Hier s’est terminée la saison 7 d’American Horror Story, nouvelle tentative de renouveler la série après le passage à vide de toutes ses qualités dans Roanoke. Ayant énormément perdu de sa superbe, elle avait beaucoup à faire pour se rattraper. Ce qui doit être la raison pour laquelle elle nous a offert une des plus grandes, et peut être la plus grande, saison de son existence.

Cet article contient des spoilers sur American Horror Story Cult. Il est donc vivement conseillé de l’avoir visionnée avant de se lancer dans sa lecture.

On revient de loin. Après une saison qui essayait tant mal que mal de se lancer dans l’horreur pure, American Horror Story devait faire quelque chose. Elle aurait pu nous offrir une saison classique, horrifique et surnaturelle mais avec certains motifs et clins d’œils à l’Histoire contemporaine. C’est d’ailleurs comme cela que Cult commence, avec l’élection de Trump et ses répercussions dramatiques sur Ally, qui retombe dans ses phobies et ses faiblesses. Ainsi, elle voit des clowns, il y a des meurtres, personne ne peut deviner ce qui existe ou non mais tous les spectateurs ont fait des plans sur la comète en l’imaginant, dénonçant une reprise sans saveur des motifs de la saison 4 et une réutilisation à outrance du talent de Sarah Paulson pour faire entendre sa douce voix effrayée. Ils doivent maintenant être rassurés, tant la saison a évolué en autre chose, a renversé très tôt et jusqu’à son final tout l’ordre des choses, de par une mécanique diabolique et extrêmement bien huilée.

American Horror Story

Sarah Paulson, impériale.

À la manière d’un Inglourious Basterds transposé dans le monde contemporain, American Horror Story Cult offre, de par son ambition féministe affichée comme souvent chez Ryan Murphy, une véritable relecture de la société contemporaine, ici animée par un optimisme comme on l’a rarement vu dans la série. Fascinant de voir comme tout se renverse, le début de saison délivre des acquis qui ont agacé tout le monde (Ally faible, des clowns partout, tu la vois ma grosse métaphore politique) pour ensuite les déstructurer, d’abord en montrant que la faiblesse et la paranoïa d’Ally n’en sont pas puisque tout ce qui se passe autour d’elle est réel, et vient de manipulations savamment orchestrée par un gourou mansonien, qui cite d’ailleurs clairement ses références jusqu’à s’imaginer lui-même en Manson, dédoublant sa personnalité de plus en plus de fois au fur et à mesure de la saison. Au fond, la saison parle de multi-identités, tout le monde joue un double jeu et celui qui fantasme le plus est le plus instable (Kai qui est à la fois Kai, Manson, Warhol…), et de comment ces multiples identités peuvent exploser quand une personne de bien s’en empare, révélant leur stupidité et leur artificialité.

C’est au fond ce qui est fascinant dans American Horror Story Cult, le renversement de la personnalité d’Ally qui, dès qu’elle cesse de fuir par peur et refus d’admettre le monde dans lequel elle vit, parvient à le comprendre et à le renverser en sa faveur. Quand elle se range aux côtés de Kai, ce dernier se métamorphose en être faible et sans vision d’avenir qui, au fond, n’existe que pour tenter de l’impressionner et de la convaincre que les hommes sont les plus forts. Intéressant de voir que le pouvoir de Kai s’écroule dès qu’Ally ne lui en reconnaît plus aucun, dès qu’elle n’a plus peur de lui il devient geignard, sans confiance. La saison raisonne drôlement à l’ère du #BalanceTonPorc où les femmes reprennent à ce point le pouvoir qu’elles parviennent à infléchir sur les institutions (renvoi de Weinstein, renvoi de Ratner…). Quand l’une se lève, les autres suivent et parviennent à sortir du cercle vicieux de la peur que les hommes ont osé imposer, décennie après décennie. C’est exactement le sujet d’American Horror Story Cult, qui montre une femme se lever contre la foule et prendre le pouvoir par des biais différents que les hommes, sans user d’intimidation mais insidieusement, en démontrant par l’absurde la vacuité des propos adverses (voir la scène du débat avec le Gouverneur dans le dernier épisode).

American Horror Story

Evan Peters, à l’évolution incroyable.

L’autre propos à retenir d’American Horror Story Cult, c’est le portait qui y est fait des extrêmes. Alors que Kai représente à merveille le suprémaciste blanc, homophobe et sexiste auquel tout le monde pense, Ally a des difficultés à s’en débarrasser tant qu’elle fait le choix de la nuance, de refuser d’admettre que beaucoup pensent de manière binaire, en bien ou en mal et qu’il faut se mettre à leur place pour comprendre comment le monde évolue. Au fond, c’est quand elle joint le culte qu’elle est enfin à même de le comprendre, de détruire de l’intérieur le système extrémiste en y apportant justement cette nuance qu’elle a dû sacrifier pour y entrer. Pourtant, le propos est bien que la nuance ne suffit pas, qu’il ne suffit pas en militantisme de penser à silence d’autres choses que le système. La série fait clairement l’apologie de la révolution, en montrant la manière dont elle se débarrasse de ses tortionnaires les uns après les autres, jusqu’à vaincre Kai par un simple coup de fil qui l’envoie en prison. Comme si les méthodes extrêmes étaient parfois essentielles pour faire bouger les choses, comme l’histoire a notamment pu le montrer, précisément en France à plusieurs reprises, la dernière fois en mai 1984. Prônant une ouverture à tout sauf à l’oppression et aux racismes, Ally parvient à se sortir de la domination du système pour mieux le contrôler. En ce sens, le plan final est fascinant, voir Ally se vêtir du même capuchon que portait Valérie Solanas il y a tant d’années, ayant réussi à imposer les idées de cette dernière des années plus tard, en faisant ce qu’elle n’avait pu faire : se poser en pro-système pour ensuite le détruire de l’intérieur, ressortant anti-système.

American Horror Story

On a hâte de voir les logos de la prochaine saison.

American Horror Story Cult n’a jamais été aussi politique, et c’est tant mieux. La résonance de la saison sur le Monde contemporain n’est pas à prouver, le propos peut sembler très pédagogique mais c’est un bon moyen de faire accepter des vérités. Elle a été cohérente de bout en bout, se faisant l’écho de l’horreur de la réalité pour mieux lui apporter une solution qui n’a pas besoin d’être totalement satisfaisante moralement pour être efficace. On ne sait à quel point les actes d’Ally sont encouragés par Murphy, mais leurs conséquences amènent à réfléchir. On espère que la série continuera ainsi, elle est redevenue ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une grande série créative et politique, par un créateur qui devrait n’avoir plus rien à prouver tant il a changé le visage du paysage sériephile actuelle.

AMD