Après La Cabane dans les bois en 2012, Drew Goddard revient à la réalisation, avec un casting très alléchant et un projet haut en couleur (dans le sens littéral du terme). D’une durée de 2h22, ce film aux allures tapageuses a le mérite de ne finalement jamais faire trop de bruit pour rien.

Autrefois, le El Royale, à cheval entre le Nevada et la Californie, était un lieu de splendeurs, la crème de la haute société s’y arrachait les chambres. Devenu un motel peu recommandable au personnel en sous-effectif, il assiste cette fois à l’arrivée de quatre parfaits étrangers en même temps : un vendeur d’aspirateur, un prêtre, une chanteuse et une jeune femme branchée aux allures bohèmes. Sans compter leurs secrets, voir même leurs résidents clandestins.

Sale temps à l'hôtel El Royale

Composé de plusieurs personnages, tous aussi intrigants les uns que les autres, la construction de Sale temps à l’hôtel El Royale se situe quelque part entre un Cluedo et un feu d’artifice. Le dévoilement des enjeux, à travers la quête et la personnalité de chaque personnage, est jouissif par son calcul minutieux et sa réalisation précise. Il découle, des plans bien composés et de l’intrigue divulguée au compte-goutte, une grande satisfaction pour le spectateur qui se laisse entraîner dans (l’excellente) ambiance des 60’s et ce motel soumis aux intempéries.

Au-delà de ce plaisir, et parce que Sale temps à l’hôtel El Royale n’est pas une œuvre tapageuse dans le seul but d’éblouir le naïf, on assiste à un jeu de faux-semblants dans lequel subsiste un vrai souvent tragique. Dans Halloween, toujours à l’affiche, une adolescente déclarait, lors d’une fête costumée : « il est plus facile de parler aux gens quand on ne sait pas qui ils sont ». La comparaison entre les deux films s’arrête ici, il ne serait d’aucune pertinence d’aller plus loin mais cette phrase s’applique, avec une dramaturgie étonnement sérieuse et émouvante, à Sale temps à l’hôtel El Royale. Sous le mensonge et déguisement subsiste toujours une part de vrai, un secret ici représenté sous la forme de la maladie d’Alzeihmer qui va tisser, au fur et à mesure du film, une thématique conductrice. Son époque, la fin des sixties dans lesquelles le rêve hippie s’écroule pour laisser place à des dérives obscènes et une absence de rêves, n’est pas un simple gadget mais sert cette thématique d’un temps qui s’écoule en emportant inexorablement la beauté de ses mythes avec lui pour n’en laisser qu’un arrière-goût amer, l’envers du décor d’une période en transition que personne ne veut connaître.

Sale temps à l'hôtel El Royale

Néanmoins, on regrette un peu que la verve de la première heure s’estompe petit à petit, que le plaisir de découvrir une intrigue alléchante mâtinée de moments possédants une certaine intensité dramatique soit étouffé sous une suite un peu plus conventionnelle et attendue – bien que toujours réussie. Le dévoilement progressif de chaque personnage n’apparaît plus avec la même véhémence lors dans la deuxième heure, bien que le film rassemble tout son possible pour offrir son bouquet final. L’arrivée d’élément extérieurs au huis clos brise un peu l’équilibre parfait et, bien que cette rupture soit recherchée et tout à fait justifiée, elle est amenée de façon un peu abrupte. Sale temps à l’hôtel El Royale a cependant et aussi le mérite de ne jamais tomber dans l’écueil moral facile face à la représentation d’un groupe dans un purgatoire, le lieu se situant entre deux états, entre la vie et la mort, entre la possibilité d’un rachat ou une condamnation à l’enfer. Le film sonne finalement et grand bien lui fasse, davantage comme une histoire à hauteur d’homme ou une vengeance sociale bien méritée. En conclusion, c’est une œuvre qui se découvre comme elle se déguste : progressivement, de façon bien construite, avec un arrière-goût peut-être un peu décevant mais tout en restant un produit de luxe, toujours consciencieux.

En salles dès le 7 novembre.