Cloverfield crée encore la surprise avec un troisième film disponible sur Netflix contre toute attente.

On savait qu’un troisième film allait rejoindre la franchise Cloverfield mais on ne savait pas encore quand. Intitulé God Particle, ce film se voyait estampillé de la marque Cloverfield après coup.

Bad Robot, la société de JJ Abrams, semble avoir trouvé un bon moyen de sortir des films en créant des buzz artificiels autour. Si Cloverfield, le film de Matt Reeves en 2008, avait réussi son coup en créant une machine marketing intense avec beaucoup de non-dits, des secrets, des fausses pistes, bref une campagne virale de qualité. Le film a fait sa vie et on s’est retrouvé, des années plus tard, avec un film intitulé The Cellar au casting plutôt alléchant, John Goodman et Mary-Elizabeth Winstead. Ce huis-clos pouvait sans problème intéresser du monde. Mais JJ Abrams a préféré rattacher les wagons en retitrant le film 10 Cloverfield Lane, rajouté une fin et inclut tout ça dans un Cloverfield Universe.

C’est à peu près la même chose pour God Particle. Malgré le secret qui entoure ses projets, on se doute que des reshoots et des manipulations marketing transforment ces films en appendice de Cloverfield. God Particle devient alors The Cloverfield Paradox.

Et c’est durant le Superbowl que l’on apprend que Netflix diffusera le film… le soir même. On frôle le génie marketing pour certains, le coup de pub banal pour d’autres. Et le film ?

Le film est clairement passable. Rien ne le rattache vraiment à Cloverfield d’autant plus que le réalisme des deux premiers films pouvait faire illusion. Ici, on nage en pleine SF qui se passe en 2028. The Cloverfield Paradox possède un casting plutôt bon mais loin d ‘être aussi attirant pour le grand public (encore que Goodman et Winstead ont plus des têtes connues que des noms connus). Gugu Mbatha-Raw (Black Mirror), John Ortiz (beaucoup de films et de séries, sa tête n’est pas inconnue !), Elizabeth Debicki (Ayesha dans les Gardiens de la Galaxie 2), Chris O’Dowd (The IT Crowd) ou encore Zhang Ziyi (Tigre et Dragon) et Daniel Brühl (Captain America Civil War) sont plutôt des visages familiers.

Après une manipulation avec un accélérateur de particules, une station spatiale se retrouve sans repère visuel, la Terre a disparu.

L’histoire passionnera les adeptes de Event Horizon, ce film spatial d’horreur qui mettait en scène un vaisseau hanté. Cette idée rare avait fonctionné en 1997 et fonctionne toujours en 2018. Le problème est que le scénario n’arrive pas à maintenir l’intérêt. Malgré tous les efforts pour offrir des scènes de bizarreries plus ou moins sanglantes, la sauce ne prend pas et l’intérêt décroît au fur et à mesure.
Ce n’est le lien artificiel avec Cloverfield qui nous fera rester. La mention du nom de la station ne se fait que via des incrustations écrans ou… en VF ! Les dialogues français mentionnent par deux fois le nom Cloverfield quand la VO fait l’impasse. Les scènes sur Terre sont clairement des ajouts qui montrent une ville dévastée par un monstre qu’on ne verra pas. Et le plan de fin est encore un exemple d’ajout qui sent le rafistolage bête et méchant.

Il y a plus à retenir sur la manière dont on nous propose ce film que le film en lui-même. En tant que film de genre, de SF, d’espace, God Particle fait le job, il vaut autant qu’un Life, critiqué de toute part. Les 45 millions de dollars de budget se voient à l’écran, les décors sont plutôt propres. En appendice de Cloverfield, le film est dispensable et on sent une fois encore qu’il n’y a rien dans cet univers qui ne sera développé. Abrams parle de cet univers comme d’une anthologie mais qu’il arrête de tenter de faire des liens aussi concrets sur une base aussi abstraite.

Le prochain film déjà tourné qui a lieu durant la seconde Guerre ne nous fera pas changer d’avis. On pardonne 10 Cloverfield Lane, on ne pardonne pas The Cloverfield Paradox. Rien que le fait de voir ce nom adossé à différentes choses sans lien doit nous mettre la puce à l’oreille : cet univers partagé est vain.