Bohemian Rapsody est un film réalisé par Bryan Singer, sorti sur nos écrans le 31 octobre dernier. Inutile de vous présenter ce biopic de Freddie Mercury, qui a rencontré de nombreuses difficultés avant de sortir. Est-ce que ce biopic est réussi, me diriez-vous ? Alors oui mais… à moitié, en tout cas c’est notre ressenti à la sortie de la salle. Voici un petit retour en fanfare sur ce groupe hors normes qu’est Queen !

 

https://www.youtube.com/watch?v=NrZUAKMMLoY

 

Sortir un film sur la vie d’un grand musicien, ou même sur une célébrité en général, n’est jamais chose aisée. Le film respecte tellement la personne en elle-même, qu’il en devient trop lisse ou trop rigoriste, quitte à ne plus avoir d’âme. Pour être honnête avec vous, le seul film sur une célébrité qui m’ait plu, c’est La Môme. Marion Cotillard ne se contentait pas de jouer Edith Piaf. Elle était PRESQUE Edith Piaf. Et tout dans sa gestuelle, dans sa douleur, dans l’ambiance très mystérieuse du film, tout transpirait l’ancien Paris un peu baroque dont la chanteuse était issue. Et même si le long-métrage ne respectait pas une ligne d’événements chronologique, on « comprenait ». Et même, « on savait ». On était dans la tête d’Edith Piaf, point. Et la magie opérait.

Pour Bohemian Rapsody, certes l’image est impeccable et les acteurs bien choisis. Mais le principal reproche que je ferais au film, c’est que le chanteur , Freddie Mercury n’est pas assez bien « incarné » par son acteur, Rami Malek. Pourtant, ce dernier est époustouflant quand il s’agit de le représenter physiquement, allant même jusqu’à porter un dentier pour lui ressembler. Je ne critique pas du tout Rami Malek, car qui mieux que ce brillant acteur pour incarner Freddie Mercury ? Au début, ça devait être à Sacha Baron Cohen de le jouer, et oui, on a échappé au pire… Pourtant malgré cette meilleure distribution, on s’ennuie un peu… De son vrai nom Farrokh Bulsara, c’est en 1970 que ce jeune immigré Parsi est accepté dans un groupe de rock, « Smile », pour son timbre de voix inimitable. C’est le début d’une folle ascension pour ce jeune homme de Londres qui découvre le grand amour dans les bras de Mary… avant de réaliser qu’il préfère les hommes. Seulement, dans l’exécution du scénario, tout a l’air « un peu trop facile » comme réussite, et même si c’est vrai, le début est ennuyeux et sans relief. Freddie Mercury est montré de plus en plus comme une diva qui s’enferme dans une solitude inconsolable, et qui s’enfonce un peu plus dans le cliché du chanteur odieux « qui se comporte comme un connard avec le reste du groupe ». Chose que Freddie dit vraiment dans le film, vers la fin !

Seulement il y a un gros problème. Beaucoup de choses sont fausses dans le film selon le site Wikipédia. Freddie Mercury n’a jamais voulu se séparer de son groupe et partir en Allemagne pour un album solo, contrairement à ce qui est montré. Dans la vraie vie, il reste jusqu’au bout avec les Queen et ne révèle son homosexualité au reste du groupe qu’en 1986, et pas en 1985 à quelques jours du gros concert de charité « Live Aid » pour venir en aide aux victimes de la famine en Afrique… C’est ce qui a été souvent considéré comme agaçant selon les critiques : le cliché de la star méprisante avec tout le monde, en particulier envers ceux qui lui ont permis d’être célèbre. Les choses sont bien évidemment beaucoup plus complexes que ça en vérité, et c’est dommage qu’une icône comme Freddie Mercury n’en ressorte pas plus « humaine ».

https://www.youtube.com/watch?v=fJ9rUzIMcZQ

Le principal défaut du film selon moi, c’est que le chanteur de Queen sort difficilement de son image de papier-glacé. Avant d’être une star, Freddie, comme toutes les autres célébrités avant lui, a été un humain de chair et de sang, avec ses défauts, sa personnalité et surtout, son intériorité. La « focalisation interne » est étrangement absente du film et le tout reste froid et difficilement appréciable. Si le réalisateur ne se met pas à la place des personnages, alors le spectateur n’aura pas non plus envie de s’impliquer davantage et de s’y intéresser. C’est ce que je reproche le plus à Rami Malek, c’est de ne pas assez incarner Freddie Mercury autrement que par son apparence. Ce Freddie-là n’a pas assez « d’âme » malgré une prestation impeccable. Il manque un petit quelque chose qui nous faisait frissonner dans La Môme. Le tout est trop sage et manque de personnalité. De plus, on dirait que le film souhaite montrer une vision un peu trop moraliste des choses, en rappelant à coup de butoir qu’un « chanteur n’est rien sans son groupe, car c’est sa famille », etc. À force, c’est un peu ennuyeux et redondant. D’autant plus que les passages où Freddie doute sur sa sexualité et qu’il hésite à rester avec sa femme étaient trop longs et inutiles la plupart du temps. L’homosexualité est montrée, certes, mais on dirait qu’on « évite d’en faire trop comme si ça pouvait choquer, car c’est un film tout public ». C’est dommage que ce ne soit pas plus assumé que ça, contrairement à la chanson I want to break free qui démolissait des murs de morale et de bienséance, surtout à l’époque. L’homosexualité est un état, pas un choix nécessairement conscient, et c’est justement cette sensibilité créatrice qui a permis à Freddie Mercury d’être l’homme exceptionnel qu’il a été. C’est dommage de ne pas plus l’exploiter, ou mieux, de l’accepter.

 

Malgré tout, il y a de solides points positifs dans le long-métrage, comme les détails intéressants sur la genèse de la chanson qui titre le film. Bohemian Rapsody a été effectivement boudée à sa sortie, considérée comme trop étrange (stupéfiant, non?) Et le concert Live Aid, qui dure 20 minutes, a été diffusé dans son intégralité dans la dernière partie du film, comme si on y était. Ça donne envie de se replonger dans les années 80 et de pousser la chansonnette en jeans moulants et en baskets ! Malgré tout, le long-métrage manque d’un je-ne-sais-quoi qui lui permette de devenir un incontournable. Une fois le film visionné, on pourrait presque l’oublier. Pas de chance.