15 ans que la seule et unique saison de Firefly, bébé télévisuel de Joss Whedon, a été offerte au monde. 15 ans pour une saison de 14 épisodes, même pas diffusée en entier ni dans l’ordre et devenue immédiatement culte par la grâce d’un statut de martyr du capitalisme, obtenu dès son annulation. Retour.

La série : Firefly

Le parcours : diffusée sur la FOX le 20 septembre 2002, annulée 3 mois plus tard. Seuls 11 des 14 épisodes furent diffusés, et même pas dans le bon ordre de diffusion. Les 3 derniers épisodes furent diffusés l’année suivante. Un film, Serenity, a conclu la série en 2005. Des comics sont venus étoffer un peu le tout après coup.

Résumé : Firefly est une série de science-fiction difficile à classer. Elle conte les aventures du vaisseau spatial Serenity (Firefly est la classe du vaisseau, une classe déjà désuète, comme eux), au XXVIe siècle, et de son équipage, dont une bonne partie des membres cache des blessures intimes, notamment liées à leur participation à une guerre civile. Tous ont des secrets plus ou moins inavouables, et tous se réunissent dans leur marginalité, un esprit d’entraide pour parias ne se définissant pas comme héros, mais pas vraiment antihéros non plus. Et tous se confrontent, du haut de leur statut minimaliste, par leur propre vision, à un monde et système qui ne veut pas d’eux et au contraire, s’emploie plutôt à écarter ceux qui ne rentrent pas dans le système.

Background : série vue en entier (et dans l’ordre)

Amenez-moi le pilote : on se heurte là à un petit souci de traitement. En effet, Firefly a deux pilotes : Les Nouveaux Passagers et L’Attaque du Train. Le premier a été réalisé par Whedon, mais la FOX a décidé qu’il devait faire autre chose (i.e plus d’action). Le second est donc devenu le pilote, premier épisode diffusé en 2002, tandis que le premier (qui était en 2 parties), fut diffusé… à la toute fin. Ainsi, pour respecter une cohérence narrative et le souhait de Whedon, et en passant sur la bêtise de la FOX, on s’attardera sur Les Nouveaux Passagers, qui introduit clairement et proprement à l’équipage, l’ambiance sur le vaisseau, l’atmosphère générale de la série, et aux personnages dans toutes leurs personnalités. Dans ce pilote, on a affaire au capitaine, Malcolm Reynolds, qui, pour renflouer les caisses du Serenity et de l’équipage, et pouvoir faire de la vente quelque part dans le système stellaire, embarque des passagers. S’il embarque un prêtre plutôt sage, et par la suite, en cliente régulière, la courtisane Inara, il se retrouve surtout avec Simon et River Tam, des fugitifs recherchés par l’Alliance, le gouvernement omnipotent du système. Le début des ennuis du Serenity, mais aussi le début d’une grande aventure.

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Joss Whedon a défini la série comme « neuf personnes regardant l’obscurité de l’espace et voyant neuf choses différentes », dans un futur où, selon lui, rien ne changera : « la technologie progressera, mais nous aurons toujours les mêmes problèmes politiques, moraux et éthiques qu’aujourd’hui ». C’est une bonne définition d’une série relativement inclassable, qui mélange les attributs du space opera (comme Dark Matter, qui s’inspire énormément de Firefly, fait aujourd’hui) et du western, avec des personnages marginaux comme des cowboys solitaires, vivant leur vie antihéroïque, tâchant de faire le bien de temps en temps, et se faisant courir après par les puissants de ce monde. Au travers de Simon et River Tam (surtout celle-ci, qui est l’un des grands mystères soulevés par la série), on a un bon aperçu, dans ce double épisode, de cette irruption du surnaturel (on prête des pouvoirs psychiques à River), bouleversant le quotidien desdits marginaux et les forçant à reconsidérer le monde qui les entoure et comment le système les traite. Le statut des deux personnages susmentionnés restera dès lors une chose essentielle dans les confrontations des visions des personnages, puisque par la suite, Malcolm et Jayne se feront la guerre sur le destin des Tam, avant que le film Serenity ne les place comme enjeu principal. Un déclencheur de souvenirs passés autant que d’actions futures, les uns guidant les autres chez ces ex-soldats fuyant le traumatisme de la guerre.

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Si des éléments reviennent de manière récurrente dans Firefly, il n’y a pas de but précis de l’équipage du Serenity, pas un objectif principal qui innerverait la série et guiderait l’histoire. Seule fait foi l’évolution des personnages au gré de leurs aventures et comment les événements influent leurs modes de vie et de pensée. Ce double épisode résume d’ailleurs assez l’état d’esprit général de Firefly et les aventures qui vont avec. On a ainsi l’opposition entre Malcolm et Jayne, donc, structurelle autant que hiérarchique, sur les Tam et sur la direction à prendre de manière générale (pour le vaisseau) et particulière (notamment le sort des Tam). De fait, bien malgré lui, Wash, pilote de l’extrême mais qui parvient toujours à s’en sortir puisque l’équipage réussit toujours à se mettre dans le pétrin, réalise d’incessantes fuites (en avant). Tout cela parce que le Firefly a des problèmes avec l’Alliance, puisque, ne disposant pas de gros moyens, il survit aux frais, au nez et à la barbe du système (sans compter qu’ils ont des fugitifs à bord). De sorte qu’il y a une recherche constante d’un équilibre entre l’idée de faire selon des principes, une éthique, combattre un système qui représente quasiment l’ennemi vainqueur de la guerre (alors que Malcolm et Zoe, par exemple, étaient chez les perdants) et donc refuser de le voir les exploiter en vivant en marge (d’où la contrebande et les missions illégales) ; et tâcher de faire profil bas, vivre de ses propres actions mais sans attirer l’attention. Malcolm Reynolds en est un personnage emblématique, sorte de Lucky Luke en plus dur, froid et cynique, affûté de son grand manteau brun, cowboy des temps modernes mais mis au ban de son temps, essayant de survivre à la boussole de sa morale de soldat démobilisé (littéralement et dans tous les sens). Ce qui touche dans Firefly, c’est la capacité à prendre un point de mire particulier pour tisser un univers bien plus large, et à nous faire encourager ces perdants qui n’ont rien de chevaleresque (ils sont plutôt cavaliers), mais qui savent, en mini-société (une courtisane, un prêtre, des ex-soldats…), discuter des grands enjeux de ce système futuriste uniforme, confrontant leurs représentations, constamment dans le désaccord de forme mais l’accord de fond, et constituant autant de points d’ancrage, de repères, pour le spectateur. Comme la série, ce pilote n’est jamais facile, toujours, comme ses personnages, en décalage (avec un savant mélange d’humour, d’action et de tension), avec quelque chose de profondément réaliste malgré le futur. Son aptitude à la réflexivité, qui le distingue de tout ce qui a pu lui ressembler, lui a permis de proposer quelque chose de nouveau, de fascinant pour les débuts du deuxième millénaire dans lequel il a été diffusé, et par son côté universel, lui a octroyé ses galons de culte.

Firefly, c’est à découvrir et redécouvrir, dans l’ordre whedonien, avant de voir le film qui lui offre une conclusion bouleversante. Enjoy !