Qui ne dit mot consent, adultère et résignation par Alma Brami

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Qui ne dit mot consent est le nouveau roman d’Alma Brami, qui paraît en cette rentrée littéraire au Mercure de France. On s’immerge dans la vie maritale d’Emilie et Bernard, qui n’est pas tout à fait comme les autres… Un excellent roman, diablement efficace, qui se lit comme un thriller psychologique.

Un déséquilibre entre mari et femme, une emprise psychologique de l’un sur l’autre qui les entraîne dans une situation souhaitée par l’un, haïe mais supportée par l’autre. Depuis des années et sous divers prétextes, Bernard impose à Emilie ses maîtresses successives. Souvent invitée à la campagne où ils passent leurs vacances. Emilie, psychologiquement fragile, ne sait pas faire autrement que d’accepter ces femmes, présentées comme des « amies ». Amie rencontrées par Bernard au bureau ou ailleurs, amies censées divertir Emilie, qui s’ennuie vite.

Elles ont été nombreuses, au fil des années, ces amies. Bernard rivalise d’inventivité et d’excuses pour imposer à son épouse ces relations à trois, où tous font semblant de partager à la campagne un agréable moment entre amis. C’est sans compter les escapades de monsieur avec ces femmes, les heures de flottement où Emilie a peur de perdre complètement son mari, ces incertitudes, ce que lui dit et fait pour la rassurer l’espace d’un instant.

Parce qu’il est très fort, Bernard pour manipuler son épouse. Soit disant qu’il ferait tout ça pour son bien. Parce qu’Emilie est renfermée et assez rigide de nature, il lui apporte grâce à ces visites féminines, la fantaisie et le lâché prise dont elle a bien besoin. Mais Emilie se rappelle… Quand est-elle devenue si aigrie, si craintive et si peu sûre d’elle-même ? Est-ce un trait de caractère qui s’est développé au fil du temps et auquel seul Bernard sait remédier ? Ou est-ce lui qui, par ses manigances, qu’elle s’empêche pourtant de considérer comme telles, l’a transformée ?

Le malheur insufflé par Bernard chez Emilie est cruel et sournois. A l’occasion de l’énième visite d’une de ces « amies », Emilie se souvient des précédentes. Elle nous raconte ces épisodes, qui se confondent tous dans son esprit. Ces femmes, qui sont-elles ? Et que font-elles là ? Que cherche son mari ? Emilie choisit de continuer à lui faire confiance, parce qu’il lui promet que tout va bien, qu’il l’aime, qu’il l’adore et qu’elle est l’unique femme de sa vie. Elle veut y croire car, si elle commence à douter, elle meurt à l’intérieur. Jusqu’à quand ces promesses martelées par Bernard fonctionneront-elles ?

Alma Brami

Avec Qui ne dit mot consent, Alma Brami fait fort. On entre complètement dans la tête d’Emilie, qui a tendance à faire des rapprochements chronologiques pas évidents au départ. Peu à peu, on finit par comprendre l’horreur de la situation et surtout la perversité d’un mari égoïste et manipulateur. On sent qu’une menace plane. Pas forcément sur leur couple, car il est trop fort et Emilie trop faible, mais sur elle. On suit avec fébrilité le déroulé du séjour de l’énième « amie ».

Le style de Qui ne dit mot consent est excellent. Plutôt bref, direct. Une certaine poésie émane de ces mots, ceux d’une femme blessée mais toujours amoureuse, qui veut continuer d’y croire. Alma Brami arrive à nous faire ressentir ce désespoir teinté d’amour fou, teinté de folie. C’est beau et terrible à la fois.

Qui ne dit mot consent est mené avec brio, avec une grande maîtrise du rythme. Alma Brami nous oblige à rester concentré, car si l’esprit d’Emilie est torturé, le récit l’est tout autant. C’est au détour d’une phrase d’apparence innocente, que l’on apprend les pires choses. C’est caché dans un paragraphe que se trouve l’élément qui nous fera réaliser ce qu’est vraiment Bernard et ce qu’il fait à sa femme. Une fois les pièces du puzzle rassemblées, on ne quitte plus le livre des mains, pour connaître un dénouement que l’on pressent terrible.

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