Le très attendu nouveau film de Wes Anderson est en animation, une technique que le réalisateur avait déjà expérimenté par le passé avec Fantastic Mr Fox.

Dans un futur proche, tous les chiens japonais sont envoyés sur une île poubelle pour éviter les risques de maladies. Les canidés s’organisent comme ils peuvent jusqu’à l’arrivée d’Atari, un jeune humain à la recherche de son ancien compagnon.

Cette fois encore, Wes Anderson propose un casting vocal original luxueux avec notamment le génial Bryan Cranston dans le rôle de Chief, chien errant avant l’heure et une des figures majeures du film. A ses côtés, on retrouve une pléiade d’acteurs dont la qualité et la popularité ne sont plus à confirmer : Edward Norton, Bill Murray, Scarlett Johansson… Il y a même une apparition (pour le moins express) de Yoko One. Mais ce n’est pourtant pas le principal intérêt du doublage. La langue principale de l’oeuvre, l’anglais, est attribué aux chiens alors que le japonais est cantonné aux humains. Wes Anderson pousse ainsi, dès l’ouverture, le spectateur à s’identifier aux langages des canidés. Il ne quittera jamais ce point de vue, comique mais qui permet également de développer une certaine tendresse – d’autant plus communicative pour les amoureux de ces animaux. L’idée est également développée à travers la composition des cadres : à hauteurs de chiens et de la même précision que l’on avait déjà pu découvrir dans The Grand Budapest Hotel. Si dans ce dernier la précision servait l’idée générale du rangement et de la minutie, elle offre cette fois un certain décalage avec les sujets filmés et permet de jouer sur les entrées et sorties de champ pour une désopilance qui fait mouche. Visuellement jouissif, L’Île aux chiens dispose également d’une bande originale composée par un Alexandre Desplat très en forme, qui n’hésite pas à utiliser des résonances japonaises traditionnelles et des silences pour livrer un habillage sonore comme on entend peu en ce moment.

Les chiens sont, malgré leur statut, pourvus d’un aspect un peu dandyesque et nonchalant, improbable et délicieux. Outre la focalisation réussie par le film, les cabots semblent finalement plus sensibles et plus intelligents que les humains. L’impulsivité normalement liée à leur nature est remplacée par de longs et succulents dialogues, dans lesquels transparaissent toute leur naïveté, tout en développant continuellement leur capital sympathie. Leur sens aiguisé (bien que bancal) de la réflexion toutouesque et leur sens de la démocratie, qui s’opposent aux décisions arbitraires du gouvernement humain sont des figures comiques récurrentes et efficaces. Seuls deux humains se distinguent du groupe : Atari Kobayashi et Tracy Walker, deux adolescents qui, n’ayant pas encore atteint l’âge adulte conservent un amour et/ou une compréhension de ceux-ci. Ces figures de jeunes sont bien représentatives de la candeur vers laquelle tend l’œuvre. Dans sa grande tendresse et ses animaux parlants, L’Île aux chiens évoque un rêve d’enfant, l’enfant songeant lui-même aux rêves de son chien.

Il faut finalement évoquer l’aspect politique du film, fable anti-dictature qui s’élève contre la peur de l’autre et de l’exclusion. Ce point a le mérite d’être bien présent, compréhensible et secondaire à la fois, laissant majoritairement place à une perception enfantine et innocente de l’histoire, qui auraient éventuellement être pu alourdi. C’est aussi cette perception enfantine qui donne sa force au propos : L’Île aux chiens appelle à la pureté originelle du spectateur pour le laisser comprendre par lui-même l’importance de l’empathie en temps troubles.

Dans la lignée des thématiques politiques et des résonances nippones, il reste le traitement controversé du Japon au sein de l’œuvre. Le pays est représenté à travers une série de clichés (assumés), qui sont néanmoins aussi appliquées au seul personnage américain de l’histoire. La jeune Tracy aborde une coupe afro blonde et lutte sans cesse contre les injustices en dépit du respect du pays dans lequel elle se trouve. Cette image du Japon fantasmé au travers des yeux d’un occidental contribue à la perception de l’étranger du spectateur, il connaît sans comprendre la culture qu’il voit, tout comme les chiens connaissent sans comprendre le monde des humains. L’utilisation d’un pays étranger semble à première vue justifiée par la dérision constante du film sur tous ses sujets mais la question de la condescendance du regard occidental face à sa volonté d’exotique se doit d’être posée.

Mis à part ce doute final, L’Île aux chiens est une aventure finement écrite, aux dialogues savoureux et au scénario bien rempli dont les multiples intrigues captent chacune autant l’attention. C’est une ode aux chiens, à une vision enfantine et au partage entre les individus dont l’adoption est immédiate.