait. Parfois sexy, parfois glauque, souvent noir et choquant, American Horror Story trouve toujours l’idée la plus inimaginable pour garder l’intérêt du spectateur. A ce titre, Queenie et son pouvoir de poupée vaudou aurait pu être l’idée du siècle. Toutes ses scènes sont assez parfaites (l’excitation avec la Bête, ses vengeances multiples…)

Aidée par une mise en scène exemplaire, la série a une identité tellement palpable qu’il est difficile de s’ennuyer véritablement. Grand angle, décadrage, montage improbable, Coven parvient à créer une ambiance, une énergie télévisuelle d’une grande amplitude. Jamais tape-à-l’oeil, la mise en scène ne fond à merveille avec l’atmosphère générale de la série. Le générique de cette saison est encore une fois une petite réussite visuelle.
American Horror Story Coven réunit un casting de premier choix; Jessica Lange excelle encore une fois dans le rôle de cette souveraine sorcière au charisme de folie. Sarah Paulson et Lily Rabe sont tout aussi parfaites. Depuis trois saisons, ce trio d’actrices parvient à enchainer performance sur performance. Il est dommage de retrouver Evan Peters dans un rôle quasi-muet et grandement mal écrit et mal exploité dans Coven. Son duo avec Taissa Farmiga est formidable mais les intrigues ne les ont pas aidés. Leur ajouter Emma Roberts (madame Peters à la ville) dans un trio intéressant était l’idée à garder mais les scénaristes ont tout aussi mal évalués le potentiel de celle-ci. Kathy Bates est formidable en Lalaurie, dommage que son personnage se soit effacée au fil des épisodes, mais ce n’est rien face à Danny Huston, ridicule en saxophoniste kitsch. L’ambiance jazzy / film noir n’a pas du tout fonctionné tout au long de cette saison, enfonçant même l’alchimie entre lui et Jessica Lange qui paraissait forte.

Que retenir alors de American Horror Story Coven ? Comparée aux deux précédentes saisons, Coven a du mal à tenir la distance la faute à des idées jamais exploitées et un fil rouge rarement maintenu. Toujours aidée par un souffle épique et un esthétique travaillés, Coven parvient cependant à garder son identité. Le casting au sommet de son art permet à Coven de résister face au travail semble-t-il pénible des scénaristes. On sent que Coven en avait dans le ventre et l’espoir était là à chaque épisode. Les grandes qualités de la série sont toujours là, il serait dommage de rester sur les déceptions de cette saison.

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