Baby Boss est la nouvelle pierre fondatrice de la nouvelle DreamWorks après le bien accueilli Les Trolls et avant le redouté (par moi aussi maintenant, c’est malin) Shrek 5. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas ça qui va rassurer les cinéphiles sur le futur de ce qui fut autrefois un des piliers de l’animation américaine.

Comment a-t-on pu en arriver là. Dreamworks a un passif du tonnerre avec l’excellente franchise Shrek, les enthousiasmants Kung Fu Panda, et quelques films seuls sympathiques, mais touche dans ce Baby Boss le fond sur tous les points. Écrire cet article sera très difficile car j’ai pour politique d’être le moins désagréable possible, mais quand le film le cherche c’est d’autant plus compliqué. On est clairement du niveau des studios Illumination avec ce film profondément stupide, dont les seules bonnes choses sont piquées à tous les râteliers. Je n’ose pas imaginer l’état des détracteurs de la nouvelle Dreamworks en sortant de la salle, ils vont s’en donner à cœur joie parce que le film démontre qu’ils avaient raison : pour moi qui suis fan et voudrais la défendre jusqu’au bout, cette projection était un crève cœur invraisemblable.

Le ton est donné, prenons point par point cette chose informe, fade, totalement non cinématographique que nous allons avoir le plaisir de voir au cinéma dans peu de temps. Baby Boss part d’une bonne idée, une idée à la Man Seeking Woman, quand les craintes d’un enfant unique qui se voit informé de la venue dans sa famille d’un petit frère se voient matérialisées en un épouvantable bambin à la voix et l’esprit adulte, manipulateur et possessif. L’idée est là, on est dans un délire Dreamworks pur souche qui ne décolle pourtant jamais de sa base ! C’est franchement hallucinant de voir que l’on préfère faire d’un concept sorti tout droit de la cinquième dimension un banal enchaînement d’événements prévisibles dignes de Garfield, le film. En gros, le bébé en question travaille pour une usine de bébés qui doit remettre la main sur le marché de l’amour que les chiots prennent peu à peu entre leurs crocs. Sans déconner, c’est vraiment le pitch du film.

Baby Boss

La fameuse Dreamworks Face

On part clairement sur un délire « premier âge », comme rarement chez Dreamworks les tous petits sont les premiers concernés par le film qui va sans doute les apprendre à apprécier le nouveau né de la famille (qui ne peut être qu’un garçon ou une fille, hein, oulala, c’est le générique qui le dit, et puis il naît pas comme on dit il est choisi par le CIEL), mais pourtant le film s’autorise une blague, une seule, un peu cultivée et c’est une référence au seigneur des anneaux qui sera répétée trois fois dans le film, des fois qu’on s’ennuierait). Si le film s’adresse à toute la famille, très bien, mais il fallait en faire une œuvre à double discours comme l’était Shrek, pas se contenter d’insérer une blague pour les fans de Tolkien en la répétant ! Ça peut paraître un détail mais c’est représentatif de l’œuvre informe et limitée qu’est Baby Boss.

Pour le reste, on est dans un schéma classique du « je t’aime pas mais je vais t’aider à partir puisque tu veux partir » qui se finir bien sûr par « en fait je t’aime bien reviens poto stp ». Tout est prévisible. Je suis excellent public devant ce genre de film, je sais ne pas trop réfléchir devant mais j’estime que même les gamins ont droit à un cinéma avec un minimum d’exigence ! Je ne peux pas croire que quiconque sera agréablement surpris par Baby Boss, dont les meilleures vannes (la première vraie discussion du héros et du bébé) sont dans le trailer et qui se confond pour le reste en un espèce de faux délire qui base littéralement son film sur le concept faiblard et commercial de la « cuteness« . Le Monde de Dory avait Dory bébé, Shrek 2 avait le Chat Potté et P’tit Biscuit mais ce film a littéralement des caisses de personnages secondaires mignons pour s’attirer en permanence les gémissements attendris du public ! Derrière cela, il ne raconte rien qui ne soit pas négligeable (la scène de la course de voiture, qui joue sur une opposition entre le sentiment et le fait réel vu de l’extérieur) ou déjà raconté, sa logique marketing ne dépasse jamais le stade du concept et il se retrouve à broder sur son idée de base comme un étudiant en droit administratif en retard sur son semestre (oui, à ce point) !

Baby Boss

Ça devrait être interdit de le faire, ce geste, dans un film, maintenant.

Même visuellement, le film ne renouvelle rien, il n’essaie même pas ! Baby Boss aurait pu se permettre des choses, jouer sur le physique de son personnage et sur sa souplesse, s’essayer au comique corporel puisqu’il n’écrit pas de comique de texte qui vaille le coup ! Mais avoir un personnage principal bébé se résume à le voir marcher paisiblement dans son petit costume qui laisse ressortir ses petites fesses bombées, et c’est tout, on se débrouille avec le concept. On se contente vraiment de faire le minimum nécessaire, les décors s’essaient parfois à la 2D venant directement des vieux films des studios Pixar, pour le reste on est dans de la 3D banale que les studios Illumination ne nieraient pas.

N’allez pas voir Baby Boss, même pas avec vos enfants. Le film est une immense déception, mon cœur de fan de Dreamworks en a pris un coup énorme et je me prends à avoir peur du prochain Shrek alors que j’étais un des seuls à défendre le projet.

AMD