Après les films à Oscar et avant les films à gros budget, Sony et Espinosa se placent dans le creux du mois d’avril avec Life, un thriller SF dans l’espace, pas loin d’être aussi vide que ce qui entoure la capsule des protagonistes.

Alors qu’ils reviennent d’une mission sur Mars, des astronautes amènent avec eux un petit organisme extraterrestre, profondément endormi.  Très vite, la bestiole se réveille férocement et prend le dessus sur l’équipage, piégé dans un vaisseau à grande distance de la Terre…

Ça sentait déjà mauvais avant le visionnage, tout ce qu’on montrait rappelait la dizaine de bons films sortis sur le sujet et on avait peine à voir ce qui différenciait Life d’un projet vaguement SF comme on en voit des dizaines en DTV. La réponse, c’est pas grand chose. Au niveau de ses références en lui même, d’abord, le film est clairement inspiré des meilleurs et il manque parfois, souvent, d’y laisser son originalité.

Life

Ça commence comme ça …

Dommage parce que la tension fonctionne clairement, l’alien est très réussi dans son processus d’évolution (il passe d’une étoile de mer à un poulpe imposant au fur et à mesure de l’absorption de ses victimes, franchement magnifique à regarder). Pour donner un exemple de ce qui peine un peu, le film contient une scène où l’alien est traqué grâce à un capteur qu’il porte sur lui… ils se retrouvent donc à suivre un petit point sur un écran qui symbolise tout ce qui les inquiète. Ça ne vous rappelle rien ?

On est étonné quand même de voir que la tension fonctionne alors que le film se donne tous les moyens pour que le spectateur ne croie pas à ce qu’il voit. Aucun attachement aux personnages n’est possible tant le film manque de personnification manque de personnification et ils sont tous stéréotypés à outrance (Reynolds le blagueur, Gyllenhaal le docteur timide et réservé, Ferguson la femme qui s’inquiète pour les autres…), aucun effort n’est fait pour le spectateur qui ne peut pas se sentir proches de tels personnages tant ils sont uniformes et rentrés dans des cases trop petites pour le talent des acteurs qui, au passage, en prend un sacré coup tant aucun d’entre eux n’a l’air concerné par l’action. Le problème vient des dialogues, on a franchement assez rarement vu pire dans un film grand public, le pire étant certaines vannes (volontaires) franchement gênantes et sans aucune raison d’être (“J’ai un bon pressentiment”, dit un personnage concernant une action à risque. Au secours, le film a inventé la référence inversée, faites que ça ne fasse pas effet de mode). Quand le film est sérieux, on a droit à de grandes répliques philosophiques : “c’est dur de voir un ami mourir”. Oui, cela est vrai. Merci, Jake.

Life

Mais ça grossit vite…

Au delà de ça, Life en fait des caisses. On ne sait pas si le réalisateur manque de confiance dans son projet et donc a misé un max sur la musique pour s’offrir une tension pas chère mais bruyante, ou si il avait tellement confiance au contraire dans son film, ce qui justifie une musique pareille pour insister que ce qu’un pense être des passages dramatiques et éprouvants de haute volée. Quelle que soit l’ambition, allez voir Life avec des boules quies car le film est complètement assourdissant, joue à fond sur l’effet Hans Zimmer sans avoir le quart de sa puissance évocatrice. Vous aimez les gros “BRAAAM” ? Le film est fait pour vous ! En attendant, il prend le risque de perdre toute sa puissance évocatrice par une atmosphère artificielle et parfois franchement désagréable.

D’où vient la tension, alors ? Elle est étouffée par la mise en scène, minimisée par l’écriture catastrophique des personnages, les incohérences sont très nombreuses (le fameux capteur dont on parlait disparaît de l’intrigue parce que ça n’arrange plus le film) mais elle est bien présente car le film gère plutôt bien son aspect “thriller horrifique”. Les passages de la créature en première personne, les renversements de caméra dans les scènes d’action, les jeux sur la gravité, les effets gore, la plupart des bonnes idées du film viennent d’Alien 3 mais elles forment un résultat assez convaincant au moment de faire les comptes d’émotion. Techniquement, les effets visuels du film sont irréprochables et l’immersion passe assez bien grâce aux quelques idées visuelles du film, on se prend presque à aimer suivre la créature et à s’impatienter quand à la venue ses actions les plus meurtrières, qui ne déçoivent jamais. D’un point de vue horrifique, le film fonctionne et c’est heureux pour lui qu’il en ait fait sa raison d’être.

Life

Un peu trop vite pour Jake

Sur beaucoup de points, Life rate ce qu’il entreprend. La volonté du film, inquiéter le spectateur, fonctionne mais il n’en gardera aucun souvenir une fois les 1h45 passées. On a déjà vu le film beaucoup de fois et il ne consiste qu’un agréable (parfois) rappel des œuvres de Ridley Scott, John Carpenter, Alfonso Cuaron… Le twist final est plutôt osé dans le ton très cynique mais assez impardonnable dans l’incohérence. En bref, le film n’est pas une surprise mais, si il le faut vraiment, on peut y aller pour s’amuser un peu. C’est toujours ça …

AMD