Critiques de films

Avec Ma Vie avec John F. Donovan, Dolan signe ici une oeuvre malheureusement dispensable

Ma vie avec John F. Donovan est le dernier film du jeune réalisateur canadien Xavier Dolan et raconte l’histoire d’une correspondance épistolaire entre un acteur célèbre (joué par Kit Harington) et un enfant de 11 ans (Jacob Tremblay). L’histoire se déroule en 2017, alors que le jeune garçon a grandi et est devenu acteur. Tout le récit provient d’une interview qu’il donne à propos de son livre, traitant de ladite correspondance.

Dolan livre ici un récit intéressant et prenant plusieurs directions : avant tout, il est le récit de deux personnes terriblement seules et cherchant désespérément leur place, mais il est aussi une oeuvre réfléchissant sur la notion d’idole et sur le fonctionnement du milieu cinématographique. Tout au long du film, Dolan tente de faire peser l’isolement de ses personnages centraux, tout en instaurant une similitude entre deux individus aux antipodes l’un de l’autre. Cette tentative, il la met en place à l’aide d’un effet simple : des plans rapprochés avec une profondeur de champ très faible, constituant une majorité des images du film. S’il semble clair que Dolan souhaitait mettre en valeur l’importance capitale de la personnalité de ses protagonistes, ainsi que leur enfermement dans leur cadre social, il s’avère qu’il ne pousse pas son intention jusqu’au bout. Assez décevant dans l’approche esthétique, Ma vie avec John F. Donovan se contente de reprendre les codes maintes fois vus dans un cinéma fade mais se voulant artistique. Impossible de réellement critiquer une photographie objectivement magnifique, mais manquant en réalité d’une profonde identité. Il semble difficile de pouvoir marquer les esprits avec un film aussi banal, se contentant de conforter le spectateur dans ce qu’il connait déjà. 

Ma vie avec John F. Donovan, The Life and death of John F. Donovan, Kit Harington, Jacob Tremblay, Xavier Dolan

Et pour cause, malgré une image critiquable mais de bonne facture, le reste du long-métrage continue sans cesse de fournir des poncifs audiovisuels, tant dans son écriture que dans sa réalisation, toutes deux assurées par Dolan en personne. Le principe d’une voix off comme un retour perpétuel à l’interview, le rapprochement étonnant de deux personnages opposés, les obstacles auxquels doivent faire face les protagonistes, la musique utilisée dans la bande-originale sont autant d’éléments qui font de Ma vie avec John F. Donovan un film similaire à des milliers d’autres, et dans lequel on sent très peu, et à grande peine, la force et l’individualité du réalisateur canadien. Dolan semble avoir oublié que le cinéma, qui plus est le cinéma d’auteur auquel il appartient, est avant tout un art visant à créer une oeuvre originale et émouvante, et qui ne doit pas se contenter de facilités d’écriture dans le but de faire monter les larmes de ses spectateurs. Xavier Dolan donne ici l’impression de débuter dans le cinéma, tant il rate à de nombreuses reprises d’excellentes occasions d’insuffler de la puissance à son film, notamment par une mauvaise utilisation du son et un montage parfois chaotique. 

Ma vie avec John F. Donovan, The Life and death of John F. Donovan, Kit Harington, Jacob Tremblay, Xavier Dolan

Ma vie avec John F. Donovan plaira incontestablement à de nombreux spectateurs, mais reste cependant une oeuvre oubliable, notamment à cause d’un cruel manque d’originalité. Le visionnage du film s’apparente finalement à celui d’un téléfilm sympathique, ou bien d’un long-métrage hollywoodien moyen du début des années 2000, dont le côté désuet fait sourire mais n’émerveille pas. 

Terence
Terence
Rédacteur depuis janvier 2019. Actuellement en Licence Arts du Spectacle.

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