Ce mois de mai sort un petit thriller psychologique et horrifique uruguayen dont on parle peu, No Dormiras. Toujours au courant de ce genre de combines, Smallthings a eu la chance de voir le film en avance pour vous en parler. Quel verdict ?

Dans No Dormiras, Bianca est une actrice passionnée mais insatisfaite et limitée par un père dont la maladie la met chaque jour en danger. Un jour, elle est recrutée par Alma, célèbre dramaturge, pour le premier rôle d’un projet théâtral exceptionnel, au sein d’un hôpital psychiatrique. Mais, pour atteindre la quintessence de son jeu, Bianca est forcée de ne plus dormir. Très vite, ses sens et son talent s’affinent, mais aussi ses peurs et sa paranoïa … 

Gustavo Hernández, réalisateur de ce No Dormiras, n’en est pas à sa première tentative d’une autre horreur, indépendante et libre de codes. En effet, il est aussi le réalisateur de La Casa Muda, film on ne peut plus angoissant mais aussi on ne peut plus frustrant par son final qui faisait s’écrouler le jeu de dominos très fragile qu’il proposait. Par ce nouveau film, le réalisateur continue sa percée de films d’horreur à concept, refusant le médium d’histoire classique, ou plus exactement le transcendant par une idée originale afin de le détourner.

Ici, la visite hagarde d’un hôpital hanté fait sens, parce qu’elle est due à une insomnie volontaire, à une volonté de transcendance de soi. On ne sait si la bâtisse est vraiment hantée, si tout est dans la tête des personnages (le final, en ce sens, n’est pas très clair), et c’est ce jeu sur la réalité qui intéresse. La réussite d’un film d’épouvante, comme The Others a pu le démontrer, est parfois due au doute : qu’est ce qui est réel ? L’insomnie des personnages permet de maintenir longtemps ce doute, et le montage qui alterne entre les temporalités et les mondes aide bien à cela. Sur ce point, le film a tout d’une proposition novatrice et ambitieuse : comme La Casa Muda, sorte de found footage en faux plan séquence, No Dormiras parvient à maintenir l’œil du spectateur par sa proposition.

Le problème réside alors dans le fait que, vite, les travers d’un cinéma d’épouvante classique, et pourrait-on dire galvaudé, rattrapent Gustavo Hernendez. Alors qu’il n’en a pas besoin et que l’exercice ne s’y prêtait pas du tout, le film propose vite une avalanche de jumpscares, de sursauts impromptus qui désamorcent une tension là où elle aurait pu, comme pour son film précédent, rester intacte. On dit beaucoup de mal de La Casa Muda, parce que le film neutralisait par un twist absurde ses promesses suite à une petite heure et demie de frayeur et de peur de l’inconnu. Ici, c’est plutôt l’inverse : ce qui pourrait fonctionner, et devrait, en toute logique, attirer l’attention du spectateur et l’effrayer, est en permanence remis en cause par des effets assez indignes du film (le personnage a priori allié de Bianca qui apparaît dans le champ pour l’effrayer, franchement, on ne peut plus le faire aujourd’hui…). On est alors face à un film assez hybride, étrange car on a le sentiment qu’il ne sait pas vraiment ce qu’il veut, empoisonné par un héritage lourd de codes qu’il devrait envoyer balader pour se concentrer sur son récit.

Si bien qu’au final, qu’on ne dévoilera pas, le spectateur est assez indécis. En effet, le tout, non content d’être parfois inefficace, dessert aussi la narration et la rend plus confuse et déstructurée qu’elle ne devrait l’être. L’embriquement des mondes et des temporalités est loin d’être une mauvaise idée en soi, elle est même au cœur de ce qui rend le film intéressant, mais sa cohérence est remise en cause par cette destructuration qui, in fine, rend No Dormiras assez indigeste.

C’est d’autant plus dommage que sur bien des points, le film est réussi, notamment servi par une interprétation aux petits oignons (Belen Rueda est incroyable). Les différents sujets évoqués, sur l’art créatif par la destruction (Mother l’avait évoqué l’an dernier, avec bien moins de subtilité que ce film-ci, plus sobre et moins démonstratif), la peur de n’appartenir à personne (pour le coup très démontrative ici, passant par des dialogues explicatifs dont, pour certains, on aurait pu se passer), l’amour de l’art plutôt que de l’humain (là dessus, le film fonctionne bien et rappelle parfois Misery, par le portrait de cette femme obnubilée par la réussite de cet acteur, obsession qui transperce tout humanisme), tout est intéressant mais le traitement trop classique ne sert pas ces thématiques. Pire, il donne des apparences de banalité au film et on se retrouve à plisser les yeux pour percevoir ce qu’il aurait pu être. Le propos ici peut sembler abrupt, mais la frustration emporte souvent l’enthousiasme qu’on aurait pu avoir pour cette proposition tout à fait originale, qui aurait pu faire sens si il a avait été possible de se débarrasser des contraintes du genre.

Finalement, comme pour La Casa Muda, on a le sentiment devant No Dormiras d’un film intéressant, souvent pertinent, mais un peu sacrifié par un manque de confiance en sa narration et en sa capacité de fascination. Reste que, pour le concept notamment, il est à conseiller. Sortie en salles le 16 mai.

AMD