Ryan Murphy est-il fou ? Après Nip/Tuck et Glee, monsieur change encore de registre et propose une série d’épouvante de haute volée à l’ambiance lourde. American Horror Story Asylum est la saison 2 de American Horror Story.

La saison 2 de American Horror Story a été conçue indépendamment de la première en oubliant tout et faisant table rase des personnages. Nouvelle ambiance, nouveaux lieux, nouveaux personnages, cette saison 2 titrée Asylum proposait un nouvel univers attirant. L’histoire se passe dans un hôpital psychiatrique dans les années 60, là où toutes les différences désignées comme maladies mentales se retrouvent. Homosexualité, brutalité, accusation à tort, les patients n’ont pas des dossiers très très sévères.

Soeur Jude et Soeur Mary Eunice dirigent l’établissement sous le fer du Père Howard avec fermeté et sérieux. Derrière ces mûrs gris et à l’atmosphère morose, les pires perversités s’entrechoquent, de la libido de Soeur Jude aux souvenirs d’enlèvement alien de Kit, l’hôpital Briarcliff abrite une galerie de personnages aux sombres obsessions, aux secrets les plus inavouables et aux velléités les plus étranges.

American Horror Story Asylum

Le Dr Arden (joué par l’efficace James Cromwell, Six Feet Under), sorte de savant fou, est un médecin au lourd passé puisqu’on le découvre travaillant pour les nazis au temps de la seconde guerre mondiale pour le projet Presse Papiers (les fans de X-Files comprendront), gigantesque opération visant à recruter des médecins nazis pour que les USA mènent d’importantes recherchent notamment sur le comportement des jumeaux ou de l’utilisation de virus dangereux. Cette partie très passionnante est introduite par un personnage qui aurait pu être le plus gros WTF de la télévision puisqu’Anne Franck arrive à Biarcliff ! Si le titre ne faisait pas référence à elle, la surprise aurait été de taille. Ce double épisode où Franka Potente joue la jeune fille cachée des nazis fait parti des meilleurs de la saison. A partir de cet épisode, on est en droit de penser que le show qui nous est délivré devant nos yeux va être totalement barré.

Après un exorcisme, une nonne sexuellement active, des patients très atteints, des aliens, on peut penser que le show est trop fourni et totalement à côté de la plaque. Non, pas du tout, même les aliens passent dans l’ambiance tendue de l’hôpital. On attend chaque révélation, chaque rebondissement avec attention, le spectateur guette chaque story line et voit si tout va s’imbriquer ou si tout va s’éparpille ou se résoudre simplement. La réponse est décevante. Le show offre 6 épisodes d’une intensité narrative énorme aidée par une réalisation inspirée puis dérape complètement pour conclure chaque arc par la mise à l’écart purement et simplement du personnage concerné.

American Horror Story Asylum

Parlons acteurs avec Jessica Lange qui excelle en Sister Jude. Sans trop révéler son évolution, elle joue sur deux tableaux délicats et parvient à être très crédible. James Cromwell est inquiétant de vérité dans le rôle de ce médecin boucher. Il retrouve (même s’ils ne partagent aucune scène) Frances Conroy (Six Feet Under également) dans un rôle très beau, celui de l’Ange de la Mort. Troublante de sincérité  Conroy s’en tient au strict minimum pour jouer cet être sans véritable caractéristique.

Zachary Quinto revient de Heroes pour jouer un psychiatre / serial killer inquiétant et redoutable. Il a carrément la tête de l’emploi. Joseph Fiennes est doucement en retrait. L’acteur le plus « connu » est finalement un personnage assez secondaire. Il ne parvient pas à transcender son personnage mais reste plutôt bon. On fait la connaissance de la française Lizzie Brocheré, jolie brin de femme qui joue une patiente ténébreuse tandis que Chloé Sevigny ne sort plus de son rôle d’allumée sexuelle.

Adam Levine (chanteur des Maroon 5) et Dylan McDermott (The practice et American Horror Story saison 1) sont la caution « beau gosse », leurs rôles sont assez minimes mais ils sont quasiment des rôles clés.
Rarement la série n’offrira de conclusion satisfaisante aux personnages à part peut-être l’arc central à savoir Bloody Face. Pas des plus passionnant au départ malgré une introduction tonitruante mais un laisser-aller certain par la suite, cet arc va trouver sa conclusion dans les ultimes scènes de la série. Les histoires les plus intrigantes comme Arden et son passé nazi, la possédée Mary Eunice ou encore l’enlèvement Alien de Kit et Grace et même la transmutation de Shelley, tout est quasiment bâclé. Les 4/ 5  derniers épisodes la série sont beaucoup plus posés, moins WTF et j’accroche moins. Le démon et le docteur disparus, les deux gros centres d’intérêt de la série créent un vide certain. La série se conclut doucement, posément avec des longues scènes d’exposition et offre un final moins démonstratif et plus explicatif.

American Horror Story Asylum

On aurait aimé un final époustouflant où aliens, démon et perversion sexuelle se croiseraient, où un serial killer ferait un massacre parmi les cinglés, il n’en est rien. Ryan Murphy semble avoir perdu son bébé et offre un instant musical très Glee-esque dans un épisode. Murphy introduit une mini story line avec Ian McShane qui joue un psychopathe très crédible, Leigh Emerson. Pendant la période de Noël, les épisodes prennent une tournure inquiétante et Murphy arrive encore à contourner l’ambiance de base pour offrir un climat effroyable. Emerson était rapidement un personnage fort mais rapidement écarté.

Si Nip/Tuck parvenait à montrer au moins des postérieurs et des scènes de sexe réussies, Asylum fait la prude alors qu’elle va beaucoup plus loin dans le discours abstrait. L’atmosphère si palpable est annihilée par un manque d’audace certain envers la sexualité.  La série aurait gagné à briser ses limites quant à l’aspect sulfureux. Asylum n’ose pas aller au delà de la suggestion, des formes voluptueuses, une ambiance lourdement érotique se dégage de beaucoup de scènes, cependant pas un bout de chair ne sera montré ou alors la caméra arrive à esquiver au bon moment. C’est poisseux, triste, glauque mais sexuellement parlant, ça pèse. Les pointes de couleurs dans la lingerie de Mary Eunice ou les scènes de sexe rapidement écourtées sont autant de manières de montrer du doigt la perversion que les auteurs ont pour frustrer le spectateur.

Vous l’aurez compris, l’ambiance est très très lourde et l’esprit du spectateur est mis à rude épreuve par moments. Il faut également compter sur une narration hachée au possible, les allers et retours en 1964 ou 2012 ou encore les ponts entre chaque épisode rarement visibles, aucun previously on et des micro ellipses, rendent la série copieusement addictive.

American Horror Story : Asylum reste un produit ovni, une série comme jamais vous n’en verrez. Si vous aimez l’ambiance glauque, des personnages barrés et des intrigues rocambolesques, c’est la bonne porte. Il faut passer outre la conclusion décevante car il est évident que j’en attendais beaucoup sur des intrigues qui m’accrochaient un peu plus. Le coeur de la série est gardé intact jusqu’au dernier instant, ce sont des tranches de vies de personnages et ce coeur se trouve chez deux ou trois personnages qui vous feront de suite accrocher.