2018 continue d’être l’année du cinéma fantastique français. Alors que notre cinéma national est souvent moqué pour son manque de diversité de genre, une nouvelle vague commence à se faire entendre avec une régularité constante. Après Ghostland, La Nuit a Dévoré le Monde et les Bonnes manières, le succès critique et institutionnel de Grave continue de faire des petits avec Dans la Brume, réalise par Daniel Roby, film fantastique halluciné et hallucinant.

Alors que la France est de plus en plus mise à mal par une maladie rare obligeant les enfants à vivre en autarcie dans des « bulles », un séisme violent secoue le pays. Très vite, une brume toxique omniprésente et perpétuelle s’abat sur nos rues, et tue tout ce qui se trouve sur son passage …

Oui, on a douté. On a vu l’affiche, la bande annonce, le pitch et on a cru au déjà-vu, à l’inspiration malhonnête, à un plagiat ou recyclage sans honte du genre majoritairement américain du film de catastrophe naturelle, dont le symbole de la brume est bien souvent utilisé (voir des films comme Fog, The Mist…). Rien ne laissait présager un film pareil, tant le film cache bien son jeu et toutes ses cartes.

Appartenant au genre galvaudé du film catastrophe, Dans la Brume appartient pourtant à d’autres inspirations, répond assez peu aux codes du genre pour se plonger dans l’intimisme de ses personnages, utilisant un motif de poupées russes (l’enfermement de la fillette dans la bulle, elle même conditionnée par ce brouillard qui oblige au confinement autour d’elle) pour que l’oppression se sente à chaque instant. Alors que le genre voudrait qu’on sente un gigantisme, Dans la Brume fait le choix de la démonstration d’individualité, de conséquences personnelles. C’est le refus d’un film de fin du monde, pour parler d’un film de fin des hommes, dont la société ne se relèvera pas, quel que soit le dénouement du film. Partant de ce postulat, la proposition ne peut que fonctionner, puisque le film se déroule à l’échelle du spectateur.

C’est ce refus du spectaculaire qui fascine, toujours, en France. Ce cinéma de la sobriété élégante n’en finit pas d’étonner par son efficacité, paradoxale et pourtant parfaitement logique. Tout est perçu par l’humain, et les conséquences de l’accident naturel se cantonnent à ce qu’il en perçoit. Pas de destruction de la Tour Eiffel ou de nos grands monuments, c’est tout juste si le film nous montre la civilisation, au loin, s’effondrer. Plus que simplement physiquement, Dans la Brume nous montre des personnages ostracisés par leur refus de ne vivre que pour eux-mêmes, leur obsession à sauver leur enfant, la bienveillance d’un couple âgé pour cette famille. Ici, le film ose être moral : il y a une récompense à ceux qui survivront à cette dégénérescence physique et intellectuelle, à ceux qui sauront rester humains face à la monstruosité. La sobriété reste, pourtant le message est fort et reçu cinq sur cinq : les plus innocents survivent. Bien sûr, pas tous : comme pour tout film, on se contente de ce que l’on veut bien nous montrer. Mais on se rend aussi bien compte que, quand le personnage devrait prendre une décision logique mais finir par suivre son cœur et son émotivité, il est récompensé. Jamais par sa propre survie, mais par celle de ceux auxquels il tient. La morale du film n’est pas objective, mais elle ose être tranchée.

Ici et là, le film pose tranquillement un univers crédible. L’ambiance est dystopique, mais pas futuriste, on perçoit ici et là des innovations technologiques mais un coup d’oeil à la télévision nous montre bien que ce n’est qu’une version alternative de notre monde, où David Pujadas est toujours là pour décrire les situations. Tout se fait discret, ce qui renforce, encore une fois assez paradoxalement, l’immersion : la présentation n’est pas outrancière, exagérée, propose ainsi une perception de l’inhabituel comme si il était une norme. Ainsi, il n’est pas difficile de croire à ce qui est proposé : tout est crédible, tout est vraisemblable et très proche de ce que l’on connaît. Rien n’est forcé ou surfait, l’identification se fait toute seule, de manière automatique. On le dit et on le répétera encore : la force de ce cinéma, c’est sa sobriété, qui passe aussi par la simplicité, réalité du jeu de Romain Duris ou d’Olga Kurylenko. Rien n’est lyrique, rien n’est surfait. Tout est parfaitement maîtrisé et l’émotion transpire pourtant par tous les pores du film, prenant en diable, et d’une grande cohérence.

Tous ces éléments en font une proposition de cinéma inhabituelle, et pourtant typiquement française. La fourmilière des genres homogènes est bien abîmée, mais améliorée par tous ces films. Que ça continue.

AMD