Thor, Stranger Things, Ready Player One, Baby Driver, tout est giga trop bien pour les nombreux nostalgiques que nous sommes en voyant les images de ces oeuvres.

La nostalgie a du bon. On se remémore des choses passées qui nous ont fait plaisir ou plutôt qui ont marqué une époque. Rarement, on se remémore des chefs d’oeuvres mai plutôt des sensations, des souvenirs, des moments. Alors certes, le retour de SOS Fantômes, les 30 ans de Retour Vers le Futur ou l’adaptation de IT ne font pas partie de ce qu’on peut appeler un fossoyage honteux. Nous sommes plus dans un désir de faire revenir des noms, des marques qui ont touchés.

Mais plus généralement depuis quelques années, on ressort tout et n’importe quoi prétextant un simple retour vers le passé. Et on est loin, par le résultat, de faire perpétuer un quelconque mythe. Entre mauvaise pioche et hommage pompeux, rien ne justifie vraiment 80% des projets.

Dans les dernières nouvelles, le spin-off de la saga Transformers centré sur Bumblebee se déroulera pendant les années 80. Quand on connaît le personnage, communiquant à base de tubes radio, on comprend aisément que le film ne reculera devant aucun sacrifice pour aligner les chansons les plus rincées des années 80 et continuer à jouer sur la fausse demande du public à la nostalgie. Cette sensation de nostalgie envahissante a pris une nouvelle dimension avec Stranger Things qui, se prétextant série fraîche et « nouvelle », n’a fait que reprendre et jouer sur des registres et des repères / repaires rassurants. Rien n’était vraiment nouveau, tout était seulement différent de l’instant T dans lequel le spectateur vivait. Et le trailer de la saison 2 est encore problématique. Où se trouve l’hommage, où se trouve la facilité, où se trouve le coup de coude indélicat et référentiel ?

Un petit Thriller de Michael Jackson, des références à SOS Fantômes et hop, le public est dans la poche.

Que dire du revirement absolument fantasque de Thor qui, dans sa troisième itération, nous rappelle que les Gardiens de la Galaxie, autre retro-phénoméne, a laissé des traces. Avec Ragnarok, non seulement, les couleurs rappellent au bon kitsch de l’époque des Flash Gordon mais tout est fait pour opérer un virage important dans le ton, la forme et le fond du film. Le titre utilise une police quasi dépassée et les personnages présentés sont tous sauf dans la mouvance actuelle de l’ersatz « gris » et morne qui rappelle que la société dans laquelle on vit est pessimiste et dure à vivre.

On nage en plein optimiste, pas de quoi sen énerver? Mais, nous, les rageux, sommes là pour rappeler que tout a un sens, tout découle de phénomènes pas du tout épi. Le fun et le cool font du bien mais sont-ils artistiquement utiles ? Assumés oui, mais nécessaires ?

Baby Driver (film le plus cool de l’année?) a pris tout le monde par surprise avec sa première bande annonce, les spectateurs étaient déjà aux anges alors que le film, avouons-le, ne reprend que ce qui se faisait depuis des années avant l’arrivée d’un âge Hollywoodien rance et répétitif qui date, en gros, du début du millénaire. Alors certes, il y a de l’énergie, de la modernité comme dans Kingsman d’ailleurs, autre film porté au panthéon de l’actioner avec, finalement, très peu d’idées novatrices. Le cool est là, il remplace les fameux « feel good movies » autre catégorie créée artificiellement par le public pour qualifier une oeuvre qui fait ressentir des choses plutôt que d’être inscrite dans une catégorie, un genre de films.

Alors quand Ready Player One nous propose une bande-annonce remplie de références à nos années 80 et 90, on se réjouit, on estime que la qualité est créée artificiellement par l’injonction de repères passés qui semblent intouchables, dont l’aura est encore intact. On ne va se plaindre de ça. Mais rappelons simplement que le conditionnement est immensément présent. Nous sommes abreuvés de messages et de formes qui conditionnent notre vision. Un film sera considéré comme bon dès lors qu’il vient à la suite de trois mauvais. Regardez les films Marvel, chaque nouvelle sortie est synonyme de pamphlets justifiant l’appellation de « meilleur film Marvel depuis… ». On ne dit pas que Ready Player One arrive comme un opportuniste. IL arrive juste à une époque où ce genre de produits va forcément engendrer des réactions vives nourries par une situation de « nouvelle nostalgie » pieuse, qui interpelle ce qui nous a procuré des émotions passées. Ainsi parasitées, ces émotions se prennent pour des nouvelles sensations.

Il y a un petit peu de rejet de la culture 80 en moi, je suis d’avantage 90, il est vrai… Attendons alors de voir si les années 90 vont faire un retour fracassant… Et surtout peut-on faire du cool et du fun avec les boys bands, les pogs. Les rares tentatives de reprises des années 90 ont donné une suite à Independence Day indigeste et un remake de Jumanji qu’on attend fébrilement. Il y a eu aussi Jurassic World qui a beaucoup divisé… Un remake de The Mask, un film où un héros est coincé dans les teen movies de l’époque, on ne sait quelles idées Hollywood aura…

Il ne suffit pas de mettre une chanson « fun » dans une bande-annonce ou une scène d’action pour en faire quelque chose de fun. Il faut être pertinent dans ses références pour devenir à son tour, non pas référentiel, mais novateur. Le cool n’est pas une mode, un phénomène mais une sensation ingrate qui nous fait juste ressentir que nous étions dans une phase totalement dénuée d’idées novatrices et productrices d’émotions. Trop attachés au moment présent, le public se sent soudainement pris par surprise par des moments passés qui, sous prétexte qu’ils étaient « cools » à l’époque, le sont aujourd’hui. Ce système vicieux fausse une grande partie de notre jugement.