Le film attendu par des millions de gens sort enfin le 28 mars avec Steven Spielberg à la barre. Que demander de plus?

Le point d’interrogation du titre est utile car, personnellement, je n’ai pas accroché aussi fortement que beaucoup de gens à ce film.

Film d’hier

Ready Player One a été un livre bourré de référence pop culture et le voir débarquer sous la caméra de Steven dans le contexte actuel pouvait faire rêver. Alors que la nostalgie n’a jamais aussi bien vendue, RPO peut se targuer d’être une sorte de film somme avec ce héros plongé dans un monde ultra-référencé et référentiel. Et le film n’y va pas par le dos de la cuillère. Dès le début, la musique est reconnaissable, et la dernière seconde sera aussi du même acabit. Nos références de trentenaires se retrouvent dans ce film qui brasse beaucoup d’univers. Et si on défend beaucoup le film en disant que les références aident la narration, on peut tout de même se demander si le film, en omettant qu’il vient d’un livre qu’on ne peut changer, ne joue pas que là_dessus. Oui, le monde est référencé donc il aide la narration mais la moitié de celles-ci peuvent être aisément occultées pour que l’univers fonctionne.
C’est donc un film qui fera plaisir à nos coeurs d’enfants des années 70/80/90 avant d’être un bon film.

Et si le héros (Tye Sheridan) ressemble à s’y méprendre à Steven Spielberg jeune, ce n’est pas pour rien. RPO est une sorte de biopic fantaisiste du cinéaste. Le héros crée son monde, ses repères, ses repaires avec des chsoes puisées dans l’enfance et l’adolescence. bref, en fausse quête initiatique, RPO est avant tout un voyage vers nos goûts et nos couleurs et dans ce que Steven a traversé pour en arriver là.
Film somme ? Oui sûrement.

Film d’aujourd’hui

Puisque la nostalgie fait vendre, RPO tombe à pic. Les films comme Gardiens de la Galaxie ou Baby Driver brossent les gens dans le sens du poil, RPO le fait également. Mais Spielberg oblige, il y a une aura supplémentaire. De retour aux affaires? oui et non. Spielberg n’avait jamais vraiment abandonné le divertissement. Papy n’avait plus fait de grand film de divertissement depuis Tintin et Le Bon Gros Géant, deux films qui ont floppé. Les fanboys attendent de pied ferme ce film et ils en sont ravis. Personnellement encore, alors que j’étais le premier concerné, je n’ai pas senti le même plaisir. L’univers ne m’a pas happé et les références m’ont réjoui peu de temps. Et surtout, le film semble vain. Pourquoi le héros s’obstine à risquer sa vie pour un jeu alors que le message du film semble à l’opposé de tout ce que propose le jeu. L’enjeu est faible. Le méchant n’a rien à gagner, ni à perdre qui pourrait changer la vie de chacun.

RPO est un beau ride d’aventure, le rythme est soutenu. Le début est ultra explicatif mais nécessaire et il faut vraiment le vouloir pour ne pas trouver l’univers attachant. Mais ça reste assez moche. Car coincé dans une logique esthétique, le film se rapproche d’une époque 90s où les cinématiques de PS1 dominaient le monde. Technologiquement on en est loin, mais graphiquement, on en est proche question avatar. Et comme dans le film du même nom, les visages ne sont vraiment pas les plus attractifs.

Et côté patte du maître derrière Indiana Jones, E.T. ou Jurassic Park? Elle n’est pas la patte la plus reconnaissable. Et comme pour Burton ou Zemeckis, l’utilisation du full CGI (toutes les séquences 100% images de synthèse) est assez bridant alors ça devrait être tout le contraire. Les longs pano-travellings empêchent toute sensation d’immersion véritable, gâchant les détails présents (et ils sont nombreux). La caméra aurait dû se poser pour laisser le spectateur admirer l’univers comme les héros du film ! La scène hommage à un film de Kubrick est très stimulante pour ceux qui l’ont vu et souligne tout l’amour que Spielberg a pour ce cinéaste.

Film de demain

On entend et on lit beaucoup de critiques parlant d’une redistribution de cartes, de nouvelle grammaire cinéma. C’est autre chose. Ready Player One redéfinit le blockbuster en des lignes déjà connues. Il remet à plat ce qu’était ce genre de film il y a 15 ans. Un blockbuster doit être une aventure humaine et non une histoire tragique. C’est justement dans un sentiment qui rappelle le passé, les 90s que RPO dit au cinéma d’aujourd’hui qu’il faut revenir aux bases, que la technologie aide le propos et ne doit pas le transformer. Ce n’est pas pour rien que le film a une fin digne des meilleurs films Amblin avec une sorte de conclusion positive et un héros qui comprend, sans grand sacrifice, la morale. Si les superhéros sont devenus « gris », malheureux, pensifs, les vrais héros sont ceux qui font des choses extraordinaires alors que leur vie est ordinaire. Et en ça, RPO nous le dit : le passé nous aidera toujours à aller de l’avant.