Danser au bord de l’abîme, le nouveau roman de Grégoire Delacourt

Le nouveau roman Grégoire Delacourt vient de paraître chez Lattès. Danser au bord de l’abîme choisit un thème plutôt déjà vu – peut-on tout quitter par amour ? – mais c’est sans compter la grande poésie de Delacourt et son goût pour les rebondissements inattendus.

Je l’avoue, à une époque désormais révolue, je n’étais pas une adepte de Grégoire Delacourt. Mais son avant-dernier roman, le très cruel On ne voyait que le bonheur, m’a radicalement fait changer d’avis… Si vous cherchez une porte d’entrée pour découvrir l’auteur, n’hésitez pas, c’est celui-ci qu’il faut vous procurer !

Revenons à Danser au bord de l’abîme qui raconte l’histoire d’Emma, une femme de quarante ans, mariée, trois enfants, qui vit aux alentours de Lille. Une vie rangée, en apparence heureuse, récemment bousculée par le cancer du mari, combattu et vaincu. Seulement, elle a rencontré un homme. Rencontré est un bien grand mot. Disons qu’elle l’a aperçu, attablé dans une brasserie, et en est tombée immédiatement amoureuse. Par le biais de cette rencontre surgit en elle le besoin de vivre pleinement sa vie et de répondre à ses désirs, même les plus fous.

On le comprend très vite : Emma va quitter son mari et ses enfants pour s’enfuir avec Alexandre. C’est comme une fatalité. Elle doit vivre ce nouvel amour qui lui est offert par la vie. Renoncer serait aller à l’encontre d’une liberté fondamentale.

Tout s’accélère alors… et dans une direction inattendue.

Danser au bord de l’abîme est un roman que je qualifierais presque d’expérimental. Comme si Delacourt lui-même n’avait pas su comment l’histoire allait se terminer tandis qu’il l’écrivait. Comme s’il avait eu envie d’imaginer plusieurs fins parallèles. Ces fins parallèles et multiples, il nous les propose d’une certaine manière, à travers les pensées éparses d’une Emma souvent perdue, qui tantôt se souvient, tantôt fantasme, tantôt anticipe… La frontière entre imaginaire et réalité est souvent floue au cours du roman. On décide alors de se laisser entraîner comme dans un rêve et on se retrouve complètement habité par la personnalité d’Emma.

Les chapitres de Danser au bord de l’abîme défilent en ordre décroissant, comme un compte à rebours. Mais vers quoi ? Un accomplissement ? Une libération ? Ou bien une catastrophe ? Nous suivons Emma dans sa quête d’une existence vécue à 100%, usée jusqu’à la corde. Qu’atteindra-t-elle lorsque nous aurons atteint le premier chapitre, cette première étape du reste de sa vie ?

On pardonne à Delacourt quelques tableaux attendus, tels que l’apparition de la cabossée mais salutaire « Mimi ». On lui pardonne aussi quelques répétitions sur le thème de l’amour et de la liberté. Mais c’est dans un style toujours soigné et efficace que ces apartés philosophiques nous sont proposés. Comme des maximes à la fois singulières et universelles.

Extrait : 

« Je dirai que nous sommes davantage faits de ce qui nous a traversés que de ce qui nous est resté. »

 

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