Smallthings était hier et pour la première fois dans les coulisses de la cérémonie des Césars, qui récompense les meilleurs crus du cinéma français. Retour sur une soirée endiablée, où les Césars ont bien été rendus à César.

Une petite précision pour commencer : on évoquera ici peu la cérémonie en elle même, pour se concentrer sur les lauréats. En salle de presse, nous assistons en fait assez peu aux moments de pause et de discours puisque les lauréats viennent nous voir pour parler de leur César durant la cérémonie. Toutefois, pour le peu que l’on en a entendu, Jérôme Commandeur a proposé une performance assez formidable en tant que maître de cérémonie, le tout était plutôt mieux rythmé que d’habitude et les hommages aux défunts étaient très justes.

Il s’agit ici de revenir donc sur le palmarès en lui même. Les Césars 2017 ont récompensés, malgré une absence paradoxale de Ma Loute dans les lauréats, une certaine audace du cinéma français cette année. De nombreux exemples dans les lauréats le prouvent et nous allons y revenir un à un, avec pour certains ce que nous avons pu entendre de la bouche même de leurs créateurs.

Elle : César de la meilleure actrice, César du meilleur film

On attendait bien sûr, ce n’est une surprise pour personne, la récompense de la grande Isabelle Huppert ce soir. On a été étonné par un discours assez douteux, on ne saurait dire si il était prétentieux ou si il était simplement très maladroit : elle avait l’air d’y dire qu’au fond, ce n’était pas trop tôt, que la France remarquait son talent un peu tard. Soit. Mais était-ce vraiment à elle de le dire ? Toujours est-il que le choix risque de faire polémique quand au César du meilleur film, certains pourront faire l’amalgame entre le film traitant de viol de manière ambiguë et le choix originel de nommer Roman Polanski en Président de la Cérémonie. Cinématographiquement, le jury a récompensé l’audace d’un film étonnant et bien inhabituel dans le paysage du cinéma français.

Divines : César du meilleur espoir féminin, du meilleur premier film et du meilleur second rôle féminin.

Trois récompenses pour le film de Houda Benyamina qui heurte l’actualité et les problèmes communautaristes, mais aussi d’oppositions inégalitaires entre hommes et femmes, de plein fouet. Si la récompense n’est pas audacieuse sur la forme (le film a été acclamé de partout), elle l’est sur le fond puisqu’on parle d’un film qui donne une réponse sur ces problématiques bien différentes de celle que beaucoup de candidats a la présidentielle et de médias voudraient bien nous faire entendre.

Pour ce qui est de sa récompense en tant que meilleur espoir féminin, c’est une jeune fille pleine de vie et d’émotion que l’on a reconnue dans Oulaya Amamra : le fait qu’elle joue dans le film de sa grande sœur était pourtant loin d’être acquis puisque, selon ses dires, elle a du la convaincre sur le long terme, alors qu’elle était déjà bien aguerrie en art corporel (danse, théâtre, et même quelques courts métrages étaient alors déjà à son actif). Influencée par Adjani, De Niro et quelques grands autres, elle s’est dite honorée d’avoir été reconnue par la grande famille du cinéma français, et compte bien poursuivre son petit bout de chemin vers la Comédie Française !

Juste la fin du monde : César du meilleur montage, meilleure réalisation et meilleur acteur.

Avec ces trois récompenses pour le plus beau film de Xavier Dolan, l’Académie des Césars confirme après le Grand Prix qu’à reçu le film à Cannes que, si le film n’a parlé que de manière mitigée aux critiques, il parle aux créateurs. L’audace est ici récompensée dans le sens où le jeune prodige adapte au cinéma un auteur réputé comme des plus inadaptables, aux côtés de Samuel Beckett ou James Joyce. Le résultat est un film étrange, prenant et terrible, mais purement cinématographique.

En réaction aux deux prix qu’il a reçu, Xavier Dolan nous a fait part de son émotion réelle mais pour une fois plus mesurée, et a rappelé à quel point il était important pour lui d’être reconnu par ses pairs, et a expliqué qu’il savait sa chance d’être récompensé si tôt alors que de grands artistes attendent depuis longtemps leur tour. D’un point de vue cinématographique, il a exprimé la difficulté de monter un film choral comme le sien et la manière particulière qu’il a de procéder a des changements de point de vue en fonction des regards de ses cinq personnages. A évoqué l’idée d’une comparaison entre l’écriture d’un film et son montage, en fait peu différenciées car constituant des modes d’écritures simultanées. Quand à Gaspard Ulliel, il n’était pas présent pour réagir à son prix du meilleur acteur, et a fait lire à Xavier Dolan une lettre qui couvrait le jeune réalisateur de louanges.

I, Daniel Blake : César du meilleur film étranger

Ma vie de Courgette : César du meilleur long métrage d’animation, meilleure adaptation

C’est la suite du sacre de Ma Vie de Courgette, qui a impressionné partout où il est allé par son émotion. Pourtant, Claude Barras nous a appris que le film a eu des difficultés à se lancer, et Céline Sciamma qu’au départ elle ne l’avait pas forcément écrit pour qu’il devienne un film d’animation. Pourtant, elle a été surprise au visionnage de la fidélité du film à ses écrits, et nous a appris qu’elle préparait un nouveau film, non plus sur la jeunesse mais toujours sur les mutations, mais elle est restée avec amusement très secrète sur qu’elle préparait pour ce prochain film. C’est la récompense technique d’un film en slow-Motion, format le plus délicat, un des plus difficiles à manier dans le monde de l’animation, mais magnifique quand le résultat est atteint. C’était le cas de Ma Vie de Courgette.

L’effet aquatique : César du meilleur scénario original

Merci Patron : César du meilleur documentaire

Le documentaire de François Ruffin n’a pas fini de faire sensation, alors que celui-ci est monté avec ses gros sabots et son t-shirt anti-bolloré sur la scène pour récupérer son César. Derrière son discours important, militant et très engagé se cache un homme peu surpris et peu intéressé par cette récompense, ayant déjà eu selon lui le « César des gens ». Il s’est dit très inspiré par l’humour et la subversion des documentaires de Michael Moore, et estime que le César qui revenait à son film était celui du meilleur scénario. Il ne refera pas de film pour l’instant, mais se concentre sur sa présentation aux législatives. On est en droit de se demander, au fond, pour quelle raison il est venu…

Chocolat : César du Meilleur second rôle masculin, César du Meilleur Décor

James Thierrée voir récompensé ici sa prise de risque d’aller vers quelque chose de très différent de ce qu’il a toujours connu. Suite à cette expérience et à sa surprise de gagner le César, il nous a confié avoir très envie de continuer dans le cinéma, et s’en va affronter son image de plein fouet plutôt que d’attendre qu’on vienne le chercher pour tel type de rôle. Il veut jouer, comme dans Chocolat, d’autres rôles. Quand à Jérémie D. Lignol il a compris qu’il avait eu son César des Meilleurs Décors suite à un silence de Frank Dubosc. Il nous a expliqué que, pour ce genre de performance, le plus important étaient les repérages.

La Danseuse : César du Meilleur costume

Anais Romand nous a confié que le travail pour recréer les costumes a duré des années, mais que ces derniers ne sont réussis qu’avec les mouvements du corps de la danseuse. Sur ce sujet, elle a admis qu’elle trouvait au départ Lily Rose Depp très jeune , mais que le problème avait vite disparu car la jeune fille avait fait preuve d’une grande maturité, et c’est ce qu’Anais Romand a voulu faire ressortir dans ses costumes. Quand à Soko, elle l’a trouvée d’une force et d’une énergie incroyable. On pourra admirer les nouveaux costumes d’Anais Romand dans le prochain film de Xavier Beauvois.

L’Odyssée : César du Meilleur son

Marc Engels, Fred Demolder, Sylvain Réty et Jean-Paul Hurier nous ont fait par de la difficulté de capter le faux silence de l’eau, le challenge était présent sur l’Odyssée. Un César technique amplement mérité pour un travail permettant une immersion totale dans le récit du film.

Diamant noir : César du Meilleur espoir masculin

Niels Schneider était très ému de cette récompense, estime qu’il la devait à toute l’équipe, y compris aux techniciens. On l’a trouvé presque choqué par son César, lui qui n’a pourtant failli pas avoir le rôle, hanté par l’image qu’il dégageait dans Les Amours Imaginaires. Mais il a fini, au bout de quelques essais, à arriver à convaincre le réalisateur. Il nous a étonnamment confié qu’il avait presque l’impression que Diamant Noir était son premier film, lui qui est présent sur nos écrans depuis quelques années déjà, de sorte que « l’espoir » a fini par faire vivre.

Frantz : César de la meilleure photographie

C’est la nouvelle grande surprise de la cérémonie, le fait que l’excellent film de François Ozon n’ait presque rien gagné. Toutefois, le film avait une des plus belles images de l’année, c’était le César technique qui lui revenait franchement de droit. Pascal Marti nous a confié que le film, comme d’habitude, n’avait rien à voir avec un autre de Ozon. Sur le Noir et Blanc, il nous a expliqué qu’au delà d’un problème de moyens, Ozon souhaitait rendre hommage au film original de Lubitsch. Sur les moments de couleur, ils ont été intégrés pour les moments de flashs back heureux, qu’il fallait démarquer du reste assez triste et sombre du film.

Dans les Forêts de Sibérie : César de la meilleure musique

Ibrahim Maalouf nous a expliqué que, selon lui, et pas seulement dans ce film, la musique était une partie intégrante du film et un personnage comme les acteurs en présence, qu’elle soit présente sur toute la bobine ou sur quelques minutes seulement.

Entre deux Âmes : César du meilleur court métrage d’animation

Maman(s) : César du meilleur court métrage ex aequo

Vers la Tendresse : César du meilleur court métrage ex æquo

Quand à George Clooney, il est tout de même venu nous dire un petit mot de son César d’Honneur, que l’on pourrait trouver prématuré tant l’homme est encore jeune (mais c’est de coutume aux Césars). Au milieu de la foule de journalistes qui ne voulaient pas rater une miette du physique de la star, on a réussi à percevoir dans son discours qu’il se félicitait d’une maturité nouvellement acquise qui allait lui permette, plus que de jouer, de se mettre à réaliser lui aussi des films politiques.

Le palmarès complet ici, dans l’ordre des récompenses :

Meilleur film : Elle, de Paul Verhoeven.

Meilleur réalisateur : Xavier Dolan, pour Juste la Fin du Monde.

Meilleur film étranger : Moi, Daniel Blake, de Ken Loach.

Meilleur premier film : Divines, de Houda Benyamina.

Meilleure actrice : Isabelle Huppert, pour Elle.

Meilleur acteur : Gaspard Ulliel, pour Juste la Fin du Monde.

Meilleur scénario original : Solveïg Anspach et Jean- Luc Gaget pour l’Effet Aquatique.

Meilleure adaptation : Céline Sciamma pour Ma Vie de Courgette.

Meilleure actrice dans un second rôle : Déborah Lukumuena pour Divines.

Meilleur acteur dans un second rôle : James Thierrée pour Chocolat.

Meilleur film documentaire : Merci Patron, de François Ruffin.

Meilleur espoir féminin : Oulaya Amamra pour Divines.

Meilleur espoir masculin : Niels Schneider pour Diamant Noir.

Meilleur long métrage d’animation : Ma Vie de Courgette, de Claude Barras.

Meilleur court métrage d’animation : Entre deux Âmes, de Fabrice Luang-Vija.

Meilleur montage : Xavier Dolan pour Juste la Fin du Monde.

Meilleurs décors : Jérémie D.Lignol, pour Chocolat.

Meilleure musique originale : Ibrahim Maalouf, pour Dans les Forêts de Sibérie.

Meilleur film de court métrage : Maman(s), de Maïmouna Doucouré, ex aequo avec Vers la Tendresse, d’Alice Diop.

Meilleure photographie : Pascal Marti pour Frantz.

Meilleurs costumes : Anais Romand, pour La Danseuse.

Meilleur son : Marc Engels, Fred Demolder, Jean-Paul Hurier, Sylvain Réty pour L’Odyssée.

César d’Honneur : George Clooney.
AMD