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Critiques de suites

Unfriended Dark Web : l’exigence franchisée ? (sans spoiler)

Après avoir impressionné les plus sceptiques en 2015, Unfriended et son concept de screen life revient pour Dark Web, suite sans lien direct avec le premier film qui se contente donc d’en reprendre le concept pour l’attacher à d’autres histoires. Pour quel résultat ?

Après avoir volé un nouvel ordinateur, un jeune homme se retrouve sur Skype avec ses amis. Très vite, il trouve dans l’appareil quelques vidéos de violence perturbantes, et est vite contacté par le propriétaire originel de l’ordinateur. Prenant cela à la légère, il ignore que ce propriétaire est prêt à tout pour le récupérer… 

La tendance de Blumhouse ainsi que du cinéma actuel, notamment horrifique, à tout franchiser ne pouvait pas épargner Unfriended, quand Insidious, The Conjuring, Sinister et même Ouija ont eu droit à des petits. Seulement, le problème se posait différemment ici : comment reprendre et réadapter un film se reposant sur son concept pour exister dans un genre galvaudé ? Malgré tout le bien qu’on en pensait ici, il s’agit de rappeler en effet que le premier film n’était qu’une utilisation exemplaire d’un procédé visant à s’intéresser à un simple écran d’ordinateur, où se passent des événements dramatiques voir surnaturels, et notamment quelques meurtres visibles par Skype. Dark Web va évidemment dans le même sens, et on aurait pu craindre la redite : que faire de plus que ce qui avait déjà été réussi il y a quelques années ?

D’abord, un nouveau genre, ni plus ni moins. Unfriended Dark Web ne se prive certes pas d’appartenir à une série de films inquiétants et tendus mais ne saurait être placé dans la même case que son aîné, qui faisait le choix d’une horreur fantastique, spectrale, d’outre tombe. Dans la même logique que ce qui avait été choisi dans Insidious 4 cette année, Dark Web fait plutôt le choix d’un ancrage dans la réalité, plus le film avance et plus, d’ailleurs, le mystère s’éclaircit, jusqu’à appartenir entièrement au réel et non plus à de quelconques entités. Le résultat montre alors la pertinence de ce choix, la dénonciation sociale du premier film, due au suicide d’une adolescente harcelée, se change ici en peut bien plus viscérale, le sentiment d’épier des instants intimes est puissant et le film sait dépasser son aspect d’horreur adolescente pour tendre vers quelque chose de plus universel, du au fait que les interactions se font entre humains.

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Ainsi Unfriended Dark Web, par les choix audacieux de son réalisateur et scénariste Steven Susco, appartient-il plus au au thriller horrifique qu’à l’horreur surnaturelle, et par ce biais parvient à se renouveler, voir souvent à déjouer les attentes. Le nihilisme qui marquait le premier volet n’en est que plus prégnant et dérangeant, quand au fond aucun personnage n’a de chance de survie l’inéluctable n’est que plus insupportable quand il vient d’hommes plutôt que de spectres. Bien sûr, la légèreté du style choisi permet au spectateur de se détacher de cela, prenant conscience de l’aspect très ludique d’un concept toujours mieux exploité et toujours aussi moderne, mais il n’est pas rare d’être surpris par la violence des images montrées, parfois corrosives, renforcée une fois de plus par leur amère réalité (voir notamment la séquence avec les policiers).

Tout cela marche d’autant mieux que le film est bien écrit, fait de personnages solides et sincèrement croqués, c’est d’ailleurs à ce niveau-là que le film dépasse son prédécesseur en refusant les stéréotypes pour montrer les jeunes sommes rouges normaux, avec leurs zones d’ombres et leurs banalités humaines. On se plaît à suivre ces humains, et le film ose l’attachement, qui pourtant pourrait se prêter assez mal à un genre aussi sacrificiel, aux différentes humanités montrées. Aucun d’entre eux n’est vraiment désagréable ou veule, quand le premier film faisait le choix de la stupidité des personnages pour rendre plus supportable leur mort (grand poncif du cinéma d’horreur sacrificiel, depuis au moins Vendredi 13), celui-ci ose par le biais de l’écriture la rendre plus brute et frappante, d’autant que tous sont bien campés par leurs acteurs respectifs (et notamment par Colin Woodel, petite révélation personnelle à l’auteur de ces lignes cette année avec The Purge), si bien qu’aucune faute de goût n’est vraiment à déplorer. 

Pourquoi ne pas aller plus loin encore ? On imagine assez bien la saga se prêter à d’autres genres horrifiques, comme de la science-fiction voir du torture porn. Le concept est honnêtement renouvelable et réutilisable à souhait, pourvu que la saga ne suive pas la même route queet évite justement une redite sans saveur. Toute confiance est faite à Blumhouse pour la suite, en fonction du succès de cette petite réussite.

AMD

Adrien Myers Delarue
Adrien Myers Delarue
Résidant à Paris, A.M.D est fan de Rob Zombie, de David Lynch et des bons films d'horreurs bien taillés. Sériephile modéré, il est fan de cultes comme X-Files, Lost, ou DrHouse, ou d'actualités comme Daredevil ou Bates Motel.

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