Oscars 2019, Roma, Green Book, La Favorite, Vice
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Roma, Green Book, La Favorite, Vice : retour sur les nommés aux Oscars du meilleur film #2

Il y a quelques jours était sorti la première partie de ce récapitulatif, que vous pouvez trouver ici. Après Black Panther, Bohemian Rhapsody, A Star is born et BlacKkKlansman, finissons ce récapitulatif avec Roma, Green Book, La Favorite et Vice.

 

ROMA

Au centre de nombreuses polémiques dues à sa sortie sur Netflix, Roma a peut-être été l’une des surprises cinématographiques de cette année grâce à un sujet et une forme rares ces dernières années. En racontant une tranche de vie de Cleo, femme de chambre mexicaine au service d’une famille blanche au cours des années 1970, Roma se démarque par un fond peu attrayant et posant les bases du film le plus à part parmi les nommés.  

Le réalisateur Alfonso Cuarón démontre une nouvelle fois son talent et sa diversité, après être passé par Gravity, Les Fils de l’Homme ou encore Harry Potter. Roma est une vraie réussite, tant il  est honnête et beau, tant il s’éloigne et surpasse son simple medium. Cuarón livre ici un magnifique noir et blanc transcrivant parfaitement la mélancolie ambiante, la tristesse simple de personnages impuissants et particulièrement humains. Tout, de l’image au jeu d’acteurs en passant par le montage, transpire la qualité et l’amour pour le cinéma, la pureté et l’honnêteté.  

Roma est certainement le film le plus personnel de la sélection. Il prend appui sur le passé du réalisateur qui tente de raconter sa vie d’avant et un instant de la vie d’un pays par les yeux d’une femme, ce qui ajoute en plus au film une dimension critique sur la situation des racisés et des femmes, sans pour autant en faire un élément moralisateur, simplement un état de fait puissant et d’autant plus perturbant qu’il est amené naturellement. 

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GREEN BOOK

Peter Farrelly, surtout connu pour des films comme Dumb and Dumber ou encore Mary à tous prix, revient avec Green Book, un biopic sur le périple dans le sud des États-Unis du pianiste noir Don Shirley, accompagné par un garde du corps blanc, Tony Vallelonga. 

Le film revêt ainsi toute une dimension politique sur la rencontre de deux personnages aux antipodes l’un de l’autre mais qui, sans surprise pour le spectateur, se lient d’amitié et donnent naissance à des réflexions sur les conditions de vie inégales. Avec un thème assez habituel ces dernières années, Green Book innove en proposant une forte dimension comique, somme toute réussie, bien que le sujet s’y prête peu. Malheureusement, ce comique est à double tranchant puisqu’il empêche le film d’atteindre une réelle profondeur et une vraie beauté, qualités qu’il possède sans aucun doute puisque quelques scènes sortent du lot grâce à un sérieux plus affiché. Le comique va même jusqu’à laisser passer des remarques racistes sans les contredire, grosse maladresse pour un film traitant d’un sujet comme celui-ci. 

Malgré tout, le duo Mahershala Ali (Moonlight, True Detective) et Viggo Mortensen (Le Seigneur des Anneaux, Captain Fantastic) fonctionne magnifiquement bien et met le spectateur en face de vrais talents. On regrettera cependant que la musique de Don Shirley ne soit pas assez mise en valeur, ce qui est dommage tant le film met en avant l’idée d’un rapprochement des deux protagonistes par cette dernière. 

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LA FAVORITE

Après La mise à mort du cerf sacré sorti en 2017, Lánthimos revient avec une oeuvre totalement différente, La Favorite, un film aux allures baroques et totalement décalé. Pour ce film aussi audacieux que les précédents, le réalisateur grec se munit d’un casting majoritairement féminin et véritablement talentueux, les trois personnages principaux étant joués par Emma Stone, Rachel Weisz et Olivia Colman. 

La Favorite possède une ambiance fortement similaire aux Liaisons Dangereuses, à ceci près qu’il y a ici un humour bien présent et très second degré, qui donne au film un ton plus moderne et critique. Cependant, La Favorite n’est pas un film à but comique mais, bien au contraire, une joute acharnée et stratégique de deux femmes, cherchant chacune à devenir la favorite de la reine. Malheureusement, cette guerre s’essouffle au fur et à mesure que l’histoire avance, adoptant une structure trop prévisible qui ne garde plus l’intérêt du spectateur aussi vif qu’au début. 

Le spectateur se trouve donc face à une oeuvre très intéressante, un film féministe et comique travaillé. Lánthimos continue son parcours à travers une filmographie totalement hétérogène mais nous propose ici un film plus abordable, perdant au passage en originalité. Malgré de nombreuses qualités, La Favorite ne parvient donc pas à réellement s’imposer comme une oeuvre à la hauteur de ses ambitions, tout en restant d’excellente facture 

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VICE

Le réalisateur Adam McKay revient trois après The Big Short avec Vice, un film choc sur l’ancien vice-président américain Dick Cheney. Vice est donc un biopic mais arrive merveilleusement bien à tenir en haleine le spectateur, à l’inverse des films du même genre, notamment car il s’attarde sur des événements récents et qu’il prend position, au lieu de chercher à représenter une réalité purement factuelle. 

Là est le plus gros point fort du film : il ne se contente pas de montrer des faits mais les met en scène, notamment de manière humoristique et énergique, particulièrement avec un montage rapide qui enchaîne superbement les époques de la vie de l’homme politique. De cette façon, Vice donne un souffle de fraîcheur au genre et arrive à surprendre le spectateur avec une narration décalée et inclut même des éléments fictifs, servant à appuyer la visée politique du réalisateur. 

Vice est cependant divisé nettement en deux parties et ces dernières prennent un ton totalement différent : la première est légère et comique, tandis que la deuxième s’attarde beaucoup plus sur la politique, et qui est donc bien plus complexe. Le spectateur peut donc se retrouver déboussolé sur une partie qui ne lui conviendrait pas. Vice est donc un excellent film mais reste parfois complexe pour le spectateur souvent relativement peu informé sur le système politique américain. McKay se donne toutefois beaucoup de mal pour simplifier l’information au maximum et donner au film une dimension artistique et personnelle qui permet à Vice de surpasser la grande majorité des biopics habituels. 

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C’est donc la fin du récapitulatif des films nommés pour l’Oscar du meilleur film. Une grande question persiste cependant : Qui va gagner le prix cette année ? Notre réponse sera bientôt disponible.

Terence
Terence
Rédacteur depuis janvier 2019. Actuellement en Licence Arts du Spectacle.

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