La série canadienne Travelers a déjà deux saisons de 12 épisodes à son actif et pourtant n’a pas trop fait de bruit.

Elle fait partie de ces petites séries qui vivent tranquillement dans leur coin avec une fanbase fidèle et qui pourrait finir sans vague. Pourtant, dans cet apparent oubli, la série de science-fiction réussit véritablement à se forger une identité et à proposer des personnages attachants avec un concept bien exploité.

Si les séries de voyage temporel commencent vraiment à fleurir à la télé, que ce soit avec la miraculée Timeless ou avec des adaptations comme 11.22.63, il y a encore de la place pour se démarquer. Les Canadiens laissent vraiment la chance au genre de la S-F avec Killjoys, Dark Matter (sauvez la série !) ou encore avec l’ancienne Continuum. Des programmes aux idées innovantes, agréables à regarder et très souvent avec des acteurs brillants. Et Travelers n’échappe pas à la règle.

Le concept de Travelers est très basique et très courant : dans le futur, l’avancée technologique permet d’envoyer des consciences dans le corps de personnes qui sont sur le point de mourrir. Quelques secondes avant l’instant fatidique, une nouvelle conscience va s’approprier le corps de la personne censée décéder. Tout ça est géré par un super Directeur dont le but est de réaliser le Grand Projet, alias sauver l’humanité de sa ruine. Donc chouette, visiblement leur système suit une sorte d’éthique morale à laquelle on peut croire et adhérer. Le Directeur omniscient peut envoyer des messages dans le passé pour les ordres de missions. Les groupes de voyageurs (car oui, il y en a plusieurs) ne comprennent pas forcément les buts de leurs actions sur le coup, mais participent à ce Grand Projet sur le long-terme.

Chaque groupe est composé d’un chef, un historien (qui a emmagasiné toutes les connaissances des fluctuations boursières mais aussi des futurs décès etc.), un médecin, un stratège formé comme soldat, et un ingénieur. Le spectateur va suivre l’agent Grant McLaren du FBI aka voyageur 3468 (Eric McCormack qui est bien loin de Will & Grace) et son équipe. Chacun des personnages possède des défauts, après tout, les agents du futur ne peuvent pas choisir leur hôte. Alors ils se retrouvent dans des corps de drogué, de sujet à des maladies mentales, etc. Le but est de se fondre parmi la masse, donc les agents doivent continuer à vivre la vie initiale comme si rien ne changeait. Ce n’est pas forcément évident pour des gens qui n’ont jamais connu d’attaches émotionnelles. Voilà, il fallait expliquer les prémices de la série avant de pouvoir en parler.

Plus qu’une simple série de science-fiction de par son concept, Travelers se rapproche du drame. Non, à part des nanites parfois on n’a pas de super technologie extraordinaire et des effets visuels bluffants. On reste à notre époque avec les tourments propres aux personnages. Qui dit voyage dans le temps, dit paradoxe temporel, problème de linéarité, et tout le tintouin. Et ça ne manque pas ici ! Bientôt des changements au passé vont créer des conséquences inattendues qui vont mettre des bâtons dans les roues du Grand Projet.

C’est le renommé Brad Wright, derrière la franchise Stargate qui est à l’origine de Travelers. Maître dans l’art de créer des personnages qui respectent leurs rôles, mais aussi dans leurs interactions, il a réussi à insuffler une âme à ces voyageurs numérotés. Y a une certaine vibe de série à l’ancienne, un peu kitsch, vu le format épisodique avec un fil rouge qui ne sert que de prétexte avant d’être véritablement résolu dans les derniers épisodes. Mais la saison 2 a vraiment embrassé le concept et s’est vraiment tourné vers le développement de ses persos. Oui, ils viennent du futur, de toute façon le futur a changé, et nous on est bloqués ici pour le restant de nos jours, alors autant commencer à vivre notre vie, non ? Les enjeux ne concernent plus que ces agents, ils concernent leur entourage également.

La série est légère, ne se veut pas transcendante et ne prétend pas être ce qu’elle n’est pas. Non, elle propose du divertissement de qualité soutenu par un cast très solide qui sait ce qu’il a à faire. Les épisodes s’enchaînent facilement, et on prend un plaisir non dissimulé à voir la suite. Les deux saisons sont disponibles sur Netflix et si vous êtes en manque de S-F ou plus généralement de voyages temporels, Travelers est la série à laquelle donner une chance !

(P.S. : les suggestions Netflix sont quand même bien pensées, diantre. J’espère qu’il y aura une saison 3 car la série a fini sur un cliffhanger de fou.)