La vie en cinquante minutes et la spirale de la jalousie selon Benny Barbash

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La vie en cinquante minutes de Benny Barbash vient de paraître aux éditions Zulma. Qui ne s’est pas fait des films à partir de détails a priori anodins ? Surtout lorsqu’on est influencé par la jalousie envers notre partenaire… L’auteur s’empare de ce travers humain pour le déployer et le développer à l’extrême dans La vie en cinquante minutes, le grand monologue de Zahava, épouse de Dov et mère de ses enfants, qui a eu le malheur de trouver un cheveu blond entortillé autour de la bretelle du maillot de corps de son mari.

Entre sursauts de colère, flash-backs et égarements drolatiques, on la voit se perdre dans le tourbillon irrationnel de sa jalousie pendant une bonne partie du roman. Elle force des serrures, fouille de fond en comble ses placards, s’imagine que son mari n’a pas une mais plusieurs maîtresses, fait l’historique de chacune et mélange imaginaire et réalité aux yeux du lecteur. Pendant ce temps, autour d’elle se dessine une galerie de personnages secondaires tous plus hétéroclites les uns que les autres : un serrurier bavard, un Arménien mystérieux, des amies bien plus terre-à-terre, un thérapeute qui ne supporte pas ses patients et un écrivain égocentrique au charisme disparu, qui apportent du dynamisme et de l’humour à l’intrigue.

vie-cinquante-minutesMais on finit quand même par se demander quand est-ce que le thérapeute, chez qui elle se trouve aux premières lignes du livre, ou un autre personnage, aura la bonté de lui dire d’arrêter son délire. Et puis, miracle, on se retrouve de nouveau sur le divan du thérapeute… pour la voir se perdre encore dans ses pensées au lieu d’enfin desserrer les dents et de se mettre à parler une fois pour toutes. On se laisse embarquer bon gré mal gré dans ce nouveau voyage, pour finir par comprendre que parler, elle ne le peut pas. Qu’elle a passé sa vie à ne rien dire de ce qu’elle pensait, à ne rien faire comme elle le voulait, mais à suivre les directives et les envies d’autres personnes. Et qu’elle est finalement dans une crise de conscience plutôt que dans une crise de jalousie. Ce n’est pas son mari, somme toute plus attachant qu’autre chose, ses enfants ni personne d’autre qu’elle peut rendre responsable de sa vie excepté elle-même.

L’écriture de La vie en cinquante minutes est vive, endiablée, parfois trop foisonnante ; les personnages sont hauts en couleurs, et le cadre israélien est bien rendu par touches pittoresques. Le seul reproche que j’ai devant ce roman c’est sa structure. Le partager en trois parties dont la première et la troisième portent le même nom est perturbant pour le lecteur, encore plus quand on y ajoute le fait qu’à chaque début de partie on en revient toujours au divan du thérapeute. La première partie m’a paru longue, au point de poser parfois le livre. Et, au final, la troisième partie est un simple épilogue qu’on aurait pu appeler ainsi.

Benny Barbash

Benny Barbash

Mais les questions que pose La vie en cinquante minutes et la façon dont il les expose méritent lecture ; particulièrement au cœur de la religion juive et d’Israël, avec une écriture émaillée des versets de la Torah, qui montre de manière originale le poids et la place que peuvent occuper la religion dans tous les aspects de la vie d’une personne qui ne l’a pourtant pas vraiment choisi, et l’importance de connaître et de défendre ses propres envies sous peine de les perdre de vue, et de se perdre soi-même dans sa propre vie.

– Alors on est d’accord ? Où veux-tu que je vienne te chercher ? demanda Dov à Zahava qui avait entendu les mots « ta cliente ».

À la place de la physicienne qui suçait son mari sous le bureau, elle imagina une pute en petite tenue de dentelle et escarpins étendue sur la table de réunion ovale, ses cheveux blonds épars comme un éventail sur la surface sombre de la table, et les douze fauteuils de direction en train de l’observer d’un air sévère. Le sujet de la réunion disposé sur la table ne leur paraissant pas très clair, ils attendent les explications de Dov qui les rejoindra aussitôt après sa conversation téléphonique avec Zahava.

 

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