Le 24ème Festival de Dinard, c’est bien plus qu’une sélection de long-métrages et court-métrages. En 2012, l’équipe a lancé une programmation de pilotes venus d’outre-Manche. Cette année, la sélection « UKTV » a proposé quatre pilotes de série et deux téléfilms : « The Wipers Times » et « The Girl ».

Ce dernier, comptant Toby Jones et Sienna Miller, était présenté en film d’ouverture, mais a été produit en coproduction anglo-américaine. « The Wipers Times », diffusé le mois dernier sur BBC2, a fait l’objet d’une présentation spéciale le samedi après-midi, suivie d’une rencontre entre producteurs anglais et français afin de discuter des différences entre tournage en Grande-Bretagne et dans nos contrées.

Nous avons vu trois des quatre pilotes proposés, toutes des séries d’époque : « Ripper Street », « The Village » et « Peaky Blinders ». Toutes des séries proposées par la BBC, toutes récentes, voire très récentes.

Ripper Street

Jerome Flynn, Matthew MacFayden et Adam Rothenberg composent l’équipe de Ripper Street.

1889. Six mois après le dernier meurtre attribué à Jack l’Eventreur, Whitechapel est secoué par une nouvelle vague de meurtres. Un cadavre est retrouvé éventré, les yeux crevés. L’inspecteur Edmund Reid (Matthew MacFayden) est appelé sur les lieux, et fait évacuer le corps avec la plus grande discrétion. Pour faire autopsier le corps, il s’immisce dans un bordel tenu par Long Susan (MyAnna Buring, une révélation, charismatique et excellente) et va chercher son capitaine, Homer Jackson (Adam Rothenberg). S’ensuivra une enquête qui progresse très rapidement, entrecoupée de matches de boxe anglaise où s’essaient les « rookies » du département et Jackson. En termes d’exécution et de mise en scène moderne, « Ripper Street » lorgne clairement plus du côté de « Le Discours d’Un Roi » que des « Sherlock Holmes » de Guy Ritchie, et de « Hell On Wheels » côté séries, et n’a pas besoin de spectaculaire pour animer le Whitechapel de l’époque. La série tient ainsi la route, grâce à l’éloquence et à la détermination du personnage d’Edmund Reid. On le voit très peu côté personnel, même si on ne nous épargne pas le cliché d’une vie personnelle en lambeaux et d’une épouse distante, mais l’enquêteur a assez de punch pour maintenir l’intérêt.

Les personnages secondaires offrent un tableau plus mitigé. L’adjoint Bennet Drake offre peu de personnalité qui se démarque de celle du simple bras droit de Reid, et la part belle sera faite à Jackson, qui a un passé trouble lié à celui de Long Susan, et sa relation avec une des filles les plus « renommées » de sa maison close. La première affaire montrée dans le pilote s’intéresse à l’avènement des premiers films amateurs, et plus précisément des « snuff movies ». La série prend des détours très glauques quant au kidnapping des victimes et leur torture, et offre son comptant de violence frontale (mention spéciale au dénouement). « Ripper Street » est un véritable contre-exemple de stylisation étant un bénéfice pour une série d’époque, et la BBC a commandé une deuxième saison qui doit débarquer dès la fin du mois. En France, Ciné + a acheté très discrètement les droits de la série, pour la diffuser tous les samedis soirs sur Ciné + Premier. Aucune information, en revanche, quant à la diffusion sur une chaîne thématique ou de la TNT.

Ma note: B+

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The Village

John Simm, à contre-emploi en patriarche violent dans The Village.

Un tout petit peu à l’instar d’ « Un Village Français » pour la France, « The Village » se propose d’évoquer le devenir des habitants d’un village des Midlands en 1914, narré par un personnage devenu doyen d’Angleterre, Bert Middleton. A la différence d’ « Un Village Français », chaque épisode se concentre sur une année de la vie du village, entre 1914 et 1920 (pour la série de France 3, c’est une saison par année). « The Village » offre un acteur très reconnaissable en la personne de John « Life On Mars » Simm, en père de la famille Middleton, John,  faucheur depuis plusieurs générations. Mais les aventures du jeune Bert, baignées dans une photographie blanche pâle (parce que NOSTALGIE!), peinent à susciter l’intérêt. La relation confraternelle avec l’aîné Joe, emmené sur les tranchées bien malgré lui et les scènes où un Simm entend « éduquer » ses fils à sa propre manière, en enfermant Bert dans un placard, donnent plus un aspect cathartique des souvenirs (après tout, c’est narré à la première personne) qu’une réussite dramatique de bout en bout. « The Village » remplit son cahier des charges de série d’époque bien sagement, un peu comme un herbier de primaire : les épiements des salles de bain communes aux femmes, les maîtres d’école, l’un strict, l’autre bienveillant. Les clichés de la baguette assénée sur le doigt sonnent comme un appel au réveil du téléspectateur, tant « The Village » semble se complaire dans la reconstitution minutieuse. Un produit de commande façon « télé à papa », qui représente une certaine idée de la télé chez nos voisins britanniques.

Ma note : C-

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Peaky Blinders

Cillian Murphy : tagada, tagada, voici Tommy Shelby. Bientôt sur les écrans français?

C’est le plus récent des pilotes proposés (diffusé sur BBC2 le 12 septembre dernier) et le plus convainquant aussi. Emmené par Cillian Murphy (« Batman Begins », « 28 Jours Plus Tard ») , « Peaky Blinders » retrace l’histoire d’un gang impitoyable de Birmingham en 1919. On peut voir cela comme une sorte de réplique anglaise à « Boardwalk Empire », avec aux manettes Stephen Knight, scénariste de « Eastern Promises » et du film d’espionnage « Closed Circuit » avec Eric Bana et Rebecca Hall (encore inédit chez nous). D’emblée, le pilote n’a rien à envier aux séries de HBO : une magnifique photographie nous projette dans le Birmingham de 1919, blafard, sale et ocre. Tout le travail de reconstitution urbain est très imposant, des bars aux salons de bookmakers, grouillant de monde. En Tommy Shelby, Cillian Murphy crève l’écran en gestionnaire gangster. Il va être traqué par Chester Campbell, campé par un Sam Neill à la moustache churchillienne mais dont les méthodes expéditives pour interroger ses suspects font  hurler « YALTA! » au téléspectateur. Le contexte social est balancé en pleine figure, du bolchevisme rampant aux séquelles traumatiques subis par les soldats tout juste rentrés du front. Le jeu du chat et de la souris propre au genre est ici sublimé par une élégance de tous les instants, et une volonté de présenter de vraies gueules, typiquement british et nuancées. Bref, une vraie pépite et de très loin le meilleur pilote de la sélection UKTV.

Ma note : A-

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Ci-dessous, le directeur artistique du festival de Dinard, Hussam Hindi, s’exprime sur les séries sélectionnées cette année :

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