Astérix et le secret de la potion magique
Critique d'adaptation

Astérix et le secret de la potion magique : Une histoire de transmission (spoiler)

Album après album, film après film, dessin animé après dessin animé, le village des irréductibles gaulois semble figé dans le temps et c’est ce qui nous rassure. Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ, nous serons toujours en 50 avant Jésus-Christ. Pourtant il y a toujours eu quelque chose de profondément lié à la transmission dans Astérix.

Le but des affreux gaulois réfractaires à l’autorité de César n’a jamais été de libérer la Gaule mais de conserver la culture gauloise. Cette entreprise n’était pourtant pas à voir comme un repli identitaire conservant maladivement ses traditions mais comme un grand partage généreux et une ouverture à l’autre qui ne mettent pas en péril l’identité profonde du village. En témoigne en contrepoint, la figure d’Aplusbégalix. De retour dans ce nouvel opus, l’opposant du Combat des chefs, grand archétype du collaborateur, est devenu tout ce qu’il y a de plus romain et joue au gaulois devant les membres du village.

La transmission et la tradition sont les deux points essentiels de cette nouvelle aventure d’Astérix qui, une fois n’est pas coutume, n’est pas axé sur le célèbre guerrier gaulois mais sur Panoramix, le druide du village. Si durant les deux dernières décennies, on en a plus appris sur nos ancêtres celtes, l’image qui nous est parvenu qu’à travers les prismes déformants des romains, des délires cinématographiques des scénaristes américains et des objectifs politiques de la Troisième République, avide de trouver à lé nation française une autre origine que Clovis. « Nos ancêtres les Gaulois » plutôt que « Nos ancêtres les rois Francs ». Dans ce contexte, la figure du druide a pris tantôt la face du mystique, pratiquant une religion ésotérique à base de sacrifice humain et de trip écolo de celui qui ne fait qu’un avec la nature (merci Hollywood) tantôt celle de l’enseignant, du sage qui possède les clés du savoir et de l’émancipation (merci la Troisième République).

Astérix et le secret de la potion magique

Alexandre Astier et Louis Clichy jouent, pour ce nouveau film d’animation, sur les deux tableaux. Panoramix sort ici de son rôle de fournisseur de potion, de Getafix comme l’appellent les Britanniques, pour prendre une réelle épaisseur. Il est plus que jamais le gardien de la mémoire et de la tradition. Sulfurix est également un antagoniste jouissant d’une véritable profondeur. Là où Panoramix incarne l’archétype de l’enseignant, Sulfurix est celui du mystique. Sa tenue, semblable à celle du devin Prolix (Le devin, Astérix et le coup du menhir), rappelle le dieu Pan. Un parallèle plus évidente dans la dernière partie du film, lorsque Sulfurix boit sa propre version de la potion magique et se transforme en une sorte de démon surpuissant et incandescent poussant Gaulois et Romains à s’allier contre ce nouvel ennemi commun.

Panoramix et Sulfurix sont tous les deux à leur manière des iconoclastes. Mais là où Panoramix cherche à sublimer l’essence du druidisme tout en conservant un certain respect de la tradition, Sulfurix ne pense qu’au but à atteindre sans soucier des conséquences. Il boira sa version bis de la potion magique sans la moindre hésitation alors qu’il n’a absolument aucune idée de ses effets. En fait, Astérix, Obélix, le village, les romains, César,… Tout ceci n’est qu’un élément de décor. Seul compte la confrontation entre ces deux hommes si semblables qui ont choisi des voies si différentes et leur conception de l’héritage qu’ils laisseront au soir de leur vie.

Finalement, comme souvent, le voyage ne servira qu’à découvrir qu’on avait déjà ce qu’on était parti chercher et c’est Pectine, la petite fille férue d’ingénierie qui aura les honneurs de la formule de la potion magique. Panoramix aura fait un passage de témoin symbolique entre l’ésotérisme et la science. Fidèle à son personnage, Sulfurix ne laissera derrière lui que de la terre brulée, même son apprenti lui aura tourné le dos.

 

Félicie.

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