Ce lundi est sorti un épisode de This Is Us, cette étrangeté étant du à l’événement footballistique qui a eu lieu ce jour, très lié à la série : le fameux dimanche du Superbowl, où Jack Pearson est mort. 46 minutes plus tard, le constat est clair : This Is Us a tout compris.

Difficile de croire que vous soyez en train de lire cet article alors que vous n’avez jamais vu la série mais, tout de même, il est essentiel de rappeler le contexte pour savoir de quoi on parle. This Is Us raconte l’histoire d’une famille recomposée, dont le centre de gravité tourne beaucoup autour de la mémoire du patriarche, Jack, disparu alors que les personnages étaient enfants. Non pas que la série fasse comme tant de série populaires la mort comme un argument commercial, mais cette dernière est tout simplement le sujet de la série puisque cette dernier parle de la Vie, qui la contient. Et c’est par la mort de ce personnage essentiel que les enfants ont pu se construire, et développer leurs forces et traumas.

This Is Us

Le réveil de Jack en plein feu sonne comme un dernier soubresaut.

La serie avait pris le gros risque de la perte d’authenticité en faisant de la mort de Jack un mystère à élucider. Plus on avançait, plus on craignait l’arrivée imminente d’un épisode qui ne pouvait qu’être décevant, d’autant qu’il ne restait plus grand chose à découvrir : on savait le jour de la mort de Jack, le gros des raisons de l’événement (un feu incontrôlable dans la maison familiale) et ses conséquences sur la famille des années plus tard. Seulement, la série avait besoin de raconter cet événement en détail pour évoluer : plus elle retardait l’échéance, plus elle en était dépendante, et risquait de créer cette fascination malsaine pour la mort que trop de séries encouragent. D’autant que, on l’a dit, la Mort fait partie de la vie, et il fallait que This Is Us affronte cette banalité pour quitter une douceur qui aurait pu la reléguer au rang de fiction sympathique mais édulcorée. L’enjeu était donc de taille : il fallait le faire, mais bien le faire, et que ça n’ait par ailleurs pas le goût d’un achèvement ou d’une conclusion. La vie continue et il était essentiel d’en parler. Une continuité, une finalité, une attente … pour quel résultat ?

Incroyable. Il a été difficile de mettre un autre mot sur l’épisode de lundi, et on peut avoir l’impression qu’il est banal. Il l’est, ce n’est ni la première ni la dernière fois que ce site que vous lirez des propos dithyrambiques sur This Is Us : on parle de ce qu’on voit, de ce qu’on ressent, et on est fasciné par cette capacité qu’à la série à proposer des histoires écrites et mises en scènes avec une infinie justesse, une pertinence redoutable et surtout une humilité qui n’appartient qu’à elle. L’épisode sait surprendre : Jack ne meurt pas directement du feu mais de ses suites, d’un arrêt cardiaque dont on nous explique qu’il est dû à l’inhalation de fumée mais dont les plus observateurs expliquent déjà qu’il est dù a une prédisposition de Jack, dont le réveil lors de la nuit du feu a tous les airs d’un premier accident imminent. Peu importent les raisons, au fond : dans ce que la série raconte, les événements n’ont d’importance qu’en parlant de la manière dont ils sont traités. C’est toujours la force de This Is Us : surprendre et émouvoir en racontant des choses banales, que chacun a pu vivre.

This Is Us

À son entrée à l’hopital, Jack a l’air de tout sauf d’un survivant.

Là où l’épisode atteint le sublime, c’est justement dans cette optique, quand les instants précédents et suivant la mort de Jack (qui n’est pas montrée à l’écran, puisque l’épisode bascule de son point de vue à celui de sa femme Rebecca lors de l’incendie, basculement qui ne se retournera plus jamais ensuite, comme si l’incendie, cause indirecte du décès, valait prédestination) sont montrés. L’épisode a d’abord l’intelligence de montrer la mort comme un coup de couteau dans le dos : quand elle n’est pas naturelle, on ne peut s’y attendre, et elle intervient dans la stupeur et la surprise les plus générales. C’est la raison de cet espèce de « faux twist » quand aux raisons directes de la mort de Jack, qui permet surtout de montrer l’horreur vécue par Rebecca, qui, quand elle croit sa famille tirée d’affaire, s’apprête à vivre le deuil de son mari. C’est la première pièce d’un propos très pertinent et tout à fait juste. La mort n’est pas un twist, ni un élément dramatique artificiel : c’est pourtant une réalité qui intervient parfois dans l’inattendu.

Pourquoi la mort n’est pas un twist ? Parce qu’elle est ressentie par celui qui en est la victime. This Is Us le démontre parfaitement, en jouant sur des regards. Rebecca ne peut pas se douter, en partant chercher une barre chocolatée à son mari, qu’elle ne lui parlera plus jamais. Mais lui, il le sait : soit parce qu’il s’est réveillé en sachant qu’il allait mourir, mais que le feu a retardé l’échéance, soit pour une sensation générale : mais il y a une conscience de la mort. Quand sa femme part chercher la barre et qu’il l’arrête, il ne peut pas lui dire qu’il va mourir, et lui lance une dernière blague, c’est le dernier cadeau qu’il lui fait et c’est d’ailleurs sur un éclat de rire qu’elle dit se souvenir de lui chaque année suivant sa mort. Mandy Moore est exceptionnelle de justesse quand son personnage doit passer à toute vitesse du déni à l’acceptation, de la destruction de soi au courage dont elle a besoin pour annoncer la nouvelle à ses enfants. La série n’est jamais gratuite, jamais surfaite, mais toujours d’une pertinence psychanalytique absolue.

This Is Us

Mandy Moore est incroyable.

Il est vrai que l’article est très centré sur le drame qu’est la mort de Jack, mais l’épisode a bien sûr la bonne idée de parler du futur. Une nouvelle temporalité est introduite, quand les enfants sont vieux, et que les cycles de l’adoption, au cœur de la série depuis son commencement, redémarrent. This Is Us parle de la vie dans toute son horreur et dans toute sa beauté, dépasse le cadre de la fiction pour proposer un véritable essai philosophique télévisuel, sur l’Éternel Retour mais aussi sur le deuil et la mort comme parties de la Vie. La série est, encore est toujours bergmanienne, mais aussi incomparablement bienveillante, brillante et immanquable.

AMD