Ce documentaire signé Al Gore, « Une Suite qui dérange… », sorti sur nos écrans le 27 septembre dernier, se situe bien sûr dans la continuité de son premier documentaire consacré au climat : « Une Vérité qui dérange », sorti le 11 octobre 2006.

Dans ce long-métrage, l’ancien vice-président des États-Unis dresse un bilan amer et peu optimiste de l’ampleur du désastre qui frappe notre planète. Car ce n’est pas forcément que les différents aléas climatiques sont devenus plus nombreux, c’est aussi et surtout qu’ils sont devenus plus violents. Et même les pays du nord dits « développés » n’échappent plus aux conséquences du réchauffement climatique.
Le documentaire propose des extraits de conférences qu’Al Gore continue de donner face aux ambassadeurs de tous les pays : la fonte des glaces entraîne bien évidemment une hausse du niveau de la mer, et une grande partie du monde risque d’être submergé. Ses graphiques montrent une violente accélération du phénomène depuis dix ans, soit depuis 2006, date à laquelle le dernier documentaire d’Al Gore a été tourné… Depuis, même la célèbre ville de Miami se retrouve les pieds dans l’eau, et une grande partie des îles vont disparaître, avec certitude. L’explosion de la température favorise les épidémies de Zika et de Dengue véhiculées par les moustiques. Et le plus inquiétant, c’est que le virus Zika a quitté l’Amérique du sud pour commencer à se propager au sud des États-Unis. Les maladies et les tempêtes tropicales ne sont plus l’affaire des pays défavorisés que personne ne veut aider. Il est temps pour Trump de se réveiller.
Parlons-en, de Donald Trump. Montré comme l’ennemi numéro un en matière de climat, cette comparaison trouve tout son sens quand on sait à quel point il peut se montrer borné en termes de climat. D’ailleurs, on voit souvent Al Gore se casser les dents sur les climato-sceptiques qui s’en cognent les marrons de ces billevesées hippies sur l’environnement. Sauf que ce ne sont pas des billevesées, et que quand bien même c’est dur de lâcher les dollars que le pétrole peut générer, cette fois-ci il y a urgence, et plus aucun retour en arrière ne sera possible. Al Gore se rend donc à la COP 21 de Paris organisée en novembre 2015 pour tenter de convaincre l’Inde, un pays riche de plus d’1,324 milliards d’habitants, et qui refuse de renoncer aux usines à charbon. Les images parlent d’elles-mêmes : devant un représentant indien qui souhaite « polluer comme les pays industrialisés avant lui », Al Gore lui rétorque « qu’il ne voit plus le ciel bleu ». Pourquoi dit-il cela ? À cause de l’extrême pollution, qui empêche de voir le soleil. Le ciel est bas, gris sale, et la population ne peut pas se déplacer sans masque. Pire qu’à Pékin.
Une suite qui dérange - Le temps de l'action
Heureusement, le documentaire se veut aussi très optimiste par moments. Les centrales photovoltaïques à énergie solaire sauveront peut-être l’humanité. Peu coûteuses, elles ne polluent jamais et apportent l’énergie dont la population a besoin. La Bolivie devient de plus en plus en pointe en la matière. Mais aberration totale : le charbon est moins cher à utiliser que le solaire en Inde. Et comme il s’agit d’un gros pays, Al Gore se démène dans des négociations serrées pour permettre à l’Inde d’accéder au solaire tout à fait normalement. Il est même question d’en parler à Elon Musk, le fondateur de Tesla !
On pourrait reprocher au documentaire son côté un peu narcissique vu que tout est montré du point de vue d’Al Gore, qui semble seul devoir gérer la sauvegarde du monde à la manière d’un super-héros. Mais le documentaire est bien fait, sans être ni trop alarmiste ni moralisateur. Il ne sombre pas dans le pessimisme non plus et propose de vraies solutions. Je le conseille au visionnage, d’autant plus que la salle de cinéma était au trois-quarts vide quand j’y suis allée. Ce qui est vraiment dommage, car cela en dit long sur la persistance de l’humanité à ne pas voir ses erreurs en face.
La caméra filme au plus près les faits et gestes d’Al Gore qui, bien que retiré de la vie politique, n’a cependant pas cessé son combat pour la sauvegarde de l’environnement. Voyageant en Arctique, il constate, preuves scientifiques à l’appui, que la fonte des glaces s’accélère de façon dramatique ( certes on le savait déjà, mais c’est beaucoup plus impressionnant de le voir soi-même ). Par exemple, la dernière photographie de la planète a été prise par la mission APOLLO 17, et ledit cliché est surnommé « Bille bleue ». On peut y voir depuis l’espace la jolie pointe glacée de l’Antarctique qui rejoint la pique inversée de la Patagonie. Et lorsque la dernière mission spatiale a repris la même photographie ( mission subventionnée par Al Gore et Obama ), on ne peut que constater à nouveau à quel point nous sommes seuls dans l’univers et que nous devons à tous prix préserver la Terre. Car c’est tout ce qu’on n’aura jamais.