This Is Us continue d’impressionner par sa faculté à produire de l’émotion. Approchant de la fin de sa première saison, la série a montré une nouvelle facette très intéressante avec l’épisode 15, Jack Pearson’s Son.

Le premier tiers de cette saison nous avait pour ainsi dire totalement convaincu. La presse, le public, les sériephiles, tous avaient la même idée en tête. This Is Us touchait juste. A la fois, prudente dans le pathos, adroite dans l’empathie, intelligente dans le propos, This Is Us était une douche froide dans le paysage sériel au niveau de la proposition émotionnelle. Le sens produit ne semblait pas faux, la fiction ne sentait pas cette odeur d’écriture forcée, de drama poussif. Ainsi, la série avait réussi à toucher là où ça fait mal : dans notre coeur.

Mais le second tiers de la saison nous bousculait et oubliait le coeur pour se concentrer sur le cerveau. A défaut de poursuivre sur cette voie très humaine, très sacrée, de l’émotion pure et simple, la série se permettait de se vêtir d’un voile plus artificiel. Les situations dramatiques tendaient à devenir moins naturelles, plus écrites. Randall se perdait dans un monde guidé par la drogue, Thanksgiving était le théâtre de situations téléphonées quand Noël se permettait d’être un rouleau compresseur à situations dramatiques. Tendant à devenir une série trop écrite (on en parlait dans l’article suivant sur la lente reconversion de la série), This Is Us semblait se caricaturer, tomber dans des travers faciles pour rendre compte des drames humains. Mais l’épisode 14 proposait un pivot essentiel, la première partie d’un tournant dans la série : les failles.

this is us

©NBC

A y regarder de plus près, This Is Us ne proposait que des personnages parfaits. Difficile d’en vouloir à quiconque. Tout se passait bien dans leur famille au final. Jack était le mari idéal et… en fait This Is Us prône sans cesse la figure paternelle comme modèle. Becca nous le qualifie de “super-héros” dans l’épisode 14, Kate est bouleversée par la perte de son père dans ce même épisode, Randall découvre son père biologique mais d’une manière non dévoilée, on le sent perturbé à l’idée de perdre une seconde fois son père. Enfin Kevin dévoile une facette séduisante en prenant comme modèle son père. Ce qui est intéressant dans l’épisode 15, Jack Pearson’s Son est qu’on nous monter enfin des failles dans les personnages, des fêlures, des blessures. Randall est le plus touché avec un burn-out en tout point maîtrisé dans l’écriture (et joué par un Sterling K. Brown au sommet de son art). Certes, on aurait aimé le voir plus tard dans la saison, voire dans la saison 2 pour ne pas ajouter un trop plein d’événements. Mais fauché dans sa vie professionnelle alors qu’il était en parfaite situation. Il sent lentement se profiler une pente savonneuse. Son père stoppant sa chimio, la perte de contrôle de sa totale maîtrise de son statut professionnel, sa famille qui compte sur lui mais qui semble en adéquation avec ses capacités sont autant d’obstacles qui sont devenus insurmontables pour Randall. En parallèle, Jack et Becca vivent une St Valentin désastreuse quand Jack se découvre jaloux. Jamais remis en cause dans la place qu’il occupe dans son couple, il se sent menacé quand sa femme va devoir partir plusieurs mois pour une tournée. Là, on touche à la fierté des personnages, enfin.

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Nous n’étions pas dans l’autolatrie, dans l’égotisme, les personnages faisaient ça naturellement pour l’autre. Nous sommes dans une lente reconversion de la série vers la façon que les personnages ressentent leur propre existence. Dans une sorte de don de soi, les personnages étaient tous irréprochables. La sympathie du personnage donne l’empathie du public. Et il était rare de ne pas comprendre une décision d’un personnage, de refuser toute compréhension. Et voilà que l’épisode 15 nous redistribue les cartes. Jack est touché dans son amour propre, le super-héros a trouvé sa Kryptonite. Et curieusement, alors que Kevin se rappelle qu’il doit prendre en exemple son père, alors que Kate ne dévoile toujours pas le chagrin immense que la mort de Jack a été pour elle, on nous propose un Jack seul dans un bar à manger le plat favori de la Saint Valentin traditionnelle du couple Pearson. Et par cet épisode réussi, on comprend que la perfection de l’être humain ne se trouve pas dans sa faculté à être aimant mais plutôt à être aimé. Le don de soi a ses limites. This Is Us parle alors du regard de l’autre quand tout semblait conduire vers la description d’une famille attachante, modèle. Et intelligemment, la série ne parle pas du simple fait de donner et de recevoir en échange mais tout simplement du partage. Et avec cet épisode 15 pivot, on nous montre que derrière la perfection des personnalités de l’épisode 14, il y a le revers de la médaille. Faire plaisir à l’autre, c’est gratifiant pour tout le monde. Se faire plaisir sans que ça contredise le “précepte”précédent est une mission très difficile. L’égoïsme de This Is Us va être beau à voir.