À l’occasion de la rétrospective de Miyazaki, grand maître de l’animation japonaise, de nombreux cinémas français se mettent à repasser quelques films de ce dernier, dont notamment Le Château de Cagliostro, son premier long-métrage. Ce film est tiré d’une série d’animation/manga de l’époque intitulée Lupin III, série qui racontait les aventures du personnage éponyme, petit-fils d’Arsène Lupin.

Dans un XIXe siècle et une France relativement récents, Lupin III et son complice Jigen sont des petits voleurs qu’on surprend à la fin d’un vol de casino. Malheureusement, les protagonistes s’aperçoivent que les billets volés sont des faux et le personnage de Lupin décide d’aller à Cagliostro, lieu qui serait à l’origine de cette fausse monnaie. Sur leur route, les deux voleurs vont être témoins d’une course-poursuite mettant en scène des bandits contre une mariée, et vont finir par sauver cette dernière de justesse. La mariée va s’enfuir mais Lupin est bien décidé à découvrir les secrets qui semblent se terrer autour de Cagliostro.

Avec son entrée in medias res, en plein vol de casino, la loufoquerie de l’univers est très vite mise en place, avec des personnage malicieux évoluant dans un cadre coloré qui ne fait qu’accentuer ce côté enfantin et léger ressenti dès les premières secondes du film. Par son scénario, le film tente directement d’accrocher le spectateur dans la grande aventure qu’il lui promet, aux côtés de personnages qu’il ne connait pas encore mais qui semble très proches, certainement grâce à une insouciance ambiante qui aide le spectateur à la fois à se plonger d’autant plus dans le film et qui constitue aussi une invitation à retrouver son âme d’enfant.

Le Château de Cagliostro

C’est d’ailleurs là le plus gros point fort du film : il fait du bien. Pour tous les éléments cités auparavant et qui constituent une ambiance palpable dans le film, et par la présence de clichés, à la fois des Français et du genre cinématographique, le spectateur est invité à se rassurer et à simplement profiter de l’oeuvre qu’il est en train de visionner. Un constat est clair : le processus fonctionne. Contenant tous les clichés d’un bon dessin animé, innovant peu sinon dans son histoire plus travaillée que la moyenne, Le Château de Cagliostro permet très vite de retrouver la légèreté et la qualité des dessins animés des années 70-80, avec une bande-son qui confirme son état d’esprit et qui plonge le spectateur dans une certaine nostalgie.

 

Seulement, le film n’est pas exempt de défauts. Tout d’abord, le manga dont est tiré le film est totalement inconnu pour une grande partie des spectateurs occidentaux, d’autant plus pour les générations actuelles. Or de nombreuses références au manga d’origine sont faites, et même si ces dernières permettent de présenter un univers construit et stable pouvant conforter le spectateur, elles sont avant tout un obstacle à la pleine immersion et jouissance de l’oeuvre. Le spectateur rate donc toute une partie du film qui se base sur la connaissance de la diégèse, pour simplement repérer que certains personnages et lieux semblent familiers. Ces références n’empêchent pas la bonne compréhension générale du film, mais sont indéniablement des obstacles à la compréhension intégrale de ce dernier, par la présence de détails qui montrent une oeuvre plus complexe et inspirée que ce que l’on pourrait croire, mais qui ne sont pas à la portée de tous, et certainement pas des spectateurs actuels. L’intemporalité de l’oeuvre peut donc être remise en question, car si son côté vieillot lui donne du charme, il est aussi source d’éloignement progressif de son caractère populaire, une vraie tâche dans un film de ce genre.

Le Château de Cagliostro

Cependant, il ne perd pas pour autant toutes les qualités qu’il possède. Les dessins et les animations sont somptueux, mais l’émerveillement flanche peu à peu. Pour expliquer ceci, on comprendra surtout que le film se base de plus en plus sur son intrigue, au détriment d’une complexification de ses personnages et de son univers. La magie du film réside principalement dans sa beauté pure, exprimée par ses personnages et ses décors, si bien que la progression dans l’intrigue signe une perte crescendo de l’intérêt réel du film, malgré des péripéties toutes très bien ficelées. Le film finit donc par tirer légèrement en longueur, malgré sa durée moyenne (1h40).

Le Château de Cagliostro signe donc les grands débuts de Miyazaki avec une qualité certaine que l’on peut ressentir tout au long du film. Malheureusement, un léger côté élitiste et une gestion du rythme assez moyenne entachent le film. On ne peut cependant que recommander le visionnage d’un telle oeuvre, majeure tant dans l’animation japonaise que pour l’immense Miyazaki.

 

Terence