liz et l'oiseau bleu
Critique d'adaptation

Liz et l’Oiseau bleu : le bleu est une couleur chaude

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Subtilité, beauté, sérénité.

Liz et l’Oiseau bleu (リズと青い鳥Rizu to aoi tori?) est un film d’animation japonais produit par Kyoto Animation, réalisé par Naoko Yamada et adapté de la série de light novel Sound! Euphonium écrite par Ayano Takeda. Ce dessin animé est même adapté d’un téléfilm, « Sound !Euphonium » qui se situe dans le même univers. Naoko Yamada n’est plus à présenter : c’est elle à qui on doit la magnifique adaptation du manga Silent Voice, qui nous avait touchés pour sa description très juste du harcèlement scolaire.

Âgée de 34 ans, elle revient nous présenter un long-métrage animé plus discret, mais tout aussi beau : « Liz et l’Oiseau bleu », nominé au Festival de l’Animation d’Annecy, en 2018. Dans nos salles françaises depuis le 17 avril 2019, ce petit bijou de discrétion est à ne rater sous aucun prétexte. Il démontre une fois de plus que Naoko Yamada, malgré son jeune âge, possède un talent fou pour décrire la fragilité des sentiments.

liz et l'oiseau bleu

Mizore et Nozomi sont deux amies de lycée. Mizore, silencieuse et repliée sur son imaginaire, est tout l’inverse de Nozomi. Cette dernière est bien plus extravertie qu’elle en plus d’être la plus populaire de l’école. Mais dès le début, on apprend le secret de Mizore, qui ressent des sentiments pour Nozomi… Toutes ses pensées sont tournées vers elle et l’animé distille très bien ces petits riens de la vie quotidienne, comme autant d’indices sur l’amour profond qu’éprouve Mizore. On ressent son attente, le vide quand sa meilleure amie n’est pas là (voire un total manque d’existence), ainsi qu’une sourde angoisse qui grandit tout au long du film : est-ce qu’un jour Mizore pourra se déclarer, et surtout comment Nozomi va-t-elle réagir ? D’autant plus que ces jours d’insouciance et de rêveries toucheront à leur fin : bientôt, ce sera la fin du lycée pour les deux élèves, qui devront entrer à l’université ou tenter des concours. C’est dans ce contexte qu’un morceau musical est choisi par l’orchestre de l’école, « Liz et l’Oiseau bleu », basé sur un conte que Mizore découvre au fur et à mesure… Et auquel elle s’identifie. Dans ce « conte dans un conte », ou mise en abyme, on découvre un autre récit tout en aquarelle et en crayonné, où une jeune villageoise, Liz, recueille un petit oiseau bleu le lendemain d’un orage. Elle s’aperçoit bien vite que le petit volatile s’est transformé en une jeune fille qui passe du temps auprès d’elle… Mais pour combien de temps ?

Très vite, Mizore se reconnaît en Liz, et réalise que Nozomi, c’est l’oiseau. Les parallèles sont saisissants quand on s’aperçoit que Mizore donne régulièrement à manger aux fugus de son école, tout comme Liz qui nourrit toutes sortes d’animaux dans la forêt. Nozomi c’est l’oiseau, avec sa frange qui ressemble à un plumage, ses rires dans la classe qui évoquent une joyeuse voilière, ou même quand une autre amie lui remet comme goûter… un œuf dur, comme pour élargir davantage la métaphore de l’oiseau. Mizore se tait, et assiste, impuissante, à la fin de l’année qui approche… Aura-t-elle le courage de laisser son bel oiseau bleu s’envoler, et de prendre le risque qu’il ne revienne plus ?

liz et l'oiseau bleu

Un thème très important, voire central, constitue l’œuvre tout entière : la musique. Dans l’orchestre, Nozomi joue de la flûte traversière (encore un lien avec les oiseaux !) et Mizore, du hautbois. Les deux instruments jouent normalement en duo dans un opus, ce qui souligne les adieux de Liz et de l’oiseau bleu. Mais Mizore ne joue pas assez bien pour que l’école remporte le concours de musique. Elle est dans la retenue, incapable de sauter le pas… C’est avec l’aide d’une enseignante très à l’écoute que Mizore parviendra à s’accepter et à s’ouvrir un peu plus sur ses sentiments. Pendant ce temps, les amies des deux jeunes filles veillent au grain et prennent Nozomi à l’écart pour qu’elle arrête de délaisser Mizore, et qu’elle rouvre la discussion avec elle. En effet, on pourrait croire que c’est Mizore qui a le plus de mal à s’exprimer. Mais on s’aperçoit bien vite que Nozomi, derrière ses apparences de fille extravertie, ne communique plus depuis longtemps… C’est d’autant plus intéressant que dans la culture japonaise, on ne peut jamais réellement s’exprimer directement. Tout est fait en subtilité, par des détours, et la musique sera le seul salut de Mizore afin de réellement transmettre ses sentiments. Rien n’est jamais montré de manière trop évidente ou trop mystérieuse dans l’animé : tout se comprend et rien ne se perd. Le désir des deux jeunes filles se devine aisément quand Mizore fixe du regard les jambes de sa meilleure amie, ou qu’elle tente maladroitement une étreinte. Même un détail amusant : les chaussettes d’écolières, qui sont blanches pour Mizore, noires pour Nozomi : est-ce un clin d’œil au Yin et au Yang ?

liz et l'oiseau bleu

(Liz et l’Oiseau Bleu telles qu’elles sont décrites dans le conte)

Cette complémentarité se devine un peu plus à la dernière partie de l’animé, où c’est Mizore qui se met à la place de l’oiseau bleu, et Nozomi, à la place de Liz… Le fait d’inter-changer les rôles les révèle à elles-mêmes et les invite davantage à se questionner sur cette complémentarité… Mizore est une jeune fille tournée vers le monde aquatique, cela se ressent quand elle nourrit des fugus dans l’aquarium de l’école, qu’elle est montrée isolée des autres, plongée dans son monde intérieur…comme si elle évoluait sous l’eau. Nozomi est dans un monde à part, haut dans le ciel à virevolter avec les autres oiseaux. Seule la musique permettra de briser beaucoup de malentendus entre elles et de relier ces deux mondes à priori totalement clivés.

Vous l’aurez remarqué, cet animé est à voir pour son sujet peu développé : un amour entre deux personnes de même sexe, mais sans toutes les sirènes et les slogans LGBT un peu trop criants, qui risquent d’éloigner beaucoup de spectateurs. Non, c’est juste la description d’un bel amour tout ce qu’il y a de plus simple, et cette subtilité dans la manière de le montrer est bien plus parlante à mes yeux. Le style de dessin est reconnaissable pour bien des otakus : c’est le même coup de crayon que pour la série animée « K-On ! » qui est très reconnaissable dans le long-métrage : il faut dire que c’est le même studio qui anime les personnages, « Kyoto Animation », qui a déjà produit des pépites comme « Clannad » ou « La Mélancolie d’Haruhi Suzumiya ».

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(Les personnages de la série K-On !)

Quant aux passages qui relatent le conte de Liz en lui-même, il est tout aussi magnifiquement dessiné, et certains moments m’ont fortement fait pensé aux studios Ghibli pour leur côté poétique et la robe de l’Oiseau bleu qui vole au vent… En un mot comme en cent, foncez vite voir ce beau bijou de l’animation, il vaut le détour !

Le film est encore dans quelques salles en France !

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