C’est le 26 septembre dernier qu’eut lieu l’unique projection à Paris de « Maquia – When the promised flower blooms », dernier long-métrage de Mari Okada, l’auteure du manga très acclamé « Anohana ». « Maquia » ne fut projeté que dans 11 salles en France, dont le Grand Rex dans la capitale. Je n’ai donc pas voulu manquer ça.

Cet animé, encensé par la critique, avait tout pour plaire, et là encore, c’est dommage qu’il ne fut pas plus projeté. La France reste le deuxième pays au monde le plus consommateur de mangas, et cette décision de le montrer dans si peu de salles a le don d’agacer, à la longue… Mais revenons-en au long-métrage. Mérite-t-il vraiment autant d’éloges, suite à sa projection ?

 

Attention, cette critique contient de nombreux spoilers.

Maquia est une jeune fille qui appartient au peuple des Iolph, des êtres sveltes aux cheveux blonds, semblables à des Celtes. Ou mieux, à des efles. Ils ne vieillissent jamais et leur Matriarche, Dame Racine, a l’apparence d’une jeune femme malgré ses 400 ans. Elle défend à son peuple d’entrer en contact avec le monde extérieur, sous peine de connaître l’amour et d’en souffrir. Hélas, le Roi envoie des soldats pour enlever des femmes Iolph dans le but de les épouser et d’engendrer une race d’immortels. Maquia s’enfuit malgré elle à dos de dragon, et devra apprendre à survivre seule dans un monde hostile, non sans avoir recueilli un nouveau-né dont la famille a été massacrée.

  La première partie de l’animé est intéressante car nous voyons Maquia, auparavant naïve et qualifiée de « pleurnicheuse », devenir de plus en plus débrouillarde avec le temps. D’abord recueillie par une famille de fermiers puis se rendant en ville pour gagner sa vie, elle se consacre totalement à son rôle de mère. Les images de l’animé sont réellement à couper le souffle du début à la fin. L’animation en elle-même est parfaite et les paysages médiévaux sont somptueux. C’est avec une grande attention que nous suivons l’évolution des personnages, avec Maquia qui prend en maturité. Une autre Iolph, Leïla, passait pour une aventureuse au début de l’histoire, et pourtant, elle se laisse marier par le Prince du Royaume et renonce à s’enfuir à cause de l’enfant qu’elle porte. Pendant ce temps-là, c’est Maquia qui se montre la plus courageuse en travaillant de ses propres mains. L’une était faible et doit survivre seule, l’autre était aventureuse et finit enfermée. Leur évolution suit un changement diamétralement opposé, et c’est ce qui rend l’intrigue si intéressante.

  maquia

Pourtant, la deuxième partie m’a beaucoup moins plu sur bien des aspects. L’enfant que Maquia élève, Ariel, devient un jeune homme avec des désirs amoureux ( et sexuels ) et à force de voir sa mère adoptive toujours aussi jeune, des sentiments ambigus vont naître entre eux deux. Mais Maquia prend son rôle de mère très, voire trop au sérieux, et elle n’oublie pas ce que Dame Racine lui a dit au sujet de la souffrance en amour. Ne risque-t-elle pas de souffrir bien plus si elle vit avec Ariel et qu’elle le voit mourir? C’est cela que je n’ai pas aimé, c’est le côté « fataliste » des personnages. Maquia ne fera jamais le premier pas vers Ariel, et celui-ci, confus, se détournera d’elle pour épouser une paysanne et lui faire des enfants. C’était vraiment…décevant, car jamais ils ne vivent une authentique histoire d’amour, et c’est un peu rageant de voir Ariel finir avec quelqu’un d’autre… Pire encore, Leïla. Cette Iolph est incroyablement passive durant l’animé. Elle est amoureuse de Krim, un autre Iolph, et elle renonce une première fois à s’enfuir car elle est enceinte. Ok, mais elle finit enfermée dans une tour, n’a pas le droit de revoir son enfant, et elle souffre d’être seule. Tu m’étonnes. Mais pourquoi quand elle voit enfin sa fille, elle se jette du haut d’une tour? Alors que là aussi, à ce moment du récit, c’est la guerre et la confusion, et qu’elle pourrait s’enfuir avec ? Causant ainsi indirectement la mort de Krim, un Iolph qui décide de tout sacrifier car il ne peut pas vivre sans elle? On ne comprend pas le propos derrière tout ça. D’autant plus que le récit aborde trop de sujets en même temps sans jamais approfondir, comme ces autres royaumes qui entrent en guerre avec le roi et qui ne sont jamais présentés. Et plus grave encore, le film comporte des longueurs et certaines ellipses qu’il faut deviner.

S’il y a tragédie dans une oeuvre, c’est souvent que les personnages n’avaient pas le choix, et qu’ils subissent leur destin. Là, les Iolph auraient pu faire quelque chose… Mais ils ne font rien. Le côté « résigné » des personnages était franchement agaçant pour ainsi dire, comme s’il valait mieux ne rien faire et rester dans une espèce de contemplation passive des choses… Complètement à l’opposé du « carpe diem », l’animé nous enjoint plutôt à « Vu que ça fait peur de souffrir, et bien ne faisons rien ». Il est presque tentant de faire un parallèle avec le Japon lui-même, enfermé dans sa propre culture par peur du contact extérieur. À force d’avoir peur de vivre, on finit par ne plus vivre du tout. Et c’est ce qui arrive à Maquia, qui semble vivre son immortalité comme une malédiction. C’est pourquoi il est impossible de ne pas avoir un sentiment en demi-teinte en voyant le long-métrage, car il laisse une impression de vide. « Maquia » reprend clairement les thèmes du Seigneur des Anneaux avec des guerres dans un milieu médiéval, et une elfe qui tombe amoureuse d’un humain. Mais alors que le thème de l’immortalité était bien abordé et abouti dans le Seigneur des Anneaux, ça l’est beaucoup moins ici. Moi qui adore la tragédie, tout le côté tragique du récit ne m’a même pas effleurée, car j’ai vu mieux ailleurs. Après les Ghibli ou « Princesse Mononoke », « Maquia » fait hélas pâle figure à côté.

 

Heureusement, l’œuvre a de nombreuses qualités. Sa direction artistique est irréprochable et l’animé possède une grâce peu commune, même pour une œuvre nippone. La vie et la mort sont des thèmes bien abordés, bien que le personnage principal ne les vive pas. Il en dégage un syndrome à la « Benjamin Button » retranscrit dans un monde de fantasy, mais qui hélas, a été abordé de nombreuses fois. Bizarrement, le côté éphémère de la vie semble bien plus enviable que l’immortalité, où il ne se passe presque rien. J’ai du mal à saisir le côté dithyrambique des critiques, avec Rotten Tomatoes qui lui accorde 100/100. A croire qu’ils n’ont jamais vu Akira, ou les Ghibli. D’ailleurs, « Princesse Kaguya » aborde exactement les mêmes thèmes que dans « Maquia », avec de la personnalité en plus. C’est dommage. Pourtant, « Maquia » est très émotionnel, à en juger par la somme de mes voisines et voisins qui étaient en larmes à la sortie du cinéma… Si vous le voyez, restez après le générique. Il y a une scène secrète ! Une suite à venir, peut-être ?