Hier soir se tenait la 88e cérémonie des Oscars, la première depuis l’élection de Donald Trump, un an après la polémique “Oscars So White”. Et la contrition n’a pas loupé. Voire un peu trop

Un an donc après une cérémonie qui n’avait vu aucun acteur/actrice Noire nommé(e), les Oscars ont redressé le manche puisque c’est une cérémonie très politique qui s’est tenue. L’arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis n’y est pas étrangère, et quand on sait que les stars d’Hollywood se sont mobilisées en masse (et en vain) pour influer sur le vote, rien de très étonnant. Ou le symptôme d’une Amérique qui vit à réaction, entre capitalisme, politique, culture. Cette fois, Mahershala Ali était nommé en Second Rôle Masculin, Denzel Washington en meilleur acteur, Les Figures de l’Ombre était nommé en Oscars techniques, et bien sûr, Moonlight, qui venait faire concurrence à l’adulé La La Land. Ainsi, cette cérémonie, présentée par le consensuel Jimmy Kimmel, qui a l’a maîtrisée sans problème (moyennant un lâcher de bonbons sur le public), était-elle l’occasion du rachat. Une espèce de grand pardon, et de dire que même si tout ne va pas forcément dans le bon sens, les industries étaient encore capables d’envoyer un message. Et donc, de définitivement mettre, s’il fallait encore une preuve, le culturel à la marge, et l’intérêt au premier plan, avec un palmarès sans grande surprise (Casey Affleck, Emma Stone, Damien Chazelle faisaient figure de grands favoris). Le sacre somme toute attendu de Moonlight, du fait de son message et de sa discrétion médiatique face à l’omniprésence de La La Land, la victoire de Viola Davis, la victoire de Mahershala Ali, 1er acteur musulman à recevoir un Oscar, ou l’Oscar du Meilleur Film Etranger remis à Asghar Farhadi (qui ne s’est pas déplacé pour protester contre le Muslim Ban) pour Le Client sont des choses qui montrent que le cinéma reste un formidable vecteur de transmission, sinon de valeurs, du moins de symboles. Et même si c’est avec un temps de retard, il restera la contrition, pour au final faire acte d’absolution. Si on ne peut s’empêcher d’être un peu triste de voir l’art à ce point subordonné, on peut toutefois se réjouir que parfois, cette subordination serve le bien commun. Et in fine, à l’image du producteur de La La Land Jason Horowitz, qui s’est vu retirer l’Oscar du meilleur film des mains après une bourde incroyable de l’Académie (et faire passer un coup de vieux à la vue de Warren Beatty et Faye Dunaway) mais s’est chargé lui-même d’amener Moonlight sur la scène pour le sacrer, se réunir, sans distinction.

Le palmarès :

Meilleur film : “Moonlight”

Meilleur réalisateur : Damien Chazelle, “La La Land”

Meilleure actrice : Emma Stone, “La La Land”

Meilleur acteur : Casey Affleck, “Manchester by the Sea”

Meilleur second rôle féminin : Viola Davis, “Fences”

Meilleur second rôle masculin : Mahershala Ali, “Moonlight”

Meilleur scénario original : “Manchester by the Sea” 

Meilleur scénario adapté : “Moonlight”

Meilleur film d’animation : “Zootopie”

Meilleur film documentaire : “O.J.: Made in America”

Meilleur film en langue étrangère :  “Le Client”

Meilleure musique de film : “La La Land”

Meilleure chanson originale : “City of Stars”, “La La Land”

Meilleure photographie : “Moonlight”

Meilleur montage : “Tu ne tueras point”

Meilleurs effets visuels : “Le Livre de la Jungle”

Meilleurs décors : La La Land”

Meilleurs costumes : “Les Animaux fantastiques”

Meilleurs maquillages et coiffures : “Suicide Squad”

Meilleur son (montage) : “Premier Contact”

Meilleur son (mixage) : “Tu ne tueras point”

Meilleur court métrage de fiction : “Sing”

Meilleur court métrage documentaire : “The White Helmets”

Meilleur court métrage d’animation : “Piper”