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Critique d'adaptation

Aquaman : classique familial

Voilà enfin un nouveau film DC avec Aquaman en solo porté par Jason Momoa.

L’année 2018 restera longtemps auréolée du succès écrasant d’Avengers 3 : Infinity War, instaurant durablement la supériorité de Marvel dans le cinéma de super-héros. L’arrivée terrifiante de Thanos dans le Marvel Universe a définitivement relégué DC dans l’ombre, comme étant incapable de rivaliser de qualité. Mais DC n’a pas encore abattu toutes ses cartes, comme en témoigne leur petit dernier, Aquaman, qui semble amorcer un début de renaissance frémissante mais bien solide.

La critique qui va suivre comporte quelques spoilers, alors ne lisez pas la suite si vous ne voulez pas être au courant de certaines scènes-clé du film !

La reine de l’Atlantide, incarnée par la toujours sublime Nicole Kidman, fuit un mariage arrangé pour finir dans les bras d’un humble gardien de phare. Quelques temps plus tard, Arthur naît, fruit de leurs amours. Avec une mère Atlante qui a hérité de nombreux pouvoirs et d’un père humain, Arthur Curry est considéré comme un « sang-mêlé » par les Atlantes, ce qui fait qu’il est exclu par la lignée royale légitime. Mais Arthur, tout comme son homologue chevaleresque dont il est ouvertement fait référence dans le film, devra prouver sa force et retrouver sa place au fond de l’océan ( tout en sauvant les humains, soi-dit-en-passant…). L’histoire se veut très classique, mais elle fonctionne. Comme si DC tentait d’exorciser ses errances et de retourner aux sources (même si ces sources sont grosses comme un océan) afin de redonner ses lettres de noblesse à sa franchise. Justice League étant vraiment bancal, Marvel de plus en plus puissant, cet Aquaman apporte un vent de fraîcheur marine très agréable, pour ne pas dire, salutaire.

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Il faut dire qu’Aquaman revient de loin. Ce super-héros a longtemps été moqué pour ne parler qu’aux poissons, bien loin de la stature impressionnante d’un Batman, et encore plus d’un Superman. Pourtant le film parvient à nous mettre en scène un Aquaman très convaincant. Arthur, enfant, parle effectivement aux poissons et on se moque de lui. Mais il fait taire tout le monde en matant un requin un peu trop incontrôlable. Le nouvel Aquaman est né. L’acteur Jason Momoa est un monolithe tout en muscle et en drôlerie, bien plus sympathique que le super-héros d’origine, qui pouvait paraître trop frêle. Avec la belle Mera, dont la chevelure rouge rappelle Ariel la Petite Sirène, il va devoir parcourir le monde entier à la recherche de l’illustre Trident d’Atlan afin de prouver sa valeur. Exactement comme Arthur, lui aussi bâtard né d’une reine, qui impose sa légitimité par le biais d’Excalibur. Car Arthur (le super-héros, par le roi des Chevaliers de la Table Ronde) doit également affronter son demi-frère, Orm, fils légitime de la reine et du roi des Atlantes. Orm est joué par Patrick Wilson, efficace de froideur et de soif de pouvoir. C’est lui le vrai méchant du film, et pas Manta, que l’on voit au final très peu. Gros spoiler, Manta deviendra un méchant bien plus présent dans la suite d’Aquaman, comme en témoigne la scène post-générique. Nous avons malgré tout droit à des scènes de combat vraiment impressionnantes avec Manta et les sbires d’Orm, qui poursuivent Mera dans un village sicilien. Le tout fait penser à Indiana Jones quand Mera et Arthur partent dans le désert à la recherche de reliques archéologiques, et à Prince of Persia pour les scènes d’action en Sicile. Le tout est savoureux, aventureux, et on en redemande. C’est classique, mais ça marche.

Ce qui est également un tour de force, dans ce film, c’est « comment planter le décor » sans être ennuyeux et se perdre dans les détails. Car les détails, il y en a. James Wan, réalisateur d’Aquaman, a quand même réussi à parler en 2h20 des origines de l’Atlantide, de son histoire et comment elle a été engloutie, d’une source d’énergie inépuisable qui donne aux Atlantes leurs pouvoirs de respirer sous l’eau, de leur technologie avancée, sans compter la description des Sept Royaumes des Mers et leurs autochtones très différents les uns des autres… Mera, par exemple, est issue des « Fishermen » qui sont tous roux, mais il y a d’autres créatures marines encore, bien plus proches des poissons, et d’autres très sauvages et remplies de dents acérés comme les créatures de la Fosse… Le spectateur n’est pas perdu en chemin malgré cette avalanche d’informations, et tout se tient et tout devient logique même à la fin, avec « la troisième guerre mondiale sous-marine » où tout le monde, dauphins, orques, requins, baleines, crabes et monstres sous-marins se castagnent sévère dans une avalanche d’effets spéciaux. La dernière partie du film est vraiment jouissive quand Arthur tente de s’emparer du trident légendaire, ou quand on remarque quelques indices évidents sur sa propre mère, qui n’est finalement pas totalement disparue… Une très grande partie des événements et actions ont lieu sous l’eau, et j’ai également eu peur que cela nuise au film, ou pire, que cela fasse ridicule. Et bien pas du tout. Les personnages flottent dans l’eau tout en parlant et cela en devient naturel, presque gracieux. Tellement naturel que les actions à la surface ne nous atteignent même plus. Les combats sont rondement menés presque sans faux plis, il n’y a pas de longueur, on ne s’ennuie jamais. On se demande même comment un univers imaginaire aussi foisonnant n’a pas été mieux exploité auparavant. Aquaman a réussi sa renaissance et garde une place bien méritée dans le panthéon des super-héros comics. En espérant que DC Comics reste sur cette lignée et nous propose des films tout aussi prometteurs.

Pour la remarque finale, James Wan a dit, dans une interview à Allociné, qu’il aimait beaucoup les détails. Ça se voit, et il réussit à nous les faire apprécier, comme dans une vaste peinture à la gloire de Poséidon. En tout cas, c’était chouette. Vous reprendriez bien un plateau de fruits de mer pour les fêtes ?

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