Pour le monde horrifique et votre serviteur,, Indisious 4 est une vraie page qui se tourne.

On en a fait du chemin, depuis 2012. James Wan y révolutionnait son petit monde une première fois avec Insidious, train fantôme monstrueux et fascinant qui n’a pas laissé grand monde indifférent et a offert à Wan la réputation suffisante pour devenir une vraie référence dans le milieu. Aujourd’hui, six ans plus tard, sort The Last Key, quatrième et vraisemblablement dernier opus de la saga, qui n’a décidément pas démérité.

Les événements prennent place après Insidious 3. On suit Élise dans son parcours initiatique qui l’a menée à devenir la médium réputée et connue de tous. Il s’agit pour elle de s’assumer enfin telle qu’elle est, et de revenir à Five Keys, lieu de son enfance douloureuse, pour achever ses anciens démons.

On ne vous fera pas l’affront de rappeler ce que l’on pense des films précédents, d’autant que notre avis de 2016 sur le troisième film l’avait déjà bien fait. Le film doit être pris tel qu’il est, à savoir une proposition très différente des précédentes, aux partis pris étonnamment audacieux. Sur ce point, le film pose son postulat très vite, quand le titre apparaît flottant dans les airs sans le bruit strident qui l’accompagne classiquement. Le détail semble avoir peu d’importance, et ce serait le cas si la suite n’était pas du même acabit, mais il se révèle tout à fait symbolique de l’idée générale du film, qui finalement n’est pas sans résumer la période contemporaine, à savoir de rompre avec les vielles formules et attentes.

The Last Key est en effet une vraie surprise, tant il rompt avec les formules connues. Adieu les familles parfaites hantées par un grand méchant démon, adieu l’Elise iconisée et idéalisée à outrance telle qu’on la connaissait, le film d’Adam Robitel laisse tout cela au placard pour proposer une vraie rénovation, qui intervient bien heureusement pour apporter une grande cohérence à une saga qui manquait encore de quelques réponses. Le film est étonnamment très mature, très dérangeant, il montre des abus réels (le père qui frappe sa fille, et bien d’autres images relevant d’un train fantôme bien réel et non plus fantasmé, quand au fond les vivants sont plus effrayants que les morts) et on ne peut s’empêcher d’y voir des échos à American Horror Story Cult, en cela qu’elles sont toutes deux des œuvres présentes dans un monde où on se rend compte, consciemment enfin, qu’il y a des Trump et des Weinstein qui sont au pouvoir. Ainsi, on ne s’étonnera pas de voir un démon très en retrait, se contentant d’éveiller les bas instincts des hommes du film.

Comme Get Out et bien d’autres, The Last Key fait le choix de s’effacer devant la réalité, ou plutôt d’en offrir un portrait qui dépasse presque la fiction. Il n’est en aucun cas surprenant, après coup, de se rendre compte que la plupart des petits du film n’en sont pas, mais constituent en des métaphores de choses si épouvantables qu’on préférerait les savoir surnaturelles. Ici, les femmes enchaînées, là, les portes ouvertes par les « gentils » qui créent plus d’horreur encore … Le film ne laisse planer aucun doute sur la réalité globale de ce qu’il montre, et ne laisse pas cette dernière à l’interprétation. Seulement, comme lors d’un postulat inverse à un Sixième Sens ou même un Conjuring, Whanell (toujours grand scénariste) choisir de faire basculer l’irréel dans le réel, et fait le choix du « tout est vrai » plutôt que tu « tout est faux ».

Loin d’être une redite, The Last Key est surtout la conclusion réussie d’une saga qui n’aura eu de cesse de vouloir s’étendre vers d’autres horizons. Pur film d’épouvante, thriller horrifique, drame… La saga a tout connu et ce dernier film est, très paradoxalement, à la fois une rupture et une synthèse de toutes ces propositions pourtant très différentes. On se rend même compte que le film en a conscience, quand au hasard d’un séjour dans le Lointain, Élise ouvre des portes vers … d’autres films de la saga, en oubliant de les refermer. The Last Key est encore une preuve, s’il en fallait une, que le cinéma d’épouvante n’est pas un sous-genre, mais bien un motif de création intelligente qui n’est jamais à court de ressources. Au fond, ce que le film perd en tension pure, il le gagne en cohérence, en créativité visuelle. L’iréel, quand il est là, n’est pas très inquiétant, le frisson sur l’échine est laissé de côté pour un véritable malaise permanent, qui ose brusquer le spectateur pour le faire sortir de sa zone de confort. On aurait peur de la redite en précisant qu’au fond, The Last Key est symbolique de l’avènement ou du retour d’un nouveau genre de cinéma horrifique, qui comme un Shining fait écho à des peurs qui sont sourdes, et profondément enfouies dans l’imaginaire du spectateur. En ce sens, il est très efficace.

Nul doute qu’Insidious manquera au cinéma horrifique, puisqu’il en est en quelque sorte, comme un Panormal Activity, un des artisans de la renaissance. On sait déjà quelles nouvelles têtes le remplaceront, et quelles sagas lui survivront. Il est enthousiasmant de voir, ainsi, la série partir par le haut et proposer une véritable conclusion. Bravo !

AMD