Critiques de films

Porky’s (1981) : il y a 30 ans, un film parlait d’il y a 30 ans

Autre phénomène du teen-movie avec Fast Times at Ridgemont High, Porky’s a littéralement cartonné avec 100 millions de dollars en 1981 soit 330 millions avec l’inflation. Un film culte ?

Difficile de juger Porky’s dans le contexte. Nous sommes en 1981 et le film parle de la jeunesse des années 50.

Derrière le film d’horreur réputé Black Christmas, Bob Clark s’essaye au teen-movie avec Porky’s. Détruit par la critique, le film fut un énorme succès. La raison? Prenons les choses dans l’ordre.

Le film ne se limite à rien et s’autorise beaucoup de choses. Gros, noir, juif, femme, homosexuel, tout y passe et avec aucune subtilité. Negro, youpin, pédé, le vocabulaire est fleuri. L’aspect provocateur a peut-être était la clé du succès. Mieux, le fait de parler d’une autre époque semble donner plus de sens au projet. L’ambiance 50s où tout semblait presque honteux (du genou féminin jusqu’à parler de sexe) s’efface pour une relecture graveleuse.

Comme vu dans Fast Times at Ridgemont High, le script ne s’embête pas d’une quelconque volonté de raconter une histoire. Ce sont des bouts de vie, des chroniques, des scénettes avec aucun héros. Il règne une ambiance de liberté assez folle, de totale je-m’en-foutisme dans tous les personnages. Les scrupules? Absents. La honte? Absente. La réflexion? Absente. Les filles et les garçons semblent acquis au concept d’ouverture sexuelle. Un personnage peut dire à un autre de coucher avec quelqu’un, ça ne rechigne pas. Les femmes sont des objets sexuels, les hommes sont des… « bonhommes ». Tout est un joyeux bordel qui ne trouvera du sens qu’en fin de film quand le minuscule fil rouge porté par une seule scène rassemblera tout le monde dans un climax inintéressant mais rappelant les films des 50s.

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Dans un script voulant à tout prix parler de l’époque actuel sous couvert d’une époque dite bénie, Porky’s fait fausse route partout. Le nom fait référence à un bordel qui n’aura du sens que pour le climax, le script ne sait jamais quel personnage tient l’intrigue (il faut voir des scènes traîner en longueur sans que ce soit utile), les acteurs sont en roue libre. Le film n’arrive jamais à s’attacher à une ligne directrice et à rendre attachants ses personnages.

Côté cul, ce sont les hommes qui s’exposent, chose rare. Il faut attendre une bonne heure avant de voir des filles nues. D’ailleurs, on retrouve Kim Catrall, alors âgée de 26 ans, dans une scène de sexe longue, loonnnnguee et pas drôle. Ce qu’on peut dire, en 2019, sur un film de 1981, c’est que les blagues de cul sont toujours les mêmes, pas d’inquiétude. C’est littéralement un concours de bites. Féministes, abstenez-vous. La syncope ne sera pas loin.

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Porky’s reste donc une tentative osée pour l’époque mais totalement sans valeur ajoutée en 2019. Pire, le film est coincé dans son concept avec un gap de 60 ans entre l’époque racontée et notre visionnage, 30 ans entre l’écriture et le visionnage, bref, trois époques qui interfèrent. Sans grande figure iconique comme dans Fast Times, Porky’s est une curiosité presque malsaine qui ne fait plus rire, qui fait douter et qui fait surtout dire que tout n’est pas idéal dans la liberté.

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