On a terminé

Miracle Workers : les délices du ciel

La télévision américaine continue, après The Good Place, à parler du monde d’après : Miracle Workers, série plus ou moins comique d’une vingtaine de minutes par épisodes, s’offre Daniel Radcliffe pour nous parler de ce qui se passe là-haut, chez Dieu.

Dieu est le gardien de la terre, qui exauce nos prières quand il l’entend et nous rappelle à l’ordre quand il le faut. Ça, c’est sur le papier. Mais en pratique, Dieu est devenu dépressif, n’a plus de volonté ni d’énergie pour mener quoi que ce soit à bien, et compte sur ses fidèles assistants pour mener tout ce petit monde qu’il a créé. Seulement, un jour, il veut détruire sa création… sauf si un assistant l’en empêche.

Poncifs, bons sentiments, potacheries et niaiserie : voilà ce qu’auraient pu être les ingrédients de Miracle Workers si ses créateurs n’avaient pas parfaitement compris, dès la mise en bouche proposée cette semaine, l’intérêt de mettre en œuvre une comédie légère et absurde dans cet univers si libre. Derrière la série, ni plus ni moins que Simon Rich, le génie derrière Man Seeking Woman, longtemps figure de proue pour SmallThings. Certaines des obsessions du monsieur se retrouvent d’ailleurs dans sa nouvelle création, notamment et surtout sa passion pour la figure du looser magnifique, ici interprété par un Radcliffe brillant. Il s’agit pour lui, assistant de Dieu et « exauceur » de prières, d’arriver à dépasser son petit monde bien rangé et ses réussites médiocres (comme aider quelqu’un à retrouver des clefs), pour sauver le monde.

miracle workers

Comment faire ? Par l’amour. Simon Rich est définitivement inspiré par le romantisme, qu’il maîtrise admirablement : il s’agit pour nos héros, assistants en pacte avec Dieu, de réaliser la prière la plus difficile qui soit : permettre à deux introvertis attirés l’un par l’autre de s’aimer, et de se le dire. Le concept est intelligent et d’une simplicité redoutable, et le spectateur navigue dans ces sept premiers épisodes dans les deux mondes, s’attachant autant à suivre les aventures romantiques et d’affection dans un monde que dans l’autre. La proposition est d’une grande subtilité dans sa réalisation, rien n’est appuyé ou surfait : la série est d’une grande humilité, dans sa forme évoquant un Brazil soft (le monde d’en haut est beaucoup plus corporate que vous ne l’imaginez), comme dans son fond d’une humanité réelle.

Ce qui fascine et rend béat est surtout, pour tout dire, cette capacité du créateur à rendre vraisemblable les plus irréelles et absurdes des situations. Il n’est en effet pas difficile d’imaginer, pour bien des éléments de construction d’univers de la saison, un équivalent plus cynique dans la réalisation. Pourtant, la délicatesse et, au fond, la sincérité de l’ensemble parviennent à tout rendre tangible, crédible, presque réel. La simplicité des émotions et les relations sans grands bouleversements dramatiques ou identitaires entre les personnages permettent cela, et les quelques conflits intérieurs sont traités avec tant de justesse et de normalité qu’on en vient à penser à This Is Us, Better Things et toutes ces séries qui parlent de la vie sans en rajouter. Miracle Workers est de cela, en témoigne le jeune assistant que l’on suit, en pleine remise en question affective et psychologique, qui n’a jamais droit à sa grande séquence de bouleversement puisque tout est plus intime et subtil que cela.

Rien n’est donc caricatural, ni encore moins prétentieux. Tout est suggéré, beaucoup de non dits interviennent et les personnages évoluent naturellement, découvrant de nouvelles facettes goutte à goutte. Tout est archétypal, les personnages sont bien campés dans leurs rôles et chacun se répond et se complète à sa façon, mais rien n’est jamais stéréotypé, la figure de Dieu par exemple (Steve Buscemi, au cas où vous demandiez) fait figure d’entremetteur et de source d’enjeux entre les personnages, voir parfois de comic relief, mais est loin d’avoir la place importante ou étouffante que l’on pouvait imaginer. Le tout évolue dans un climat de folie douce, tempérée, les sourires sont nombreux et les quelques heures pour l’instant disponibles sont terminées avant qu’on ne s’en rende compte. In fine, la résolution va dans le même sens, dans une solution inattendue et très douce-amère, finissant par un brin d’émotion et presque, déjà, de nostalgie de voir que les problèmes sont réglés et que chacun continuera à avancer, avec ou sans l’autre.

Parfois métaphysique, toujours intelligente, jamais outrancière, Miracle Workers s’impose et se déroule dans une grande tranquillité. Vivement la saison 2, si elle existe !

Miracle Workers est diffusée depuis le  sur le service Warner TV

Laisser un commentaire