Critiques de films

Bienvenue à Marwen : Zemeckis, Carell, histoire vraie, et pourtant

Robert Zemeckis est un nom qui a fait rêver de nombreuses personnes avec Forrest Gump, Roger Rabbit mais surtout avec Retour Vers Le Futur. Depuis Flight, il est revenu à des films plus confidentiels… et le public n’accroche plus.

Alliés (un duo glamour, c’est tout), The Walk (gros flop), Flight (des nominations aux Oscars), trois films loin du standard qualitatif que Zemeckis avait produit 20 ans avant. Avec Marwen, on partait confiants. Histoire vraie, mélange de techniques, casting, tous les voyants étaient au vert.
Pourtant le film pêche par excès de quelque chose. On ne sait pas quoi. Le film est trop polissé pour être attachant.

Mark Hogancamp, victime d’une amnésie totale après avoir été sauvagement agressé, se lance, en guise de thérapie, dans la construction de la réplique d’un village belge durant la Seconde Guerre mondiale, mettant en scène les figurines des habitants en les identifiant à ses proches, ses agresseurs ou lui-même.

L’histoire est vraie. Zemeckis apporte simplement sa patte créative pour donner vie aux figurines dans des séquences très bien ficelées. Et c’est sûrement là que le bas blesse car on ne sait plus vraiment où est l’intrigue principal. Si les séquences « figurines » répondent au mal être de Mark, les scènes « réelles » ne racontent que peu de choses et n’illustrent que ce que les scènes animées ont démontrées. Mais comme le public s’attache davantage aux vrais acteurs qu’aux figurines, le degré de compréhension est mal mené. On navigue un peu à l’aveugle sachant quand même qu’il y a un lien et une résolution cachée dans ces fantaisies.

L’importance donnée aux séquences animées fait perdre au récit un peu d’intensité. malgré les efforts de Steve Carell, on sent qu’il n’est pas au point avec le personnage. On sent à la fois que le projet parait bancal dans ses intentions, dans son ton, quand son exécution est parfaite. La fameuse sorcière sonne faux et n’avait pas été vendu dans la bande-annonce. Elle sort un peu du film qui se voulait un peu plus terre à terre dans sa promotion.

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Techniquement, Zemeckis excelle encore une fois. On oublie quelques petites incohérences dans les règles qu’il établit lui -même (une figurine ne ferme pas ses yeux mais… sauf dans une scène, un décor est brûlé et le personnage raconte le pourquoi du comment et ça ne tient plus dans la chronologie). Il oublie même, puisqu’il co-écrit le scénario, de donner de l’épaisseur au personnage de Nicol, jouée par la toujours parfaite Leslie Mann. Elle parait fade, alourdie par un ex-amant terriblement accessoire. Dommage quand on sait que Mark recrée son entourage avec ses figurines puisqu’on ne peut pas comparer sa vision de la réalité.

C’est justement le regard de Mark qui donne à réfléchir. Cet homme, fétichiste de chaussures et de femmes, renvoie une image un peu creepy. Pire encore quand on essaye de savoir la part de Zemeckis dans cet homme. Il fait jouer sa femme en actrice porno, mise sur une représentation des femmes purement esthétique et ne donne aucun vrai côté positif au héros. Oui, il est traumatisé mais la moitié des scènes frôle le ridicule, la fainéantise ou le hors-sujet.

Alors on peut paraître injuste envers ce film. Reste que Marwen est un film somme pour Zemeckis. On y retrouve toujours la vie extraordinaire d’homme ordinaire, on y retrouve du Forrest Gump, du Retour Vers le Futur, on y retrouve les thèmes riches et chéris par Zemeckis comme la force de l’image, des souvenirs et l’environnement humain. C’est une histoire finalement peu profonde dans son exécution malgré une idée de départ (et une histoire de base déjà originale) qui attire l’oeil. C’est un projet casse-gueule. Zemeckis s’y est un peu cassé les doigts en essayant d’être sur une corde dramatique un peu trop tendue. C’est loin d’être aussi académique que Flight ou Alliés et il y a cette volonté, ce souffle épique d’offrir du spectaculaire dans la banalité folle de certains héros comme dans The Walk.

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Marwen reste un film étrange et fascinant avec ses défauts mais de grandes qualités. Il est très difficile de juger ce film objectivement. Les critiques US détestent, la France essaye de le défendre. Si Marwen floppe, Zemeckis aura aligné 4 échecs consécutifs. Il y a pourtant beaucoup de messages adressés à l’enfant qui someille en nous. Avec ceux qui photographient des jouets, ceux qui s’échappent dans des mondes virtuels ou inventés, Zemeckis s’adresse finalement à tous les rêveurs. Pourquoi lui reprocher ça?

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Tom Witwicky
Créateur de SmallThings, 1er Geek Picard de la planète Exilé dans le 92

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