NOTA: cette critique ne contient PAS de spoilers pour le film Star Trek Into Darkness.

Le moins qu’on puisse dire c’est que cette suite au reboot de « Star Trek » par le même JJ Abrams s’est faite attendre. En effet, plutôt que d’enchaîner directement sur la suite, il a préféré s’accorder un bel hommage aux productions Amblin avec « Super 8 », entreprise familiale en apparence plus modeste, sortie à l’été 2011. Et même le circuit promotionnel fini, Abrams a eu comme leitmotiv de prendre son temps. Des conditions acceptées par Paramount, pour lequel le réalisateur à lunettes est un atout essentiel, surtout avec son rôle de producteur des « Mission: Impossible ». C’est ainsi que le scénario est arrivé à maturité de soi-même avant de le mettre en production, une protection assez inédite à Hollywood où, surtout pour les franchises, l’écriture des scénarios répond à la dictature des deadlines et des script doctors. L’équipe reste la même que pour le premier Star Trek, avec l’adjonction de Damon Lindelof, dont les dernières incursions (à savoir Prometheus) dans le milieu du film ont été assez discutées.

Le premier miracle de Star Trek Into Darkness, c’est que dans un certain sens, il ne joue pas dans la surenchère. Certes, les scènes d’action et décors sont absolument démesurées, et la scène d’ouverture (qu’on a pu voir avec The Hobbit en IMAX à Noël dernier) assume totalement son côté Indiana Jones. Mais Kurtzman, Orci et Lindelof font dans l’économie: on sent que chaque scène, chaque interaction a été discutée pour en arriver à l’efficacité la plus pure. Avec l’équipe de l’Enterprise, l’enjeu de ce Into Darkness est de donner juste assez de scènes pour permettre une identification et une compréhension de leur état psychologique. Doser les dialogues et l’action est toujours un grand enjeu de n’importe quel blockbuster, et le film y parvient remarquablement bien. Absents de Into Darkness? Les tentatives d’humour foireuses ou de sidekicks amusants, qui a fait pécher tant de films scénarisés par Kurtzman et Orci (on pense à la Légende de Zorro, mais surtout au flop créatif Cowboys vs. Aliens).


John Harrison: un potentiel vraiment développé

Le deuxième miracle? En deux mots: John Harrison. Sur le papier, ce personnage de terroriste aurait pu faire un mauvais parallèle avec le Joker de The Dark Knight, une manière opportuniste de noircir le tableau et de faire un parallèle avec une franchise qui a pu jouir d’un considérable succès public. Au final, Harrison incarne une menace beaucoup plus sournoise que ce que Heath Ledger pouvait incarner. Le charisme de Benedict Cumberbatch, révélé entre autres à travers la série « Sherlock » diffusée sur France 4, menace à certains moments d’engloutir celui de Kirk et Spock. Les révélations graduelles de ses motivations sont également très bien gérées, et son entrée en scène est une des plus explosives du film. Abrams délaisse ainsi le Romulan incarné par Eric Bana pour mettre Harrison au centre du film.

Un coeur, mais pas de « choral »

Mais la grande force de Star Trek Into Darkness, c’est de remettre l’émotion et l’humain au coeur des effets visuels bluffants créés par ILM. Ce n’est pas tout de créer une flotte spatiale et des paysages d’une beauté à couper le souffle (la scène d’ouverture devrait achever de convaincre les plus sceptiques), mais la caméra est au plus près des personnages, le conflit se lisant sur leurs visages, celui de Kirk le nerveux et l’impulsif et de Spock le rationnel et protocolaire en tête. Si les Trekkies de la première heure risquent de ne pas trouver leur compte dans ces interactions au final assez banales et correspondant aux archétypes qu’ils ont assimilé depuis plus de 40 ans, le grand public, lui, sera conquis. Et c’est bien là le but d’Abrams. Star Trek Into Darkness reprend à son compte les oppositions humain/technologie, et les alternatives qu’il trouve lorsque celle-ci lui fait défaut. De la téléportation aux champs magnétiques en passant par les pannes en tout genre, les péripéties de Into Darkness reposent bien sur la panique créé par une technologie futuriste qui met dans l’embarras. C’est également le postulat de départ de « Revolution », une autre série d’Abrams. Mais là où cette dernière s’embourbe dans un sentimentalisme familial et des aventures téléphonées, Into Darkness file à quatrième vitesse et fait ressentir le danger au spectateur. Celui-ci est pas loin d’être parano, par exemple lors de la présentation de la physicienne rentrée incognito à bord de l’entreprise, le docteur Carol Marcus (Alice Eve). Les bande-annonces demandent: « Jusqu’où iriez-vous pour votre famille? » Et Into Darkness répond à cette question de manière intelligente.

©Paramount

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Là où le bât blesse, c’est que la promesse du premier film, celle d’avoir un équipage entièrement opérationnel et prêt à une aventure haletante, n’est pas vraiment respectée. Même si chaque personnage essaie d’avoir son moment dans le film, de McCoy à Scotty en passant par le sous-estimé Sulu (John Cho), Abrams met le focus sur Kirk et Spock. Il s’agit bien d’un duel de leadership et de la réaction en cas de crise diplomatique, et même si ce choix est très payant dans le dernier tiers du film, l’équipage aurait mérité d’avoir plus de temps de film. Ainsi, Into Darkness n’est pas entièrement un film choral, mais il y a fort à parier que ce n’est que partie remise avec une treizième aventure.