Avec Raid Dingue, Dany Boon confirme que son statut de réalisateur est bien une erreur de parcours.

Dany Boon est un cinéaste qui ne cesse de surprendre l’auteur de ces lignes. En effet ce dernier, ayant encore en mémoire le supplice que fut pour lui la projection de Supercondriaque, pensait que Dany Boon avait touché le fond et qu’il ne pouvait, de facto, que remonter. Pensez-donc : un one-man show insupportable de 1h47, tout en grimaces et en mimiques ridicules, un ««««humour»»»» absolument bas de gamme, à base de répliques mal écrites et de situations supposément humoristiques mais in fine consternantes, un jeu d’acteur en roue libre (doux euphémisme), une mise en scène d’une paresse et d’une platitude confondante, malgré un budget de 31 M d’euros, soit une somme supérieure à d’autres productions comme Rush ou Snowpiercer (!!!)… Non, franchement, il aurait été impossible de faire pire que Supercondriaque sans posséder un talent certain pour la nullité et la médiocrité rance.

Et bien il semblerait que Dany Boon ait ce talent.

raid dingue

©DR

Que dire que dire ? A part qu’il vaut mieux se garder de dépenser de l’argent pour aller voir un «film» pareil ? D’ailleurs mérite-t-il seulement qu’on l’appelle film ? Parce que Raid Dingue donne cette impression particulièrement désagréable d’être un téléfilm d’1h50 destiné à occuper le samedi soir de la ménagère de moins de 50 ans. Téléfilm qui serait diffusé sur TF1 bien évidemment. Il n’y a pas une seule idée de mise en scène. Pas une. Juste une accumulation de sketches absolument navrants, filmés de la manière la plus plate possible. Aucun travail sur la lumière, aucun travail sur le cadre, sur le mouvement du cadre et à l’intérieur du cadre… Et c’est encore plus flagrant lors des scènes d’actions. Boon doit penser que faire un montage très cuté et utiliser une shaky cam rend ces scènes trépidantes, excitantes, réussies…alors que ce n’est juste qu’un vulgaire cache-misère pour masquer le manque total d’idées. Et vu que lesdites scènes sont ratées car assez illisibles, elles n’ont plus aucun intérêt en soi.

L’auteur de ces lignes ne s’attendait pas à des performances d’acteurs remarquables loin s’en faut, mais il fut particulièrement énervé de revoir cet espèce de surjeu permanent qui plombait Supercondriaque. Le surjeu est là aussi un cache-misère : il est utilisé pour faire entrer le spectateur dans le délire du film mais ça cache l’absence total d’écriture scénaristique, que ce soit du film et des acteurs. Un acteur comme Louis de Funès avait le mérite de faire rire parce qu’il incarnait quasi systématiquement le même personnage et il le faisait bien. Ses films sont ce qu’ils sont, mais son jeu était cohérent avec les personnages qu’il jouait. Dans Raid Dingue, ça n’a tout simplement pas de sens. C’est vide. Alice Pol et Yvan Attal à ce niveau-là, ce n’est plus du surjeu, c’est de l’hystérie. Et ça ne fait que desservir les personnages, en particulier celui de Alice Pol. Parce que, il faut le reconnaître, le parcours de cette jeune flic voulant absolument rejoindre le RAID pourrait être intéressant et même, drôle. Mais pourquoi la faire passer pour une imbécile ? Pourquoi la faire passer pour une gamine maladroite qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu ? Comment ce personnage si maladroit, si bête, si gauche, a-t-elle pu ne serait-ce qu’intégrer le corps de la Police ? C’est navrant en plus d’être profondément sexiste.

raid dingue

Il faut maintenant parler de la calamiteuse gestion du rythme, ingrédient pourtant essentiel pour faire une bonne comédie. Un réalisateur comme Jean-Paul Rappeneau est obsédé par le rythme, ce qui fait que ses films ont une énergie, une vista et un tempo sans commune mesure dans le paysage hexagonal. Plus récemment un film comme La Loi de la Jungle frappait par son sens du rythme et sa profusion d’idées. Les comédies d’Howard Hawks et de Ernst Lubitsch continuent à plaire de par l’acuité de leur mise en scène et leur tempo comique effréné. Dans Raid Dingue, on constate l’incapacité de Boon à maintenir un rythme soutenu sur 1h50, ce qui fait que passées les 60 minutes, le spectateur doit encaisser, subir la pire chose qui puisse arriver à une comédie : un ventre mou. Ajoutez à cela la mise en scène télévisuelle de Boon et son manque flagrant de dynamisme, vous obtiendrez ce merveilleux cocktail qu’est l’ennui mixé à la lassitude profonde. Et l’abattage des acteurs n’y change rien.

Ce ventre mou, heureusement pour le spectateur, s’achève lorsque débute le troisième acte : on passe d’un état d’ennui profond à un état de stupeur totale doublé d’incrédulité. Parce que rien de ce que nous avons vu auparavant ne peut nous préparer à cette fin-là, tellement énorme dans ses proportions qu’elle donne l’impression d’appartenir à un blockbuster Europacorp. L’effet de surprise est réel mais ne suscite en soi rien de positif (mais rien de particulièrement négatif non plus), parce que cette séquence, de par sa démesure, arrive comme un cheveu sur la soupe. Du coup, le spectateur regardera le dernier acte totalement hébété, en se demandant si ce qu’il a vu n’était pas une erreur faite par le projectionniste dans la lecture du film. Mais l’humour reste toujours aussi navrant et les effets, toujours aussi éculés (mention spéciale à ce deus ex machina, qui a eu au moins le mérite de faire rire la salle pour la première et unique fois de la séance).

Raid Dingue est donc dans la droite lignée de Supercondriaque, il fait même pire que ce dernier. Bravo Dany !