La violence la plus pure est personnifiée et déclinée en quatre tableaux noirs dans le dernier film de Jia Zhang-Ke, primé à Cannes. Petite revue de ce théâtre des horreurs plus authentique que nature.

Jia Zhang-Ke revient, après notamment un « Still Life » auréolé du Lion d’Or de Venise, avec « A Touch Of Sin ». Un film à vignettes, à la mécanique bien huilée, à tel point que le jury cannois lui a remis le Prix du Scénario. Quatre historiettes autour de trois hommes et une femme chinoise mis à cran par leurs circonstances, et se terminant toutes dans une déflagration de violence. Zhang-Ke met un point d’honneur à décrire plutôt que sublimer la violence : le camion d’oranges qui tombe sur la route n’est pas un clin d’œil au « Parrain », mais plutôt le mauvais présage de ce qui est à venir. Le deuxième protagoniste du film, San’ Er, va ramasser l’une d’entre elles, non sans avoir froidement abattu auparavant deux malfrats à la sauvette.

Zhang-Ke prend un malin plaisir à ne pas forcément croiser les intrigues mais les téléscoper : les héros se retrouvent à parcourir de très longues distances, en bus, en métro, voire à pied. Les carrières désertiques de Shanxi, région natale de Zhang-Ke, se retrouvent à plusieurs reprises. Un épuisement physique ressenti par nos héros qui s’ajoute aux tortures psychologiques subies : la quatrième vignette met en scène un adolescent mis à pied de son usine de textile, pour se retrouver groom dans un hôtel de luxe où se produisent des call-girls de luxe pour des hommes d’affaire fortunés. Celui-ci a un début de romance avorté avec l’une d’entre elles, dans un univers aussi glossy que glauque dans l’œil de Zhang-Ke.

A Touch of Sin

©Ad Vitam

L’analyse de la violence évite tout jugement : si la première vignette ressemble à un western, avec une place de village désertée et sa statue de Mao désuète, l’intérêt se situe ailleurs. Dahai pète bien les plombs mais la profondeur de champ et l’étirement des angles entre ses victimes et lui laisse supposer toute la distanciation nécessaire pour passer à l’acte. Même si la violence est totalement graphique, pas d’ «over-the-top » ou de volonté de codification, juste une expression des idées noires et du ras-le-bol des personnages. La figure de San’Er, si tranquille et cool sur sa moto, est de suite nuancée par de touchantes scènes en famille. « A Touch Of Sin » est ainsi parfaitement dosé dans sa présentation des vignettes et la caractérisation de ses personnages, rendant l’ensemble très fluide et un tantinet fascinant.