Après des apparitions pas toujours pertinentes dans l’univers des X-Men ou dans des films solo, Wolverine revient pour la dernière fois sous les traits d’Hugh Jackman dans Logan, conclusion de son histoire mouvementée.

Dans un futur où les mutants sont presque éteints, Wolverine garde avec l’aide d’un autre des derniers représentants de son espèce celui par la faute duquel tout est arrivé, le Professeur X. Seulement, il va devoir sortir de sa paix relative pour protéger une nouvelle mutante qui lui ressemble beaucoup, X-23… 

Il aura fallu attendre dix ans (depuis l’annonce en 2007 de films solo Wolverine) pour avoir enfin un film qui rende justice au personnage. Et c’est James Mangold qui nous offre cette perle de sang et de poussière, alors qu’il avait offert sa première vision du personnage avec le sympathique The Wolverine. Ici, il est libéré de toute contrainte artistique puisque le film est classé R aux États-Unis, et peut ainsi offrir à Logan une histoire à la hauteur de son potentiel, de sa bestialité, de l’aspect culte de ce personnage au moins aussi connu dans les comics qu’un Spider-Man ou qu’un Superman.

Logan

Logan revient pour son dernier round.

Bestialité, c’est bien le maître mot du film. La violence est souvent presque insupportable dans Logan, quand ce dernier tranche des gorges et poignarde violemment une bonne cinquantaine (promis, on fera un bodycount en revoyant le film) de ses ennemis. Pire encore, l’apparition d’X-23, quand le film va jusqu’à montrer ce genre de violence perpétrée par une gamine. On peut se poser la question devant Logan de la complaisance du film envers cette violence, mais celle-ci sert le propos puisqu’elle montre un monde traumatisé et rendu presque post-apocalyptique à certains endroits par les mutants aux mêmes (et notamment Charles Xavier, que l’on sait dans le film responsable d’accidents à cause de crises de pouvoir sans doute dues à son âge et à sa maladie dégénérative). Logan se situe dans le futur (en 2029), et le monde qu’il montre n’est pas celui des mutants que l’on connaît (qui sont d’ailleurs presque tous morts) mais le futur, désespérant et sans recours. La violence a du sens dans Logan puisque le film parle des conséquences de la bestialité sur le monde contemporain, sans jamais l’encourager.

Logan est aussi fascinant de le processus de contextualisation qu’il enclenche. On sait assez peu de choses des événements ayant mené les personnages au contexte spatio-temporel dans lequel ils évoluent. Le film est un ovni dans la saga X-Men, et il en est aussi le plus fier représentant parce qu’il ancre enfin l’univers des mutants dans un réel crédible et étouffant, intègre parfaitement sa science-fiction dans une intrigue très terre à terre. Le symbole protagoniste de cet effet est le personnage de Charles Xavier, jusqu’ici chez Singer montré comme un vieux sage plutôt omnipotent qui, au fond, faisait beaucoup trop “fiction” pour être crédible : pourtant, Logan fait fort en proposant la suite du processus de désacralisation engagé par Matthew Vaughn dans First Class (entre le personnage plus humain en montrant son passé brillamment proposé par James McAvoy), et montre un Professeur X détruit par l’âge, qui finit par y passer à cause d’un clone diabolique de Logan (motif usé en SF mais qui prend ici son sens dans l’humanisation du personnage de Wolverine, effet miroir essentiel pour se rendre compte des différentes nuances de bestialité dont l’homme est capable). Contrairement à sa mort (?) grandiloquente dans X-Men 3, le Professeur meurt ici d’une manière simple, brutale, physique : une blessure létale et humaine.

Logan

Il n’est pas seul pour son dernier round.

La contextualisation du film passe aussi par le questionnement qu’il engage sur la notion de mythe et la distanciation entre la réalité et le réel. Le fait que les comics X-Men apparaissent physiquement dans le film est loin d’être anodin, le message est celui encore une fois de la désacralisation. Le mythe d’un Wolverine en costume jaune n’a pas lieu d’être dans le monde réel, et tout essai de transpiration telle quelle du matériau du comics dans la réalité ne peut être que bancal, voir ridicule : quand les gamins coupent la barbe de Wolverine pour en faire des rouflaquettes, c’est pour se moquer de lui et non faire revenir le héros millénaire qu’ils ont connu dans les comics. Toute la quête de Wolverine et X-23 dans le film vers Éden présente cette symbolique de passage de la réalité (Logan pense qu’Eden n’existe pas car cela provient d’un comics que la jeune fille lisait) à la fiction (les gamins mutants ont construit Éden et y habitent). Seulement, même dans les mondes fantasmés, la réalité finir par parasiter la fiction et le danger arrive vers Éden quand les créateurs des enfants mutants viennent les chercher pour les euthanasier.

Dans ce sens, le film est ambigu dans son message à la fois porteur d’espoir pour la suite (les enfants s’en sortent, X-23 a appris que tuer corrompt d’homme) et profondément sombre avec la mort violente de Logan, qui n’a pas su se débarrasser de sa brutalité, mais l’a utilisée pour faire le bien. Trop habité par la violence pour qu’elle le quitte, Logan parvient tout de même à fuir les mauvais penchants en laissant son égoïsme de côté pour sacrifier sa vie pour les enfants. On ne peut pas parler de happy-end, mais la mort attendue de Logan est teintée d’une belle morale, après tant de violence graphique sublimée par une réalisation brutale, mais extrêmement lisible et d’un parti pris très réaliste, malgré un montage souvent un peu rapide. L’interprétation est parfaite, Hugh Jackman donne tout ce qu’il a pour ce dernier round et la jeune fille fait des merveilles.

Logan

Les comics font partie du récit.

Logan est donc un petit miracle, et on se rend compte que Wolverine nous manquera. On est curieux de voir la suite.

AMD