Des années après le sinistre diptyque porté par Angelina Jolie, Tomb Raider est de retour dans une adaptation qui épouse la version 2010’s du mythe de Lara Croft. Retranscription trop fidèle pour certains, incompréhension de fond pour d’autres, bonne surprise pour beaucoup : fallait-il vraiment, en 2018, faire revenir Tomb Raider ?

Depuis le départ sans retour de son père, Lara brûle sa vie par les deux bouts. Mais un signe d’outre tombe la réveille, et sa recherche l’amène jusqu’à une île, mortelle et truffée de pièges …

La question de la pertinence se pose différemment en fonction de l’angle choisi. Faut-il un nouveau Tomb Raider en 2018 ? 2018 a-t-elle besoin de films d’aventures ? Doit-on encore tenter, en 2018, de faire des films adaptés de jeux-vidéo, alors qu’on sait que le cinéma a toujours eu beaucoup de mal à adapter ce média encore nouveau pour bien des créateurs ? Ici, on choisit le premier angle : pourquoi un nouveau Tomb Raider, en 2018 ? Parce que les temps ont changé, et qu’il était temps que le cinéma suive le média vidéoludique dans la transformation complète du personnage opérée par Square Enix depuis une paire d’années. La perception de Lara Croft comme un personnage fort, porteur de valeurs formidables d’abnégation et de courage, plutôt que réduite à sa plastique comme bien trop de (faux) fans l’ont fait, bien secondés par des producteurs peu précautionneux quand aux messages portés par leurs films.

Tomb Raider

Parfaite.

Parce qu’un blockbuster, comme tout film, est politique. Pas besoin de parler de politique pour l’être, pas besoin non plus d’en faire un argument de vente ni d’en faire un propos formalisé textuellement. Quand on raconte une histoire, l’angle d’approche va être politique. Ici, le parti pris de concevoir le personnage comme une aventurière pure et dure, sans lui coller dans les pattes une romance hétérosexuelle ni la filmer de bas en haut en s’arrêtant à la taille haute, va dans la lignée totale d’un Wonder Woman, où les personnages féminins sont autorisés à exister sans être rabaissés par un regard masculiniste et sexualisant. On revient de loin, pour ce qui devrait devenir, et même déjà être une norme : les femmes sont aussi des héroïnes, et l’action sert ici totalement le propos en évitant la plupart du temps des ralentis vulgaires ou un montage frénétique. Le film n’invente rien, mais ne gâche rien non plus.

On peut tout à fait poser une limite à l’originalité du film sur le sujet : son pas était largement pavé par le remake vidéoludique, on l’expliquait, sorti récemment. Deux réponses sont à donner à cette limite : d’abord, qu’elle n’a absolument aucune importance vue la porosité toute relative des deux médias. L’avancée sociale initiée par un média a peu de sens si les autres ne suivent pas, et le choix de le faire était fondamental. La seconde tient au contenu même du film, qui va plus loin encore que son œuvre d’origine : quand les deux jeux récents, et jusqu’à Rise of The Tomb Raider (2016), proposaient une refonte totale du personnage, ils ne s’empêchaient pas pour autant d’érotiser à outrance la souffrance du personnage de Lara, dont l’aspect frêle était une excuse permanente pour filmer sous tous les plans l’abîmement de son corps. Ici, Lara souffre, c’est son initiation à la dureté du monde secret (le monde des adultes ?) qui le veut, mais le film s’y attarde moins que quand il la montre se soigner, se relever, se battre. Le personnage est fondamentalement compris par le film.

Tomb Raider

Vraiment.

Alicia Vikander y est bien sûr pour beaucoup. On ne sait si le personnage a été écrit pour elle ou si c’est elle qui est née pour l’incarner, mais elle rend en cinq minutes d’écran toute interprétation forcément moins fidèle ou pertinente. Elle a l’intelligence du regard, l’insolence de l’esprit et la bienveillance du cœur. Son jeu tout en subtilité sert le personnage comme jamais, elle fait passer le regard chaque progression de son initiation, chaque apprentissage la fait mûrir quasiment physiquement. On aurait presque tendance à croire que les limites d’un script trop prévisible (les quelques twist sont éventés et, sauf Lara, les personnages sont unidimensionnels) l’empêchent de proposer la performance parfaite, mais c’est aussi ce qui lui permet de porter le film un peu plus loin que ce qu’il est : une superproduction commerciale, qui va un peu plus loin que ce qu’on lui demande, un divertissement qui, a l’image de Black Panther, est conscient du monde dans lequel il évolue.

Et c’est déjà beaucoup.

AMD