Le troisième film Maze Runner / Le Labyrinthe est enfin sur nos écrans et prouve que la saga en avait dans le ventre à l’heure où les adaptations young-adults ne font plus recette.

Le premier plan du Remède Mortel s’attarde longuement sur une ville abandonnée, presque post apocalyptique, qui dépérit au milieu du désert. Ce début, que l’on retrouvait déjà dans le deuxième opus, La Terre Brûlée, semble refléter l’ambition de la saga elle-même : celle de situer l’action dans un décor dépouillé, crasseux et désenchanté, à l’image de ce monde à l’abandon détruit par une pandémie. C’est sûrement cette volonté de réalisme, de désespoir quant à la fin de l’humanité qui assure la réussite de la saga depuis ses débuts, et en particulier de ce dernier volet. La maturité de son propos s’avère aussi impressionnante que rare dans les récits issus de la littérature young adult, souvent cantonnée à la trilogie Hunger Games ou Divergente (dont la carrière en salles a été compromise par l’échec de l’avant-dernier volet), alors même qu’elle regorge de pépites et de récits initiatiques aussi intelligents qu’innovants. Dans Le Labyrinthe, l’extrême gravité des thématiques abordées permet à l’intrigue de s’affranchir des contraintes du genre et même, par moments, de faire oublier au spectateur le jeune âge des personnages et du public visé.

C’est d’ailleurs cette volonté de réalisme à la maturité assumée qui assure la cohérence des trois films, perspective que confirme l’enthousiasmant Remède Mortel. Ce souci du réel et du plausible passe d’ailleurs par le décor-même, à l’esthétique épurée et renforcée par une photographique soignée, parfois frôlant les tons sépia. La cité futuriste que Thomas (Dylan O’Brien), Newt (Thomas Brodie Sangster) et leurs amis pénètrent pour sauver leur camarade Minho (Ki Hong Lee) prisonnier du WICKED, n’est ainsi pas si éloignée de notre monde actuel, et apparaît davantage comme une vision de l’urbanité telle qu’elle pourrait ressembler dans 20 ans plutôt qu’à une projection fantasmatique digne des récits de science fiction. Si, dans certains plans, le réalisateur Wes Ball s’autorise quelques références aux classiques du genre tels que Blade Runner, grâce à l’utilisation de néons clignotant en pleine nuit dans une ville bondée, les visuels du film s’avèrent toujours d’une remarquable plausibilité, ce qui permet d’ancrer davantage le récit dans le réel.

le-labyrinthe-3-le-remede-mortel-critique

Réalisme également visible dans le développement des personnages principaux, tous très attachants et aux réactions toujours logiques et compréhensibles. Les protagonistes étant partiellement amnésiques, leur caractère semble uniquement délimité par leur réaction face au réel et leur instinct de survie développé dès le premier volet. Cela empêche également le récit de sombrer dans un trop grand manichéisme. Ainsi, le personnage de Teresa (Kaya Scodelario), perçue comme une traître par ses camarades suite aux événements de La Terre Brûlée, est ici confrontée à un dilemme moral, ce qui permet une plus grande exploitation du protagoniste. Même dans le développement des personnages, le souci de réalisme demeure donc palpable. D’ailleurs, cette volonté de coller au réel a poussé les scénaristes du film à modifier certains aspects des livres de James Dashner, dont la saga s’inspire : dans les romans, Thomas et Teresa se parlent ainsi par télépathie ; détail que Wes Ball trouvait trop ampoulé, et qu’il a donc souhaité gommer dans son adaptation. Divergence qui permet aux films de s’éloigner d’une trop grande linéarité par rapport aux romans. On salue donc le travail d’adaptation, ainsi que l’ambition de Wes Ball, qui a imposé son style visuel dès le premier film.
Mais cette approche très personnelle ne l’empêche pas de réinjecter à ce troisième volet des thématiques plus conventionnelles du genre : ainsi, Thomas apparaît comme la figuration de la figure de l’Élu, à la fois Thésée qui triomphe du Labyrinthe et fil d’Ariane qui traverse les couloirs à priori inextricables de l’intrigue afin d’en démêler le canevas. Sans trop en dévoiler, on souligne également le traitement plus grave et adulte de la dernière partie, utilisant à bon escient la figure sacrificielle pour la mettre au service d’un dénouement émouvant et bien mené.

Si ce troisième opus apparaît comme étroitement lié aux précédents grâce à son souci de réalisme et son style visuel épuré, il se permet également une esthétique plus imposante, sorte de vision d’ensemble de l’univers tout entier. Le Remède Mortel élargit ainsi son cadre et par la même occasion sa réalisation, s’autorisant des plans larges et des séquences d’action plus amples. Ainsi, si le premier film cloisonnait Thomas dans un espace restreint, celui du labyrinthe, tandis que le deuxième opus agissait presque comme un road trip dans un espace désertique, Le Remède Mortel démultiplie son unité de lieu, passant du paysage apocalyptique à la ville post moderne, mais également par des décors plus intimistes. Élargissement volontaire que l’on retrouve aussi dans le traitement du scénario : si le premier film se concentrait uniquement sur le point de vue de Thomas, Le Remède Mortel embrasse une narration polyphonique où s’entremêlent tous les personnages, les présentant comme un groupe serré et uni et non plus comme une galerie de personnages épars et solitaires. Un véritable plan d’ensemble qu’est ce troisième volet, ce qui ne l’empêche pas de conserver ce qui est à la fois sa thématique principale et sa plus grande originalité : la rhétorique du Labyrinthe.

le-labyrinthe-3-le-remede-mortel-critique

La structure de la ville où siège WICKED apparaît ici comme inextricable, tant et si bien qu’il paraît impossible d’en faire le plan. Les remparts qui la bordent reflètent, quant à eux, la structure du Bloc exploitée dans le premier film. Au détour d’une scène, on observe même dans les appartements de Ava Paige (Patricia Clarkson) une mosaïque représentant un labyrinthe. Ce motif court donc toujours dans ce dernier métrage, et conserve également toute sa puissance symbolique : celle de la souffrance mentale, de la claustrophobie enfantine et de l’implacabilité du destin auquel les personnages sont soumis.
Véritable fil d’Ariane de la saga, ce motif du labyrinthe plane donc toujours dans cette conclusion maîtrisée et haletante d’une franchise qui compte parmi les plus intelligentes du genre.

 

Juliette