Focus sur la première partie du festival SeriesMania, proposée à Lille pour la deuxième année consécutive, du 22 au 30 mars. Un aperçu des quelques noms à retenir, ou pas.

 

Le 1er coup de coeur : MYTHO (France)

On ne pensait pas attendre 4 jours de festival pour enfin tomber sur la première grosse pépite venant de la compétition officielle. Et française qui plus est. Mytho nous partage le quotidien de Elvira (Marina Hands), mère de famille débordée aussi bien par sa vie professionnelle que sa vie familiale. La tentation de mythonner sur un événement grave pousse Elvira dans le mensonge et créé une compassion fortuite et inespérée de ses proches. L’équilibre comédie/drame est parfaite, la justesse des acteurs et les sujets abordés sont plus qu’appréciables. Arte continue de proposer des séries françaises qui méritent beaucoup plus de louanges et de reconnaissance.

Info diffusion : Très prochainement sur Arte, et arrivera plus tard sur Netflix.

 

L’autre coup de coeur : FLACK (UK)

Parmi les célébrités étrangères venues à Lille cette année, Anna Paquin fait son grand retour à la télévision après True Blood, dans Flack, dramédie anglaise sur les rouages d’une agence de relations publiques. Elle y joue Robyn, l’une des expertes en communication de crise, exposant une palette très borderline de sa personnalité : accro aux drogues, crises de panique, auto-destructrice dans sa vie personnelle. On se prend très vite d’empathie avec elle, malgré les décisions douteuses qu’elle prend dans sa vie. Quelques punchlines bien envoyées et une réalisation très moderne. A noter la présence dans le casting de Sophie Okonedo, qui continue d’enchaîner les productions anglaises de qualité.

Info diffusion : Vient de se terminer en Angleterre sur Pop, pas de diffuseur français.

 

La série qui a surpris tout le monde : ARDE MADRID (Espagne)

On ne pensait pas commencer la grande nuit des comédies par une claque. Et quelle claque surprise ! On y suit Ana Mari (Inma Cuesta), une gouvernante handicapée et Manolo (Paco León), petit voyou véreux, qui doivent -à la demande des services secrets espagnols- prétendre être en couple et infiltrer le domicile de la grande star hollywoodienne Ava Gardner (Debi Mazar), soupçonnée d’être contre le régime de Franco. Le casting est de très grande qualité, la série a cartonné en Espagne. C’est espagnol, c’est frais, c’est osé, c’est hilarant, c’est du noir et blanc. Et la cerise sur le gâteau, le générique est absolument exceptionnel. Que demander de mieux.

Info diffusion : déjà diffusée en Espagne sur la plateforme Moviestar+, pas de diffuseur français.

 

Les séries qui méritent toute notre attention :

PROS AND CONS (Danemark)

Nina (Lene Maria Christensen) et Erik (Lars Ranthe) mènent une vie paisible avec leur enfant à Copenhague, jusqu’au jour où Jacqueline (Lotte Andersen) réapparaît dans leur vie. Ils formaient il y a 20 ans un trio d’arnaqueurs aux méthodes honteuses mais prolifiques. Ce retour de Jacqueline sème le trouble dans le couple, en leur remémorant leurs grandes heures de gloire. Ayant quelques problèmes d’argent et de monotonie dans leurs vies, ils réfléchissent à repartir pour un tour. A mi chemin entre The Americans et The Imposters, malgré quelques longueurs certes, l’humour danois est impeccable et laisse place à des scènes hilarantes qui font le boulot. Conquis.

Info diffusion : Acquis par le groupe Canal (on mise sur une disponibilité sur le nouveau service Canal+Séries), après avoir été diffusée en Norvège fin 2018.

THE VIRTUES (UK)

A la vue du premier épisode, on se demande sincèrement ce qu’on fout là. Suivre le parcours de Joseph (Stephen Graham), père qui apprend que son fils part à l’étranger avec son ex-femme, enchaînant les boires et déboires sur 24 heures, et multipliant les plans pas très généreux sur ses exploits, n’est pas la meilleure de façon de commencer une série. C’est au deuxième épisode que tout prend sens, où Joseph renoue avec une vieille connaissance, que tout le charme de ce sentiment appelé émotion prend le pas sur la malaise du premier épisode. Cette sensibilité perce l’écran, prend son temps, bouleverse même. Certains trouveront cette série lente, trop lente peut être ; d’autres parleront d’intensité dramatique. Ce qui est sûr, c’est qu’on ressentira forcément quelque chose de fort devant cette mini-série de Shane Meadows.

Info diffusion : prochainement diffusée sur Channel 4, pas de diffuseur française annoncé.

 

FOURCHETTE (Québec)

Les séries québécoises ont toujours eu une place particulière dans le festival, et dans notre coeur. Malheureusement cette année, seules 2 séries ont été sélectionnées, dans la compétition formats courts. Fourchette raconte la vie perdue de Sara (Sarah-Maude Beauchesne), auteure de romans, récemment séparée de son compagnon Samuel (Guillaume Laurin), tentant de se reconstruire malgré l’amour qu’elle porte encore à son ex. Pour se faire, elle tente d’écrire un roman sur leur histoire commune, mais les souvenirs -positifs comme négatifs- bouleversent Sara. Une série courte qui a des airs de Fleabag dans sa narration ne pouvait que fonctionner sur un public déjà conquis après deux épisodes projetés.

Info diffusion : toute la saison est disponible sur la plateforme Tou.tv depuis mi-mars, pas de diffuseur français annoncé.

 

OSMOSIS (France)

Après les 1ères créations originales très variables Marseille et Plan Coeur, Netflix lance son nouveau projet très attendu Osmosis, tiré d’une websérie éponyme de 2015 diffusée sur la plateforme de créations Arte Creative. Osmosis, c’est le nom de l’application permettant de trouver son ame-soeur, basé sur de multiples facteurs scientifiques tirés de micro-robots implantés dans le cerveau de bêta testeurs. Cette application est créé par Esther (Agathe Bonitzer) et Paul (Hugo Becker), frère et soeur au passé mystérieux. On est sur de la SF pure, série d’anticipation, déjà tenté par Ad Vitam il y a quelques mois, ou encore par celle qu’on ne présente plus, Black Mirror. La série joue beaucoup sur l’esthétique (pendant les phases de connexion entre les âmes soeurs) et sur le côté technologique de l’application, même s’ils tombent dans les travers clichés de l’informatique (des explications pointues sans utilité ou encore des experts pas si experts). Néanmoins, la qualité est au rendez-vous pour la 3ème création originale française de Netflix, et les habitués du bingewatching Netflix en auront pour leur temps. En tout cas, la communication autour de la série est excessivement présente (affichage, presse, spots TV) , peut être pour mieux faire passer la pilule.

Info diffusion : disponible sur Netflix le 29 mars.

 

Les grosses déceptions

CHIMERICA (UK)

Sur le papier, Chimerica partait sur une bonne lancée. Parler de relations politiques Ouest / Est, traiter de sujets récents avec la campagne présidentielle américaine en 2016, mais surtout relater les faits de l’une des photos les plus célèbres de tous les temps : l’homme de Tian’anmen. Dans cette série, on suit donc Lee Berger (Alessandro Nivola) photojournaliste qui se fait rattraper par son passé avec une photo de guerre possiblement fausse, tente de retrouver de la crédibilité et se met dans la tête de façon obsessionnelle de retrouver ce fameux homme en face du char. Si cette intrigue est la plus prenante, la série enchaîne les intrigues et personnages secondaires, si bien qu’on y arrive plus à en voir le bout au bout du deuxième épisode (4 épisodes pour cette minisérie). On en sort un peu déboussolé et confus.

Info diffusion : prochainement diffusée sur Channel 4, Canal+ l’a acheté.

THE RED LINE (US)

A la suite de la cérémonie d’ouverture, la projection en première mondiale de The Red Line a été présenté

Les ingrédients sont là pour en faire la série à ne pas manquer dans les semaines qui arrivent aux US. Le contenu est on ne peut plus d’actualité (ségrégation raciale, bavure policière, homoparentalité). Mais, et il y en a plusieurs, on assiste à un premier épisode charcuté, mal monté, avec une omniprésence de musiques qui n’ont rien à voir avec les images. L’accroche aux personnages est compliqué, poussif, les ficelles sont beaucoup trop grosses. Le 2ème épisode permet de mieux entrer dans la psychologie des protagonistes, mais le mal est fait dû à la lenteur du 1er.

Info diffusion : sur CBS en avril, pas de diffuseur français encore annoncé.

 

CHAMBERS (US)

La hype était grande sur ce titre depuis le début du festival avec la présence dans le casting de Uma Thurman, conviée également à une lisse masterclass plus tôt dans la journée. Dans cette série signée Netflix, on suit Sasha Yazzie (Sivan Alyra Rose), une jeune femme ayant subi un arrêt cardiaque et se faisant greffer un nouveau coeur pour échapper à la mort. Elle essaye de comprendre ce qu’il s’est passé suite à la mort de sa donneuse d’organe, mais elle est en proies à des hallucinations plus que troublantes en lien avec la défunte. Ce petit côté horrifique permet de sursauter sur quelques scènes, permettant de se réveiller d’un ennui assez profond pendant 1h30. Aucune accroche se fait sur les personnages ni l’intrigue, c’est bien dommage. On y voit vraiment pas d’intérêt de la recommander, malgré toutes les ficelles lancées pour plaire au grand public.

Info diffusion : sur Netflix le 26 avril prochain.

 

Les bonus :

  • Freddie Highmore était en promotion tout la semaine entre Paris et Lille. Il a confié pendant sa masterclass (disponible en intégralité ici) vouloir jouer/réaliser dans une production française (série ou film), après sa participation dans Deux Frères de Jean-Jacques Annaud en 2004.
  • Les Grands sont toujours en forme, sont en train de finir le montage de l’ultime saison 3, non sans nostalgie. Cette dernière sera diffusée à la rentrée 2019 sur OCS.

 

Rendez-vous en fin de semaine pour la deuxième partie.