Sorti cette semaine aux USA, Dave Made A Maze a fait la tournée des festivals cette année dont le NIFF en Suisse.

Dave a fabriqué un labyrinthe en carton. Voilà. C’est le pitch de départ du film.
Acteur à ses heures (OUIJA, Jersey Boys) Bill Watterson passe aussi de l’autre côté de la caméra pour être producteur assistant. Dave Made A Maze est son premier long-métrage et il n’a pas commencé par quelque chose de facile.

Quand Annie rentre chez elle, elle ne trouve pas son petit ami Dave. Elle ne voit qu’une cabane construite avec des cartons au milieu du salon. Elle y entend la voix de Dave. Il est perdu à l’intérieur…

Dave Made A Maze a un concept simple au demeurant, mais c’est dans l’exécution formelle que le film impressionne. La majorité du film se passe donc dans ce labyrinthe fait de cartons. Et il faut l’avouer, les décors sont assez incroyables. On croit vraiment à ce Maze façon Tardis où l’intérieur est immense comparé à son aspect extérieur. Et curieusement, aucun recoin ne ressemble à un autre. Le film s’attarde surtout à découvrir cet endroit plus qu’à raconter une histoire. Car il faut l’avouer, Dave Made A Maze ne va pas plus loin que son idée de départ. Aucun vrai message ou aucune vraie intrigue ne se dessine. On pense rapidement à une étude psychologique de Dave et de son enfermement dans ses loisirs, qu’il se sent perdu dans ses pensées, dans ses actes et que son entourage ne le comprend pas. Annie et d’autres personnages ne rentrent dans le labyrinthe qu’après pas mal de discussions. Et plus le film se déroule, plus le script parait finalement bien mince. Le scénario consiste en une succession de tableaux plus ou moins abstraits qui rendent hommage au travail de plasticien de Michel Gondry comme aux meilleurs épisodes de Community. Et ce rapprochement n’est pas anodin. Certaines séquences utilisent à merveille les perspectives ou les jeux de décors pour offrir des instants de pure magie. Watterson a tiré son inspiration dans ses jeux d’enfance où il construisait des forts avec des draps et des coussins ou tournait des films avec des figurines. C’est dans Community que l’on retrouve cette imagination qui transpire dans l’écran. Les idées les plus farfelues prennent vie dans la série et offrent des moments d’anthologie comme, en effet, cet épisode sur des forts faits de draps…

dave made a maze

Et c’est aussi avec Community que l’on comprend aisément que les concepts les plus audacieux ont du mal à tenir sur la durée. Dave Made A Maze, qui ne dépasse pourtant pas les 80 minutes, semble toutefois puiser loin ses idées pour tenter de ne pas proposer une histoire qui tire en longueur. On sent un script maladroit, brouillon. La séquence où les personnages sont transformés en figures en carton est géniale, mais semble répondre à un besoin pressant d’idées. Et Watterson n’utilise pas cette séquence pour faire avancer son film. Dans la plupart des scènes brillamment mises en images, on sent un désir étroit de montrer plus que de raconter. Dave Made A Maze échoue alors dans sa mission de plonger le spectateur dans un monde étrange et fascinant.

Jamais à courts d’énergie, Watterson ne semble pourtant pas apte à offrir une histoire qui tienne la route avec des personnages impliqués et impliquant. Le film a tout de même un pouvoir d’attraction énorme par son univers décalé. L’aspect un peu gore est subtilement détourné par un effet de style excellent. Le film ne sombre toutefois jamais dans un quelconque exercice. Il échoue juste en n’élevant jamais le débat côté narration. Les acteurs font leur maximum avec notamment l’excellente ‎Meera Rohit Kumbhani (vue dans Weird Loners). On sort du film émerveillé par le pouvoir de l’imagination non pas grâce au personnage principal, mais par le produit filmique uniquement. Le réalisateur s’en sort mieux que son héros. La mission est donc à moitié réussie.